Entre deux mondes
Aline raconte avoir grandi dans une famille où deux visions de l’argent s’opposaient radicalement. D’un côté, son père, entrepreneur, incarnait une gestion axée sur l’investissement et la rentabilité. De l’autre, sa mère, catholique de gauche, prônait le partage et la redistribution, considérant l’accumulation comme négative. Cette dualité a profondément marqué son éducation, la forgeant entre l’ambition de gagner de l’argent et le devoir moral de le redistribuer. Elle se souvient avec amusement de la réaction de ses parents lors de son premier mois à 10 000 euros : son père l’a félicitée, tandis que sa mère lui a immédiatement demandé comment elle comptait aider les autres. « Maman, je vais m’aider moi d’abord et après on parlera de potentiellement aider les autres », lui avait-elle répondu.
Cette éducation a aussi ancré en elle une croyance fondamentale : l’argent se mérite par le travail. L’argent de poche était directement lié aux résultats scolaires, et toute dépense supplémentaire nécessitait d’accomplir des tâches ménagères. Ce lien puissant entre effort et récompense financière explique en partie, selon elle, son éthique de travail et son choix de devenir entrepreneuse.
L’argent comme un jeu
Aujourd’hui, Aline a une relation décomplexée à l’argent, qu’elle perçoit comme un outil au service de sa liberté et un indicateur de performance pour son entreprise. Sur le plan personnel, elle n’aspire pas à une vie extravagante ; elle cherche simplement à avoir suffisamment de moyens pour vivre comme elle l’entend, voyager et faire ses courses sans compter. Au-delà de ce seuil de confort, l’accumulation ne l’intéresse pas. Dans le cadre de son business, TheBBoost, elle voit le chiffre d’affaires et la trésorerie comme un « système de points » dans un jeu vidéo, une mesure de sa performance en tant que dirigeante. Si les chiffres montent, elle se sent performante ; s’ils stagnent ou baissent, elle se remet en question.
Ce désintérêt pour l’argent en tant que fin en soi a une conséquence directe : elle avoue ne pas du tout s’intéresser aux placements, à l’investissement ou à la gestion de patrimoine. Malgré plusieurs tentatives, elle n’arrive pas à se passionner pour la bourse, la crypto ou l’immobilier. Elle préfère de loin consacrer son énergie à créer de la valeur au sein de son entreprise, en développant de nouvelles offres et en communiquant avec son audience, une activité qu’elle juge bien plus stimulante et rentable à court terme.
Piloter par les chiffres, sans perdre la magie
Avec la croissance de TheBBoost, notamment le passage au million d’euros de chiffre d’affaires et l’embauche de salariés, Aline a dû faire évoluer sa gestion. Fini le pilotage « au doigt mouillé » : elle se fait désormais accompagner par un directeur administratif et financier (DAF) à temps partiel pour établir des prévisionnels et suivre ses indicateurs clés. Cette transition vers une gestion basée sur les données a été un défi. Elle craignait de perdre « sa magie », cette intuition qui avait fait le succès de ses débuts. Aujourd’hui, elle cherche l’équilibre entre les décisions rationnelles dictées par les chiffres et celles guidées par le plaisir et la vision.
L’organisation de son séminaire annuel, The Bishow, illustre parfaitement ce dilemme. La soirée organisée pendant l’événement est un pur « kiff » personnel qui plombe systématiquement le budget et rend l’opération déficitaire de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Une décision purement rationnelle l’annulerait, mais Aline choisit de la maintenir, car le plaisir qu’elle en retire et qu’elle offre à sa communauté prime. C’est un arbitrage qu’elle peut se permettre grâce à la rentabilité globale de son entreprise, qui absorbe cette perte.
Dépasser la peur du manque
Interrogée sur la peur de manquer d’argent, Aline explique ne pas la ressentir personnellement. Ayant déjà connu des périodes financières difficiles, elle a confiance en sa capacité à rebondir et à générer des revenus, quitte à accepter un travail alimentaire si nécessaire. Elle reconnaît cependant que cette peur est un frein majeur pour de nombreux entrepreneurs. Selon elle, l’anxiété financière se perçoit dans l’énergie, la posture et le discours d’un vendeur, créant un cercle vicieux. Pour en sortir, elle conseille de dissocier l’acte de vente de l’émotionnel lié au besoin d’argent.
Sa deuxième recommandation est de s’appuyer sur des données objectives. Piloter son entreprise avec des chiffres clairs (chiffre d’affaires, marge, trésorerie) permet de retirer l’émotionnel de l’équation. Les chiffres ne mentent pas et offrent une vision réaliste de la santé de l’entreprise, bien plus fiable que les impressions ou les angoisses. C’est cet ancrage dans la réalité qui apporte la sérénité et permet de prendre des décisions éclairées pour assurer la pérennité de son activité.
Pour aller plus loin
- Découvrez tout sur mon passage de 0 à 1M €
- Comment travailler son rapport à l’argent
- [Quiz] Quel type d’entrepreneur êtes-vous ?
- Rejoindre Aline sur Instagram
Les références de l’épisode
- Aline, coach business et fondatrice de TheBBoost
- Arnaud, directeur administratif et financier (DAF) d’Aline
- TheBBoost, l’entreprise d’Aline
- BSB Academy, une des formations d’Aline
- The Bishow, le séminaire annuel organisé par TheBBoost
- PennyLane, logiciel de comptabilité en ligne
- Quaderno, outil de facturation automatique
- Stripe et Paypal, plateformes de paiement
- Le livre « Profit First » (mentionné comme non lu par Aline)
- Instagram, Apple Podcast, Spotify
- URSSAF
Au fil de l’épisode
- Le sujet tabou de l’argent en France et dans l’entrepreneuriat.
- L’éducation d’Aline, entre un père entrepreneur et une mère catholique de gauche.
- L’anecdote de son premier mois à 10 000 euros et la réaction de ses parents.
- La croyance forte qui lie la valeur de l’argent à la valeur du travail.
- Sa vision actuelle de l’argent : un outil pour la liberté et un système de points pour son business.
- Son désintérêt personnel pour l’investissement, la bourse ou la gestion de patrimoine.
- Comment elle a géré ses finances au lancement de TheBBoost.
- Sa collaboration avec un Directeur Administratif et Financier (DAF) pour piloter son entreprise.
- L’évolution de sa rémunération, d’un pourcentage du chiffre d’affaires à un salaire fixe.
- Sa règle de bon sens pour distinguer les dépenses professionnelles des dépenses personnelles.
- La sérénité apportée par une trésorerie d’avance de plus d’un an.
- Comment elle a appréhendé les premières grosses sommes d’argent gagnées.
- Le passage d’objectifs de chiffre d’affaires à la poursuite d’une vision à long terme.
- Le réinvestissement de la quasi-totalité des bénéfices dans l’entreprise.
- La peur de manquer d’argent : pourquoi elle ne la ressent pas et comment la gérer.
- Le conseil de décorréler l’acte de vente de ses propres besoins financiers.
- L’importance de piloter son business par les chiffres pour objectiver la situation.
- L’exemple du séminaire The Bishow, un projet mené par envie plus que par rentabilité.
- Les outils qu’elle utilise pour sa gestion : PennyLane et Quaderno.
FAQ
Quel est le rapport à l’argent d’Aline de TheBBoost ?
Aline voit l’argent comme un outil au service de sa liberté personnelle et comme un indicateur de performance pour son entreprise. Elle le compare à un système de points dans un jeu vidéo qui mesure la santé de son business. Elle n’est pas motivée par l’accumulation de richesse et se désintéresse des sujets d’investissement, préférant consacrer son énergie à la création de valeur au sein de son entreprise.
Pourquoi est-il difficile de parler d’argent en France selon Aline ?
Selon Aline, parler d’argent est tabou en France en raison de croyances culturelles profondément ancrées. Elle explique que les grosses sommes sont souvent associées à une image négative, celle du « sale capitaliste » qui s’enrichit au détriment des autres. Cette perception, mêlée à des visions personnelles et familiales parfois contradictoires, rend les discussions sur les finances, la rémunération et la réussite financière particulièrement complexes et chargées d’émotions.
Comment Aline gère-t-elle les finances de son entreprise TheBBoost ?
Au début, Aline pilotait ses finances de manière intuitive. Avec la croissance de TheBBoost, elle a adopté une approche plus structurée. Elle se fait accompagner par un directeur administratif et financier (DAF) pour établir des prévisionnels et suivre ses indicateurs. Elle utilise des outils comme le logiciel comptable PennyLane. Sa stratégie est de réinvestir la majorité des bénéfices dans l’entreprise pour soutenir sa croissance, tout en conservant une trésorerie importante pour assurer sa sérénité.
Quelle est l’importance de la trésorerie pour un entrepreneur ?
Pour Aline, avoir une trésorerie d’avance est crucial pour la sérénité de l’entrepreneur. Elle recommande de viser un matelas de sécurité de trois mois de frais fixes dès que possible, puis six mois quand on a des salariés. Disposer d’une trésorerie solide permet de faire face aux imprévus, de payer les charges et les équipes sans stress, et de prendre des décisions stratégiques sans être sous pression financière. Pour TheBBoost, elle a constitué plus d’un an de trésorerie d’avance.
Comment surmonter la peur de manquer d’argent en business ?
Aline conseille deux stratégies. D’abord, de séparer mentalement l’acte de vente de ses émotions et de ses besoins financiers personnels, car la peur se ressent dans la posture et peut repousser les clients. Ensuite, elle recommande de piloter son entreprise avec des données objectives (chiffres de vente, marge, etc.). S’appuyer sur des faits concrets plutôt que sur des impressions permet de réduire l’anxiété et de prendre des décisions rationnelles pour redresser la barre si nécessaire.
