Se sentir légitime en photographie de mariage est, selon Sébastien Roignant, l’un des plus grands atouts pour réussir. Ce sentiment d’être à sa place conditionne la qualité des prestations et surtout la capacité à les vendre. Cet épisode livre cinq conseils concrets pour travailler sa confiance et apprivoiser le doute.
Travailler son sentiment de légitimité pour mieux vendre et réussir ses prestations de photographe de mariage
Sébastien Roignant reconnaît avoir mis longtemps à se sentir légitime, en photographie de mariage comme en photographie tout court. Pour lui, ce sentiment n’a rien d’anormal quand on débute : on ne maîtrise pas encore les gestes, on n’a donc aucune raison objective de se sentir à sa place. Le problème surgit quand ce doute s’installe et s’installe durablement, car il finit par contaminer la relation avec les clients et la qualité du travail.
Pour illustrer son propos, il s’appuie sur l’animateur de radio Augustin Trapenard et son émission Boomerang sur France Inter. Ce qui le fascine, c’est sa voix calme face à de très grands noms — il a reçu Martin Scorsese pour The Irishman, ou Francis Ford Coppola — sans jamais montrer d’intimidation. Trapenard sait qu’il est à sa place, qu’il fait correctement son métier d’intervieweur, sacré meilleur intervieweur en 2019. Il ne se hisse pas au-dessus de son invité : il se positionne comme deux professionnels bons dans leur domaine.
La légitimité comme levier de vente
Le moment le plus révélateur est celui de la présentation des tarifs. Sébastien Roignant raconte qu’au début, ce passage était un cauchemar : il se cachait derrière ses feuilles, en sueur, n’osant pas regarder le couple découvrir ses prix. Deux conséquences en découlaient : soit les mariés, bons négociateurs, prenaient l’avantage et faisaient baisser les prix ; soit ils prenaient peur face à un photographe qui ne semblait pas sûr de lui et hésitaient à signer. Gagnant-perdant dans le premier cas, perdant-perdant dans le second.
Aujourd’hui, montrer ses tarifs est devenu le moment du rendez-vous qu’il préfère. Son raisonnement : un client qui ne connaît pas votre métier ne fera pas confiance à un professionnel qui montre qu’il a peur ou ne maîtrise pas. La confiance affichée devient un argument de vente à part entière.
Prendre sa place sur le mariage
Sébastien Roignant insiste pour être à la table d’honneur lors du repas du soir, ce qui étonne souvent ses élèves. Sa justification est cohérente avec sa démarche : il se vend comme un « meilleur ami » du couple, donc une personne proche qu’on place naturellement à sa table. Cette position lui permet de capter des photos sur le vif impossibles à obtenir depuis une table d’invités à l’autre bout de la salle. Au mariage d’« Honor et Laurent », il était la troisième personne la plus proche des mariés.
Il raconte aussi avoir joué au baby-foot et au ping-pong avec les invités proches pendant les mariages — non pour ne pas travailler, mais pour créer une relation qui débouche ensuite sur de meilleures photos. Tout cela fonctionne parce que c’est préparé et annoncé dès le rendez-vous de signature : le couple sait exactement comment il travaille avant de signer.
Le droit de douter, avec mesure
Le photographe assume douter, y compris en plein mariage. Il cite la photographe Alison Bounce, invitée du podcast, qui évoquait des hauts et des bas dans une même journée. Lui-même peut se sentir illégitime après un first look difficile, et ce doute risque d’influencer en mal toutes les photos suivantes. Une interview d’Augustin Trapenard le rassure sur ce point : « Je doute tellement, je doute tout le temps, mais de moins en moins. » L’enjeu est de doter le doute d’une juste dose : trop peu rend imbu de soi, trop fait perdre ses moyens, comme le stress.
Cinq conseils pour moins douter
Sébastien Roignant livre cinq leviers concrets. Se préparer au maximum : anticiper les prestations, les moments difficiles, les objections (par exemple « c’est toi qui choisis toutes les photos ? »), vérifier batteries et cartes mémoire — il raconte avoir oublié deux cartes sur un mariage et avoir dû shooter en taille moyenne pour finir. Accumuler de l’expérience, plus précieuse qu’un diplôme : après vingt mariages bien gérés, le stress baisse mécaniquement. Prendre du recul sur ce qu’on maîtrise ou non pour s’améliorer. Feindre pour devenir : afficher un visage confiant même mort de peur à l’intérieur, comme lui lors de ses conférences au salon de la photo chez Profoto, où il ne se sent pas légitime faute d’utiliser le flash.
Le cinquième conseil, qui sert de conclusion, est le plus simple : y aller. Comme se lever dès la première minute plutôt que traîner au lit, se lancer sans repousser nourrit l’expérience et installe la confiance au fil du temps. Au-delà de ces conseils pratiques, l’écoute de l’épisode vaut surtout pour les anecdotes vécues, racontées avec franchise, qui rendent la notion de légitimité très concrète.
Foire aux questions
Pourquoi se sentir légitime est-il important pour un photographe de mariage ?
Se sentir légitime est, selon Sébastien Roignant, l’un des outils les plus importants pour réussir en photographie de mariage. Ce sentiment d’être à sa place permet de mieux réaliser ses prestations et surtout de mieux les vendre : un photographe qui doute fait peur à ses clients et peine à les mettre à l’aise.
Comment présenter ses tarifs sans stresser en photographie de mariage ?
Pour présenter ses tarifs sereinement, il faut assumer ses prix et regarder le couple en face plutôt que se cacher derrière ses feuilles. Sébastien Roignant explique qu’un photographe en sueur, peu sûr de lui, pousse les mariés soit à négocier à la baisse, soit à hésiter à signer. La confiance affichée devient au contraire un argument de vente.
Le photographe de mariage doit-il être à la table d’honneur ?
Être à la table d’honneur est, pour Sébastien Roignant, parfaitement légitime quand on se positionne comme un proche du couple. Cette place permet de capter des photos sur le vif impossibles à obtenir depuis une table éloignée. Cela fonctionne car c’est préparé et annoncé dès le rendez-vous de signature, le couple sachant comment travaille le photographe avant de signer.
A-t-on le droit de douter pendant un mariage ?
Oui, on a le droit de douter, et c’est même sain à dose mesurée. Sébastien Roignant reconnaît douter régulièrement en plein mariage, par exemple après un first look difficile. L’enjeu est de ne pas laisser ce doute envahir et influencer en mal les photos suivantes : trop de doute fait perdre ses moyens, comme un excès de stress.
Quels conseils pour gagner en confiance comme photographe de mariage ?
Sébastien Roignant propose cinq leviers pour moins douter : se préparer au maximum, accumuler de l’expérience (plus précieuse qu’un diplôme), prendre du recul sur ses forces et faiblesses, feindre la confiance pour finir par l’acquérir, et surtout se lancer sans repousser. La légitimité s’installe alors progressivement, au fil des prestations réussies.
Pourquoi l’expérience rend-elle plus légitime qu’un diplôme ?
L’expérience rend plus légitime parce qu’elle repose sur des situations réellement vécues et maîtrisées, contrairement au diplôme qui ne sert qu’au tout début de carrière. Sébastien Roignant explique qu’après vingt mariages, dont la grande majorité s’est bien passée, on tire des enseignements concrets, on réitère ce qui fonctionne et le stress diminue mécaniquement.
Faut-il se méfier d’un excès de confiance en photographie de mariage ?
Oui, un excès de confiance est dangereux. Sébastien Roignant raconte avoir pris « le melon » vers 2013 et avoir vu la qualité de ses photos baisser aussitôt. Trop sûr de soi, on enchaîne les erreurs : oublier ses cartes mémoire, ne pas charger ses batteries, négliger les vérifications. Il prône de rester humble car tout photographe reste faillible.
Références
- Sébastien Roignant
- Augustin Trapenard
- Boomerang (émission, France Inter)
- France Inter
- Martin Scorsese
- The Irishman
- Francis Ford Coppola
- Robert De Niro
- Alison Bounce
- Profoto
- Soledad (livre photo)
