De la finance au textile
Léa Legendre n’était pas destinée à l’entrepreneuriat, et encore moins à l’univers du textile. Avec une formation en finance et un poste de business development manager dans l’informatique, elle pensait que créer sa boîte était réservé « aux mecs de la Silicon Valley ». C’est une simple publicité pour un bootcamp entrepreneurial qui a tout changé. Sans projet précis, elle s’y inscrit et découvre qu’un bon point de départ est de résoudre un problème personnel. Le sien, partagé par de nombreuses femmes, était le frottement douloureux de l’intérieur des cuisses en été. L’idée de Cuissoh était née.
« Je pars d’un niveau où je pense que pour faire de l’entreprenariat, il faut avoir une idée type Uber, être un mec et habiter aux Etats-Unis. »
Valider son idée avant tout
Le premier réflexe de Léa n’a pas été de créer un produit, mais de valider son intuition. Elle lance un questionnaire qui touche plus de 600 femmes et confirme deux points essentiels : le problème est très répandu et aucune solution existante n’est satisfaisante. Fait intéressant, alors qu’elle pensait initialement à des bandelettes adhésives, les retours de son sondage plébiscitent massivement l’idée d’un shorty. Elle décide alors de suivre la demande du marché plutôt que sa propre intuition.
Cette étape d’écoute a été fondamentale. « Pourquoi s’emmerder à faire un truc que les gens n’attendent pas ? », explique-t-elle. C’est en se confrontant directement à sa cible qu’elle a pu définir le bon produit et éviter de s’engager dans une mauvaise direction, un écueil coûteux, surtout quand on se lance dans le produit physique.
Apprendre sur le tas
Comment passe-t-on de l’idée à la fabrication quand on n’y connaît rien ? En acceptant son ignorance et en posant des questions. Léa raconte avoir simplement commencé par chercher « fournisseur textile » sur Google, avant de se rendre compte que le secteur était très fermé. La solution : décrocher son téléphone. Elle a contacté des ateliers, des bureaux d’études, et a patiemment tiré le fil, demandant aux gens de lui expliquer les bases du métier : modélisme, gradation, prototypage… Un processus fait de découvertes et de quelques déconvenues, mais essentiel pour comprendre la chaîne de production.
Avec un budget de départ de seulement 2000 euros, partagé avec son associée de l’époque, elle a réussi à financer les premiers prototypes et à préparer une campagne de financement participatif sur Ulule. Le succès de cette campagne, avec près de 3000 pièces pré-vendues, a validé le projet et financé la première production.
Les leçons d’une entrepreneuse
Léa Legendre partage avec franchise les trois erreurs majeures de ses débuts. La première a été de ne pas assez travailler sa cible et sa stratégie de communication au départ, naviguant un peu à vue. La deuxième, de faire confiance trop vite à un bureau d’études sans comparer suffisamment les offres. Enfin, la troisième fut un manque de clarté avec son associée sur leurs ambitions respectives pour le projet. Ces expériences lui ont appris l’importance d’être stratégique, prudent dans le choix de ses partenaires et aligné sur la vision à long terme.
Ses conseils sont pragmatiques : se confronter au marché le plus tôt possible, même avec un produit imparfait ; avancer par petits pas pour ne pas se laisser submerger par l’ampleur de la tâche ; et ne pas se précipiter sur les aspects juridiques et administratifs. « Le début, c’est de trouver un product market fit », insiste-t-elle.
Une nouvelle vie à plein temps
Après avoir mené Cuissoh en parallèle de son emploi salarié, Léa a finalement quitté son poste en septembre 2021 pour s’y consacrer entièrement. Une nouvelle vie qu’elle savoure, lui permettant de dédier toute son énergie à son entreprise. Aujourd’hui, elle travaille au développement de la prochaine collection, née une fois de plus des demandes de ses clientes : une gamme pour les mariages, de nouvelles couleurs adaptées à différentes carnations et des longueurs variées. La preuve que l’écoute du client reste au cœur de sa stratégie.
Elle conclut sur une métaphore puissante partagée avec l’animatrice : son rôle n’est pas de tout savoir faire, mais d’être une « cheffe d’orchestre » qui sait s’entourer des bons experts pour donner vie à sa vision.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram de Cuissoh
- Le site officiel de Cuissoh
- Le profil LinkedIn de Léa Legendre
- I Don’t Think, le site de Julia et Julie
- Le podcast La Leçon
- Le podcast La Galère
Les références de l’épisode
- Personnes : Alice Zaguri (The Family), Sarah (ancienne associée de Léa), Francis (de l’atelier de production), Pauline Lignot.
- Marques et entreprises : Cuissoh, TheBBoost, The Family, Ulule, Paulette, Les Echos, Spanx, Le Slip Français, Fempo.
- Ressources citées : le site I Don’t Think, les podcasts La Leçon et La Galère.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Léa Legendre et de sa marque Cuissoh, qui répond au problème des cuisses qui frottent.
- Le parcours de Léa : de la finance à l’entrepreneuriat dans le textile, un monde qu’elle ne connaissait pas.
- Le déclic : un bootcamp entrepreneurial suivi un peu par hasard.
- La première étape : valider le besoin avec un questionnaire auprès de 600 femmes.
- Le pivot de l’idée initiale (des bandelettes) vers le shorty, en écoutant les retours du marché.
- Comment trouver des fournisseurs et un atelier quand on part de zéro.
- L’importance de poser des questions et d’accepter de ne pas savoir pour apprendre le métier.
- Le budget de départ : 2000 euros à deux pour lancer les prototypes.
- Le succès de la campagne de financement participatif sur Ulule.
- Erreur n°1 : ne pas s’être assez intéressée à sa persona au tout début.
- Erreur n°2 : avoir fait confiance trop vite à un bureau d’études qui a fait faillite.
- Erreur n°3 : le manque de clarté sur les ambitions avec son associée de l’époque.
- Conseil : ne pas se précipiter pour créer une société et commencer en auto-entreprise.
- Le moment clé pour créer sa structure juridique : quand cela devient indispensable.
- Conseil : se confronter très tôt à son marché pour tester le produit.
- Conseil : avancer par petits pas pour ne pas se décourager face à la montagne de travail.
- La transition vers l’entrepreneuriat à temps plein en septembre 2021.
- Sa nouvelle vie d’entrepreneuse et l’importance d’avoir un espace de travail dédié.
- Les projets pour Cuissoh : une collection mariage, de nouvelles couleurs de peau et différentes longueurs.
- La stratégie de développement : partir d’un seul produit phare avant de décliner la gamme.
- Les ressources que Léa recommande pour s’inspirer et s’organiser.
- La conclusion d’Aline : l’entrepreneur comme un chef d’orchestre qui s’entoure d’experts.
FAQ
Qui est Léa Legendre ?
Léa Legendre est l’entrepreneuse fondatrice de la marque Cuissoh. Issue du secteur de la finance, elle s’est lancée dans l’industrie textile sans aucune expérience préalable pour résoudre un problème personnel : le frottement des cuisses. Son parcours illustre comment transformer une idée en un produit physique à succès, notamment grâce à une campagne de financement participatif réussie sur Ulule avant de se consacrer à plein temps à son entreprise.
Qu’est-ce que Cuissoh ?
Cuissoh est une marque française qui a créé le premier shorty spécifiquement conçu pour être porté sous une jupe ou une robe afin d’éviter le frottement douloureux des cuisses. Le produit se veut léger, résistant et invisible grâce à une matière innovante. L’idée est née du propre vécu de la fondatrice, Léa Legendre, et a été développée en réponse à une forte demande identifiée auprès de centaines de femmes.
Comment Léa Legendre a-t-elle financé le lancement de Cuissoh ?
Le projet a démarré avec un investissement initial très modeste de 2000 euros, apportés par Léa et son associée de l’époque, pour financer les premiers prototypes. Le véritable lancement a été rendu possible par une campagne de crowdfunding sur la plateforme Ulule. Cette campagne a largement dépassé son objectif initial, permettant de financer la première production à grande échelle et de valider l’intérêt du marché pour le produit.
Quels conseils donne Léa Legendre pour lancer un produit physique ?
Léa Legendre conseille avant tout de se confronter très rapidement à son marché pour valider l’idée et recueillir des avis, avant même d’avoir un produit fini. Elle recommande d’avancer par petites étapes pour ne pas se sentir dépassé. Enfin, elle suggère de ne pas se précipiter sur la création d’une structure juridique complexe et de commencer simplement, par exemple en auto-entreprise, pour ne pas engager de frais inutiles au début.
Quelles erreurs Léa Legendre a-t-elle commises à ses débuts ?
Léa Legendre identifie trois erreurs principales. D’abord, elle a manqué de stratégie au début, notamment en ne définissant pas assez précisément sa cliente cible. Ensuite, elle a fait confiance trop rapidement à un bureau d’études sans faire suffisamment de recherches comparatives. Enfin, elle souligne un manque de communication et d’alignement sur la vision du projet avec son associée de l’époque, ce qui a généré des frustrations.
