La chute et le rebond
Justine Abécassis n’est pas une inconnue dans le monde de l’entrepreneuriat. Après avoir monté puis fermé sa première boîte, une marketplace de mode éco-responsable, elle a mis son expérience au service des autres en devenant mentore, puis en dirigeant l’offre pédagogique chez Live Mentor. Mais un accident de plongée a mis sa carrière en suspens, la forçant à une longue convalescence. C’est durant cette période qu’elle a finalisé son livre, « J’ai testé pour vous : l’échec entrepreneurial », un projet né juste après la fin de son entreprise. Elle y fait un parallèle saisissant entre le choc post-fermeture et le traumatisme de son accident, reconnaissant les mêmes schémas émotionnels et la même frénésie pour donner un sens à l’épreuve.
« On en parle souvent d’un point de vue un peu glamourisé. “Bon, ben voilà, j’ai planté 10 boîtes, maintenant je suis millionnaire.” Alors, ce n’est pas du tout ce que je raconte dans ce bouquin. »
La décision en 24 heures
Le point de bascule fut un simple appel avec son associée. Alors qu’elle préparait une levée de fonds, Justine Abécassis a pris conscience d’une contradiction fondamentale : son business plan reposait sur des budgets publicitaires massifs pour financer les GAFAM, à l’opposé des valeurs de consommation raisonnée qu’elle prônait. Cette prise de conscience, couplée à la réalisation quelques semaines plus tôt que leur business model était intenable — il aurait fallu des milliers de visites par jour pour espérer se verser un salaire —, a scellé le sort de l’entreprise. La décision de fermer a été prise en une heure, confirmée 24 heures plus tard.
La suite fut une période de déni et de perte d’identité. Passer du statut valorisé d’entrepreneure à celui de « meuf en galère » a été un choc violent, une expérience qu’elle raconte sans fard, loin des récits héroïques habituels.
Les cinq signaux d’alerte
À travers son expérience, Justine Abécassis identifie cinq signaux clairs qu’une entreprise prend une mauvaise direction. Le premier est le déni des chiffres et un business model bancal, où un business plan optimiste n’est jamais traduit en actions concrètes. Le deuxième est de construire pour son ego plutôt que pour un marché, en développant une solution sans jamais la confronter à de vrais clients prêts à payer. Vient ensuite le fait de se créer un métier que l’on déteste, en s’enfermant dans des tâches qui nous déplaisent profondément. Enfin, le dernier signal est d’arrêter d’être la véritable CEO de sa boîte, en déléguant ses décisions à des mentors ou des coachs et en se réfugiant dans la « procrastination active » pour éviter les vrais enjeux.
Elle insiste sur l’importance d’écouter son intuition et de rester maître de ses décisions, car personne ne connaît mieux son entreprise que soi-même.
Pour aller plus loin
- Le livre de Justine sur le site des librairies indépendantes
- Le TedX de Tim Ferriss
- Le profil LinkedIn de Justine Abécassis
Les références de l’épisode
- Livre : « J’ai testé pour vous : l’échec entrepreneurial » de Justine Abécassis
- Personne : Tim Ferriss
- Entreprises et organisations : Live Mentor, EdTech France, Vinted, Shopify, WordPress
- Média : TedX
Au fil de l’épisode
- [00:41] — Présentation de Justine Abécassis : son parcours, son accident et la genèse de son livre.
- Le parallèle entre la fermeture de sa boîte et la convalescence après son accident.
- Le récit du moment précis où elle a su que son entreprise était terminée.
- La prise de conscience de l’incompatibilité entre ses valeurs et son business model.
- La perte d’identité et le choc social après la fermeture.
- [18:45] — Le 1er signal : un business model bancal et le déni des chiffres.
- La différence entre faire un business plan et piloter son activité au quotidien.
- [24:55] — Le 2ème signal : construire pour son ego et non pour un marché.
- L’erreur de ne pas confronter son idée à de vrais clients payeurs.
- [30:12] — Le 3ème signal : ne plus être au contact de sa cible.
- L’importance de reprendre constamment les « mesures » de ses clients, qui évoluent.
- [34:38] — Le 4ème signal : se construire un métier que l’on déteste.
- L’anecdote du pop-up store qui lui a révélé son aversion pour le marketing digital de masse.
- [38:42] — Le 5ème signal : arrêter d’être la CEO de sa boîte.
- Le syndrome de la bonne élève et le danger de suivre les conseils des autres sans se les approprier.
- L’exemple de la procrastination active avec le plan de communication préparé pendant deux mois sans jamais communiquer.
- [51:58] — Les 3 questions pour distinguer une mauvaise passe d’une entreprise en fin de vie.
- Le coût de l’inaction et l’importance de prendre les décisions difficiles.
- L’importance d’échanger avec ses concurrents pour comprendre le contexte du marché.
FAQ
Qui est Justine Abécassis ?
Justine Abécassis est une entrepreneure, mentore et autrice. Après avoir monté une marketplace de mode éco-responsable qu’elle a dû fermer, elle a travaillé pour l’organisme de formation Live Mentor et a été élue au board de EdTech France. Un accident de plongée l’a contrainte à une pause dans sa carrière, période durant laquelle elle a écrit son livre « J’ai testé pour vous : l’échec entrepreneurial », basé sur son expérience.
Pourquoi Justine Abécassis a-t-elle fermé sa première entreprise ?
Elle a fermé sa marketplace de mode éco-responsable suite à une double prise de conscience. D’une part, le business model était intenable et nécessitait un trafic irréaliste pour être rentable. D’autre part, elle a réalisé une profonde contradiction entre ses valeurs de consommation raisonnée et la nécessité d’investir massivement en publicité pour pousser à l’achat, finançant ainsi des géants du web. Cette décision a été prise avec son associée pour rester alignées avec leurs convictions.
Quels sont les 5 signaux d’un échec entrepreneurial selon Justine Abécassis ?
Selon elle, les cinq signaux sont : 1. Avoir un business model bancal et ignorer ses chiffres. 2. Construire un produit pour son ego plutôt que pour un vrai marché. 3. Ne plus être au contact de sa cible et de ses besoins réels. 4. Se construire un métier que l’on déteste au quotidien. 5. Arrêter d’être le véritable CEO de sa boîte en déléguant ses décisions et en se réfugiant dans la procrastination.
Qu’est-ce que la procrastination active selon l’invitée ?
La procrastination active est le fait d’être très occupé sur des tâches qui donnent l’illusion de faire avancer son entreprise, mais qui sont en réalité inutiles ou prématurées. Justine Abécassis illustre ce concept avec sa propre expérience : elle a passé deux mois à créer un plan de communication très détaillé sur Excel, modifiant l’ordre des publications pour des mois à venir, sans jamais rien publier ni tester sur les réseaux sociaux.
Comment savoir si une entreprise traverse une mauvaise passe ou est en train de mourir ?
Justine Abécassis propose trois pistes de réflexion. D’abord, évaluer son propre alignement avec la direction et les projets de l’entreprise. Ensuite, faire le test de l’utilité : si la boîte fermait demain, les clients paniqueraient-ils ? Enfin, analyser le contexte du marché : est-ce que tout le secteur est en difficulté, ou est-ce un problème isolé à sa propre entreprise ? Ces questions aident à faire la part des choses entre une crise passagère et un problème de fond.
