Une responsabilité décuplée
Pour aborder le sujet de la transition écologique en entrepreneuriat, Aline reçoit deux invités : Alexandre Dana, fondateur de l’organisme de formation LiveMentor, et Thomas Burbidge, qui se présente comme un coach business militant. D’emblée, ils soulignent la responsabilité particulière qui incombe aux entrepreneurs. Contrairement à un particulier qui n’agit que sur la demande, un chef d’entreprise contrôle à la fois l’offre qu’il crée et la demande qu’il représente auprès de ses fournisseurs. Il dispose donc d’un double levier d’action pour influencer l’économie.
À cela s’ajoute un troisième pôle d’impact, celui des « nouveaux récits ». En tant que créateurs de contenu, les entrepreneurs façonnent les aspirations de leur audience. Ils peuvent soit perpétuer des modèles de consommation insoutenables, soit promouvoir des modes de vie plus sobres et désirables. « Ce qui fait du bien à la planète et au système fait aussi du bien à celles et ceux qui sont à l’intérieur », résume Alexandre Dana.
Comprendre pour agir
Les deux invités partagent ensuite le cheminement de leur prise de conscience. Pour Alexandre Dana, le déclic a été double : d’abord la prise de conscience de la fragilité des ressources, comme l’eau, puis la découverte des bienfaits personnels liés à des changements de comportement, comme l’arrêt de la viande. Thomas Burbidge évoque quant à lui un engagement croissant, nourri par une information continue auprès de sources fiables comme le blog Bon Pote ou les travaux de Jean-Marc Jancovici. Il insiste sur l’importance de comprendre la complexité et l’interconnexion des enjeux, notamment via des outils comme la Fresque du Climat.
Pour résumer la situation simplement, ils expliquent que l’humanité consomme beaucoup plus de ressources que ce que la planète peut régénérer, et qu’une part immense de cette consommation est gaspillée. Le chiffre de 40 % de la nourriture produite dans le monde qui finit à la poubelle illustre ce non-sens, directement lié à un système économique qui incite à la surproduction.
L’écologie au quotidien du business
La discussion aborde ensuite la tension, souvent perçue, entre écologie et rentabilité. Comment agir quand on doit avant tout assurer sa survie économique ? Les invités mettent en garde contre le piège de la perfection, qui peut paralyser. L’approche des « petits pas » est bien plus efficace. Cela peut passer par des décisions fortes, comme celle de LiveMentor de fermer sa formation sur le dropshipping, jugée non alignée avec ses valeurs, malgré un manque à gagner estimé à un million d’euros par an. Le débat s’ouvre aussi sur l’usage de technologies comme l’intelligence artificielle : faut-il la bannir pour son coût écologique ou l’utiliser pour amplifier un message positif ?
L’arbitrage, selon eux, se fait en mesurant l’impact global. L’essentiel est de ne pas diaboliser chaque outil, mais de l’utiliser de manière consciente et au service d’une mission plus grande. Cette démarche implique de mettre en place des indicateurs de mesure au sein de son entreprise, au-delà du seul chiffre d’affaires, comme un bilan carbone ou un suivi des dons à des associations.
Vers un entrepreneuriat durable
Pour passer à l’action, Thomas Burbidge propose un cadre de réflexion simple : analyser ce que l’on achète, comment on travaille et ce que l’on vend. Il s’inspire de la philosophie de la « perma-entreprise », qui repose sur trois piliers : prendre soin des humains, préserver la planète, et se fixer des limites pour redistribuer les surplus. Des exemples concrets sont cités, comme l’entreprise de moquettes Interface, devenue régénératrice, ou le restaurant Wild and the Moon, qui multiplie les initiatives. L’objectif à long terme est de tendre vers un modèle d’entreprise « restaurative », qui rend à l’écosystème plus qu’elle ne lui prend.
En conclusion, les invités appellent à voir la transition écologique non comme une contrainte, mais comme « le défi entrepreneurial le plus excitant de tous ». Pour construire une entreprise résiliente et durable, il est indispensable de préserver l’écosystème qui lui permet d’exister. Le travail commence maintenant, un petit pas après l’autre.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn d’Alexandre Dana
- Le site de LiveMentor
- Le podcast de Thomas Burbidge, “Young, wild and freelance”
- Le site de Thomas Burbidge
- Les vidéos d’Arthur Keller
- Le blog “Bon Pote”
- Le site de Jean-Marc Jancovici
- L’expérience The Week de Frederic Laloux
- Le livre “Stolen focus” de Johann Hari
- Le livre “La permaentreprise” de Sylvain Breuzard
- Les restaurants Wild and the Moon
- Les dalles de moquette Interface
Les références de l’épisode
- Personnes : Arthur Keller, Jean-Marc Jancovici, Frederic Laloux, Johann Hari, Sylvain Breuzard, Bernard Tapie.
- Entreprises et organisations : LiveMentor, Amazon, Too Good To Go, Interface, Wild and the Moon, Enercop, Stripe, Norcis.
- Œuvres et concepts : le podcast « Young, Wild & Freelance », le magazine Odyssée, Le Seigneur des Anneaux, la Fresque du Climat, le livre Stolen Focus, le livre La permaentreprise, le livre Reinventing Organizations, l’expérience The Week, le concept de la Fenêtre d’Overton.
- Outils : ChatGPT, TikTok.
- Lieux : le Vercors, la Nouvelle-Zélande, la Libye, la Dordogne.
Au fil de l’épisode
- Présentation des invités, Alexandre Dana (LiveMentor) et Thomas Burbidge (coach business militant).
- La triple responsabilité des entrepreneurs : sur l’offre, la demande et les récits collectifs.
- L’importance de créer de nouveaux récits désirables, comme préférer le Vercors à la Nouvelle-Zélande.
- La prise de conscience écologique d’Alexandre, liée aux pénuries d’eau et aux bienfaits d’une alimentation végétale.
- Le parcours de Thomas et l’effet exponentiel de l’information sur l’engagement écologique.
- Comment expliquer simplement la crise : une surconsommation et un gaspillage massif des ressources planétaires.
- Le lien entre le système capitaliste, les incitations financières et les aberrations écologiques comme le gaspillage alimentaire.
- Le débat sur l’intelligence artificielle : faut-il la rejeter pour son coût énergétique ou l’utiliser pour amplifier un message positif ?
- L’importance de mesurer son impact (bilan carbone) et d’éviter le piège du perfectionnisme.
- L’exemple de LiveMentor qui a fermé sa formation sur le dropshipping pour des raisons éthiques.
- Des modèles inspirants : l’entreprise Interface et les restaurants Wild and the Moon.
- La limite des actions individuelles face aux enjeux systémiques qui appellent des réponses politiques.
- Le concept de « point de bascule » (tipping point) pour un changement de société.
- Un cadre d’action pour les entrepreneurs : analyser ce que l’on achète, comment on travaille et ce que l’on vend.
- L’objectif de devenir une entreprise « régénératrice » ou « restaurative », qui a un impact positif net.
- La différence fondamentale entre un entrepreneur, qui construit sur le long terme, et un homme d’affaires.
- Conclusion : la transition écologique est le plus grand défi, et donc la plus grande opportunité, pour les entrepreneurs.
FAQ
Qui sont Alexandre Dana et Thomas Burbidge ?
Alexandre Dana est le fondateur de LiveMentor, un organisme de formation pour entrepreneurs. Thomas Burbidge se définit comme un coach business militant, qui œuvre pour une plus grande prise de conscience des enjeux sociétaux dans l’écosystème entrepreneurial. Tous deux interviennent dans cet épisode pour partager leur vision de l’alliance entre business et transition écologique, en s’appuyant sur leurs expériences respectives.
Pourquoi les entrepreneurs ont-ils une responsabilité particulière dans la transition écologique ?
Selon les invités, les entrepreneurs ont un rôle clé car ils agissent sur deux leviers majeurs de l’économie : l’offre, en créant des produits et services, et la demande, via leurs propres achats et le choix de leurs fournisseurs. De plus, par leur communication et leur présence médiatique, ils ont le pouvoir d’influencer les consciences collectives et de promouvoir de nouveaux récits plus respectueux de l’environnement.
Est-il possible d’être rentable tout en étant écologique ?
L’épisode déconstruit l’idée que rentabilité et écologie sont opposées. Les invités expliquent que la transition écologique n’est pas forcément un frein à la croissance. Ils suggèrent de repenser la notion de succès au-delà du simple chiffre d’affaires, en intégrant des indicateurs d’impact. Des actions comme le choix de fournisseurs responsables ou la réduction des déchets peuvent même générer des économies à terme.
Par où commencer pour rendre son entreprise plus écologique ?
La première étape est de s’informer et de s’inspirer d’entreprises qui ont déjà entamé leur transition. Concrètement, il est conseillé de commencer par des « petits pas » mesurables : changer de fournisseur d’électricité pour une offre renouvelable, mettre en place un système de dons automatiques, ou encore questionner l’impact de ses propres produits, comme l’a fait LiveMentor en arrêtant sa formation sur le dropshipping.
Qu’est-ce qu’une entreprise « régénératrice » ?
C’est un concept qui va au-delà de la simple réduction de son impact négatif. Une entreprise régénératrice ou « restaurative » vise à avoir un impact positif net sur son écosystème. L’idée est de restaurer plus de ressources, qu’elles soient humaines ou naturelles, qu’elle n’en consomme. Par exemple, une entreprise utilisant du bois pourrait s’engager à planter plus d’arbres qu’elle n’en coupe, contribuant ainsi à la régénération des forêts.
