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Wave Storia

S713 – Au coin du feu avec Sacha Goldberger

<p>Le photographe Sacha Goldberger est passé maître dans l'art de la mise en scène et des images fabriquées comme de véritables productions. Au coin du feu, il ouvre les coulisses de ses séries, où se croisent une équipe d'artisans, des budgets qui grimpent et un soin extrême du détail.</p><p>Il évoque aussi son matériel Leica et l'héritage de Mamika, sa grand-mère devenue héroïne de ses photos. Une plongée passionnante dans une fabrique d'images spectaculaires, pour comprendre le travail colossal qui se cache derrière chaque cliché.</p>

Sacha Goldberger : dans les coulisses de ses super productions photo mises en scène

Comment fabrique-t-on une photographie pensée comme un film hollywoodien ? Dans cet épisode, le photographe Sacha Goldberger ouvre les coulisses de ses super productions photo mises en scène : écriture, casting, décors fabriqués, équipe d’artisans et budgets de 150 000 euros par série. Un regard rare sur la photo comme art collectif et narratif.

Sacha Goldberger : dans les coulisses de ses super productions photo mises en scène

Pour clôturer sa saison 7, le podcast Faut Pas Pousser Les ISO reçoit au coin du feu Sacha Goldberger, photographe dont les images ressemblent davantage à des tableaux qu’à de simples clichés. Ancien directeur artistique dans la publicité pendant douze ans, il s’est tourné vers la photographie à 37 ans après un passage par l’école des Gobelins. Son premier livre s’est écoulé à plus de 130 000 exemplaires, et c’est dans ce milieu publicitaire qu’il a appris l’essentiel auprès de Philippe Michel, fondateur de l’agence CLM BBDO : dans la création, ce sont les idées qui priment.

L’épisode s’ouvre sur un souvenir de tournage avec l’acteur François Berléand, grimé en Victor Hugo pour la série Portrait croisé réalisée pour l’enseigne Cultura. Goldberger raconte sa méthode : désamorcer la prise de vue par l’humour, tester son modèle, créer une complicité qui se reflète ensuite sur l’image. Une philosophie qui traverse tout son travail.

Une œuvre née de Mamika et d’une famille de travail

La notoriété internationale de Sacha Goldberger est venue de Mamika, sa grand-mère, qu’il a photographiée dans des situations loufoques mais toujours dignes pour bousculer les codes de la représentation de la vieillesse. Hongroise, juive, rescapée de la Seconde Guerre mondiale, elle a posé pour lui pendant une quinzaine d’années jusqu’à sa mort à 102 ans. Le projet est né d’une émotion intime : la peur de ne plus avoir personne avec qui parler d’elle une fois disparue. Photographier sa grand-mère est devenu une façon de partager cette femme exceptionnelle avec le monde entier.

Autour de lui, Goldberger a constitué une véritable famille de travail dont il se présente comme le chef d’orchestre. Le directeur artistique Ben Bensimon l’accompagne à tous les stades, de l’idée à la fabrication des images. Le styliste d’époque Thierry Fortin, le model maker Alain Roussel, qui sculpte des objets sur mesure comme un Mickey des origines en train de faire un selfie, ou encore les maquilleurs et coiffeurs spécialisés composent une équipe que le photographe revendique sans complexe « meilleure que lui ». Sa compagne Lina assure la production. Le mot d’ordre : tout le monde apporte sa pierre à l’édifice.

Des séries conçues comme des films, avec des budgets colossaux

Chaque série de Sacha Goldberger demande jusqu’à un ou deux ans de préparation et coûte en moyenne 150 000 euros. Le processus suit celui d’un film : une idée, une écriture, des repérages de décors, un casting, des costumes, des objets fabriqués sur mesure. Pour sa série Meet My Mom, inspirée par la solitude de sa mère et par la peinture d’Edward Hopper, il a loué la maison Louis Carré conçue par Alvar Aalto. Pour Superflamand, il mêle comics et peinture flamande en figeant des super-héros à l’époque de la Renaissance.

Faute de financements comme au cinéma, il autoproduit ses séries personnelles et les finance par la vente de tirages à des collectionneurs, ses œuvres allant de 3 000 à 50 000 euros. Sa logique, héritée d’un éditeur : faire des projets qui rapportent pour pouvoir en financer d’autres, nécessaires mais non rentables. Goldberger insiste aussi sur le making-of de ses images, devenu un manifeste à l’ère de l’intelligence artificielle : prouver que tout est fait à la main, par des humains, pour défendre les métiers du maquillage, de la coiffure, du stylisme et de la décoration.

Leica, le tirage et le projet Hitchcock

Ambassadeur de la marque Leica, Goldberger possède sept ou huit boîtiers et une trentaine d’objectifs, dont des M11 et un MP. Sa relation à la marque tient d’une histoire familiale : à la fin de la guerre, son grand-père aurait sauvé l’usine textile familiale à Budapest en offrant son Leica à un officier soviétique. Pour sa série en cours sur Hitchcock, intitulée The Lady Doesn’t Vanish, il a visionné et découpé 53 films, fait fabriquer 14 décors identiques à ceux des films, et shooté à la fois en argentique et en numérique pour interroger le féminisme à travers l’œuvre du cinéaste.

L’épisode accorde une large place au tirage, étape qu’il considère comme la vraie finalité de son travail, avec le cadre. Il collabore depuis une dizaine d’années avec le tireur Christophe Pète, qui choisit les papiers selon les séries : Fujiflex très brillant pour le côté cinéma de Hitchcock, papier coton mat plus pictural pour certains portraits croisés. Goldberger a aussi photographié les invisibles de l’Élysée pour un livre, un travail minimaliste en clair-obscur loin de ses productions habituelles. Pour saisir toute la générosité et l’humour de ces échanges, ainsi que les témoignages de ses proches collaborateurs, l’écoute de l’épisode complet vaut le détour.

Foire aux questions

Qui est Sacha Goldberger et quel type de photographie pratique-t-il ?

Sacha Goldberger est un photographe français connu pour ses séries de mise en scène très élaborées, conçues comme des super productions cinématographiques. Ancien directeur artistique en publicité, il est devenu photographe à 37 ans. Il revisite la peinture, le cinéma et les comics dans des images narratives, et s’est fait connaître mondialement avec les portraits de sa grand-mère, Mamika.

Combien coûte une série photo de Sacha Goldberger ?

Une série personnelle de Sacha Goldberger coûte en moyenne 150 000 euros, un budget qu’il qualifie lui-même de colossal. Il autoproduit ses projets et les finance grâce à la vente de tirages à des collectionneurs, ses œuvres allant de 3 000 à 50 000 euros. Quand une série rapporte, elle finance les suivantes, moins rentables mais nécessaires.

Qui est Mamika, la grand-mère de Sacha Goldberger ?

Mamika est la grand-mère de Sacha Goldberger, hongroise et juive, rescapée de la Seconde Guerre mondiale et décédée à 102 ans. Il l’a photographiée pendant une quinzaine d’années dans des situations loufoques mais toujours dignes, pour bousculer les codes de la représentation de la vieillesse. Ces images, pleines d’humour et de tendresse, lui ont apporté une notoriété internationale.

Comment Sacha Goldberger prépare-t-il ses séries photo ?

Sacha Goldberger prépare ses séries comme un film : jusqu’à un ou deux ans de travail, à partir d’une idée écrite avec Ben Bensimon. Il fait des repérages de décors avec plusieurs appareils et optiques, puis construit l’image avec un casting, un styliste d’époque, des maquilleurs, coiffeurs et un model maker qui fabrique des objets sur mesure.

Pourquoi Sacha Goldberger publie-t-il des making-of de ses photos ?

Sacha Goldberger publie des making-of pour prouver que ses images sont entièrement réalisées à la main, par une équipe d’artisans, à l’ère de l’intelligence artificielle. Il veut défendre les métiers du maquillage, de la coiffure, du stylisme et de la décoration, et raconter une seconde histoire, celle de gens qui travaillent ensemble, au même titre que les coulisses d’un film.

Quel est le lien entre Sacha Goldberger et la marque Leica ?

Sacha Goldberger est ambassadeur Leica et possède sept ou huit boîtiers de la marque, dont des M11 et un MP, ainsi qu’une trentaine d’objectifs. Son lien est aussi familial : il raconte que son grand-père aurait sauvé l’usine textile familiale à Budapest, après la guerre, en offrant son Leica à un officier soviétique, un appareil qui valait alors une usine entière.

Sur quelle série travaille actuellement Sacha Goldberger ?

Sacha Goldberger travaille sur une série consacrée à Alfred Hitchcock, intitulée The Lady Doesn’t Vanish, avec un sous-titre féministe. Il a visionné et découpé 53 films d’Hitchcock, fait fabriquer 14 décors identiques aux originaux et shooté en argentique comme en numérique pour interroger les rapports hommes-femmes à travers des images iconiques revisitées.

Pourquoi le tirage est-il si important dans le travail de Sacha Goldberger ?

Pour Sacha Goldberger, le tirage et le cadre sont la véritable finalité de la photographie, ce qui reste une fois l’exposition terminée. Il travaille depuis une dizaine d’années avec le tireur Christophe Pète, qui adapte le choix du papier à chaque série : Fujiflex brillant pour le rendu cinéma, papier coton mat plus pictural pour d’autres images.

Les chiffres de l’épisode

  • 150 000 euros : coût moyen d’une série photo personnelle de Sacha Goldberger.
  • 130 000 exemplaires : ventes de son premier livre.
  • 37 ans : âge auquel il s’est tourné vers la photographie.
  • 12 ans : durée de sa carrière de directeur artistique en publicité.
  • 102 ans : âge auquel sa grand-mère Mamika est décédée.
  • 15 ans : durée pendant laquelle il a photographié sa grand-mère.
  • 53 films d’Hitchcock visionnés et découpés pour sa série en cours.
  • 14 décors fabriqués à l’identique des films pour le projet Hitchcock.
  • De 3 000 à 50 000 euros : fourchette de prix de ses tirages.
  • 160 tirages d’époque et environ 140 livres publiés par Paul Wolff, photographe évoqué dans la Story de l’épisode.

Références

  • Sacha Goldberger
  • François Berléand
  • Carole Schmitz
  • Ben Bensimon
  • Alain Roussel
  • Christophe Pète
  • Charlotte Vannier (éditions Revelatoer)
  • Mamika
  • Leica
  • Philippe Michel (CLM BBDO)
  • Edward Hopper
  • Alfred Hitchcock
  • Pierre Richard
  • Paul Wolff
  • Gilles Mora
  • Mathias Malzieu (Dionysos)
  • Saul Leiter
  • August Sander
  • Cultura
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