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Jean-Louis Grinda

Metteur en scène, ancien directeur de l'Opéra de Monte-Carlo pendant près de 15 ans et aujourd'hui vice-président du Conseil National : Jean-Louis Grinda est un homme aux multiples facettes, animé par une passion communicative. Dans cet entretien, il revient sur son héritage familial, où la musique et la scène étaient une évidence, et partage sa vision d'un opéra populaire, universel et profondément moderne. Il raconte les coulisses de son parcours, de ses débuts à sa décision mûrement réfléchie de passer le flambeau à la cantatrice Cécilia Bartoli, et évoque son engagement au service de Monaco et de ses habitants.

Jean-Louis Grinda, de la passion de l'opéra à l'engagement pour la chose publique

Un héritage familial

Jean-Louis Grinda le reconnaît volontiers : la pomme n’est pas tombée loin de l’arbre. Fils d’un père baryton devenu directeur d’opéra et d’une mère chanteuse à la longue carrière, il a grandi dans l’univers de la scène. Une enfance nomade, au gré des contrats de ses parents, qui l’a tenu éloigné de Monaco où il est né, mais qui l’a imprégné de la vie d’artiste. Il raconte avec émotion le souvenir de la voix de son père, qu’il n’a jamais entendu chanter sur scène, et l’admiration pour sa mère, artiste indépendante et pionnière. Cet environnement a forgé sa perception du monde du spectacle et des relations humaines, notamment l’égalité entre hommes et femmes, une évidence dans le milieu artistique.

« Quand on a des parents qui font un métier de passion, ce métier vole les parents aux enfants », confie-t-il, évoquant les soirs et week-ends où ses parents travaillaient. C’est pourtant cette même passion qu’il a choisi d’embrasser.

L’opéra, un art universel

Contrairement aux idées reçues, Jean-Louis Grinda défend avec ferveur la nature populaire de l’opéra. Pour lui, cet art n’est pas élitiste mais rassemble toutes les couches sociales, à l’image d’un match de football. Il en veut pour preuve les chiffres de fréquentation de l’Opéra de Paris, comparables à ceux du Paris Saint-Germain. Il souligne le caractère avant-gardiste de nombreuses œuvres, qui, comme La Traviata ou Carmen, ont fait scandale à leur création en mettant en scène des héroïnes fortes et réalistes. Un combat pour la représentation de la femme qui a souvent commencé par un échec commercial avant de connaître un succès planétaire et durable.

Loin d’être un art figé, l’opéra continue de se réinventer. « On n’a jamais joué autant d’opéras dans le monde », affirme-t-il, citant l’engouement en Asie, aux États-Unis ou dans les pays du Golfe, et les créations contemporaines qui voient le jour, notamment au Metropolitan Opera de New York.

De la direction à la mise en scène

Le chemin de Jean-Louis Grinda vers la scène n’a pas été une ligne droite. Après un baccalauréat et des études de sciences économiques et de droit à Paris, il déçoit son père en renonçant à intégrer Sciences Po pour devenir stagiaire non rémunéré à l’Opéra d’Avignon. C’est le début d’une carrière qu’il n’a jamais remise en question. Le véritable tournant a lieu à 38 ans, alors qu’il est un directeur d’opéra reconnu à Liège. Sentant qu’il lui manque une dimension artistique personnelle, il décide de se lancer dans la mise en scène après une candidature non retenue à Genève. Un pari audacieux qui s’avère payant : sa première production, Chantons sous la pluie, lui vaut le Molière du meilleur spectacle et de la meilleure mise en scène.

« Je ne voulais pas rester sur cet échec », explique-t-il à propos de ce qui fut le véritable déclencheur de sa carrière de metteur en scène. Une carrière qu’il mène depuis avec un succès international.

Une transition audacieuse à Monte-Carlo

Après près de 15 ans à la tête de l’Opéra de Monte-Carlo, Jean-Louis Grinda prend une décision qui surprend tout le monde : celle de partir. Une décision personnelle, mûrement réfléchie, motivée par le désir de renouveler l’institution et de se consacrer pleinement à ses projets de mise en scène. « Il faut savoir tourner la page pour en écrire des nouvelles », résume-t-il. Il ne se contente pas de partir ; il prépare sa succession en choisissant une figure d’exception : la mezzo-soprano Cécilia Bartoli. Leur collaboration avait débuté par un récital, puis s’était intensifiée avec la création de l’orchestre Les Musiciens du Prince, une initiative menée tambour battant grâce à la réactivité des institutions monégasques.

Il lui faudra plus d’un an pour convaincre l’artiste, qui ne croyait pas à son départ, d’accepter le poste. L’annonce de cette nomination fera la une du New York Times, confirmant le coup de maître stratégique pour le rayonnement de l’opéra et de la Principauté.

L’engagement pour la chose publique

Parallèlement à sa vie artistique, Jean-Louis Grinda s’engage pour son pays. Élu au Conseil National depuis plus de dix ans, il est aujourd’hui vice-président de l’assemblée. Il ne parle pas de « politique » mais de « la chose publique », un service qu’il estime pouvoir enrichir par son expérience internationale. Son parcours politique l’a mené de la minorité à la majorité, avec des campagnes parfois difficiles, mais toujours guidé par le sens du bien commun, particulièrement pendant la crise du Covid. Il est à l’origine de textes sociétaux majeurs pour la Principauté, comme la proposition de loi sur le pacte de vie commune.

Pour lui, l’évolution de la société monégasque place de plus en plus l’individu au centre des préoccupations législatives. Un travail de fond, mené sur le temps long, qui le passionne et pour lequel il ne s’interdit rien pour l’avenir.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Cécilia Bartoli, Raoul Gainsbourg, Verdi, Alexandre Dumas, Michel Legrand, Didier Van Cauwelaert, Jean-Louis Étienne, Jean-Claude Robillon, Bernard Pasquier, Christophe Steiner, Béatrice Fresco-Rolfo, Stéphane Valéry, Paul Masseron, Michel Roger.
  • Lieux et institutions : Opéra de Monte-Carlo, Conseil National de Monaco, Chorégies d’Orange, Grimaldi Forum, Salle Garnier, La Scala de Milan, Metropolitan Opera de New York, Opéra de Paris, Opéra Royal de Wallonie (Liège), Opéra de Genève, Théâtre de la Porte-Saint-Martin, SBM (Société des Bains de Mer).
  • Œuvres citées : Madame Butterfly, La Tosca, La Traviata, Carmen, Aïda, La Dame aux Camélias (roman d’Alexandre Dumas fils), Dead Man Walking (film), Chantons sous la pluie (comédie musicale), Les Contes d’Hoffmann, Norma.
  • Distinctions : Molière du meilleur spectacle et de la meilleure mise en scène.
  • Lois et concepts : Pacte de vie commune, Moneyval.

Au fil de l’épisode

  • Le partage de Jean-Louis Grinda entre ses casquettes de metteur en scène, d’ancien directeur d’opéra et de vice-président du Conseil National.
  • Sa règle d’or : ne jamais parler de travail à la maison pour préserver sa vie de famille.
  • Son héritage familial : des parents artistes qui lui ont transmis la passion de la scène.
  • Une enfance et une scolarité en France, loin de Monaco, avant d’y revenir à 47 ans.
  • La place centrale des héroïnes (Carmen, Tosca, Traviata) dans le répertoire de l’opéra.
  • La vision de l’opéra comme un art populaire et universel, comparable au football en termes d’audience.
  • L’opéra, un art vivant qui continue de créer et d’évoluer dans le monde entier.
  • Son parcours d’études en sciences économiques et en droit, abandonné pour un stage à l’Opéra d’Avignon.
  • Le tournant de sa carrière : sa décision de devenir metteur en scène après une déception à Genève.
  • Le succès de sa première mise en scène, Chantons sous la pluie, récompensée par un Molière.
  • Sa décision de quitter la direction de l’Opéra de Monte-Carlo pour se consacrer à la création.
  • La rencontre avec Cécilia Bartoli et la création de l’orchestre Les Musiciens du Prince.
  • Comment il a convaincu Cécilia Bartoli de lui succéder, une transition qui a eu un écho international.
  • Son engagement politique au Conseil National, vu comme un service de la « chose publique ».
  • Son expérience dans la minorité puis dans la majorité, et le rôle fédérateur de la crise du Covid.
  • Son travail sur des lois sociétales comme le pacte de vie commune.
  • Sa vision de l’avenir de Monaco, centrée sur l’individu et le développement des talents.

FAQ

Qui est Jean-Louis Grinda ?

Jean-Louis Grinda est une figure majeure de la scène culturelle et publique monégasque. Metteur en scène d’opéra de renommée internationale, il a également été le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo pendant près de 15 ans. Issu d’une famille d’artistes lyriques, il est aussi engagé dans la vie de son pays en tant que vice-président du Conseil National, l’assemblée législative de la Principauté de Monaco.

Pourquoi Jean-Louis Grinda a-t-il quitté la direction de l’Opéra de Monte-Carlo ?

Son départ était une décision personnelle et mûrement réfléchie. Après près de 15 ans à ce poste, il a estimé qu’il était temps pour l’institution de connaître un nouveau souffle et pour lui-même de retrouver une plus grande liberté pour sa carrière de metteur en scène. Il ne s’agissait pas d’une fin, mais d’une transformation pour pouvoir se consacrer à de nouveaux projets artistiques personnels.

Comment Cécilia Bartoli est-elle devenue directrice de l’Opéra de Monte-Carlo ?

C’est Jean-Louis Grinda qui a orchestré cette succession. Après l’avoir invitée à chanter à Monaco, il a initié avec elle la création de l’orchestre Les Musiciens du Prince. Fort de cette collaboration fructueuse, il l’a personnellement choisie pour lui succéder, considérant qu’elle était la personne idéale pour le poste. Il lui a fallu plus d’un an pour la convaincre d’accepter ce nouveau rôle.

Quelle est la vision de Jean-Louis Grinda sur l’opéra ?

Pour Jean-Louis Grinda, l’opéra est un art populaire, universel et vivant, loin de l’image élitiste qu’on lui prête parfois. Il le compare au football pour sa capacité à rassembler toutes les couches de la société. Il insiste sur son caractère souvent avant-gardiste, mettant en scène des héroïnes fortes et des sujets qui ont pu faire scandale à leur époque, et souligne sa vitalité actuelle partout dans le monde.

Quel est l’engagement politique de Jean-Louis Grinda à Monaco ?

En tant que vice-président du Conseil National, Jean-Louis Grinda se consacre à ce qu’il nomme « la chose publique ». Son engagement se concentre sur le travail législatif au service des Monégasques. Il a notamment été à l’initiative de lois sociétales importantes, comme celle sur le pacte de vie commune, et s’intéresse particulièrement à l’évolution de la société et à la place de l’individu au sein de celle-ci.

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