Un héritage à honorer
En prenant la direction artistique de la Monte-Carlo SBM, Alfonso Ciulla sait qu’il marche dans les pas de figures emblématiques comme Jean-René, Gilles Marsan ou Bernard Lyon. Il aborde cette mission avec un profond respect pour ses prédécesseurs et pour le travail accompli dans des lieux qu’il qualifie de « mythiques, iconiques et uniques au monde ». Loin de reproduire des formules, il conçoit la programmation comme une recette de cuisine : les ingrédients peuvent être les mêmes, mais leur assemblage doit être constamment réinventé pour s’adapter à l’esprit d’un lieu et à son public. C’est un mélange de fierté et de pression qui le pousse à une exigence constante.
Cette approche se traduit par une réflexion sur la cohérence d’un festival, notamment pour le jazz, une musique en pleine évolution dont le public est devenu plus rare et exigeant.
La musique comme réponse
Pour Alfonso Ciulla, la musique est bien plus qu’un métier, c’est un style de vie résumé par son credo : « Music is the answer ». Elle l’accompagne dans tous les moments, bons comme mauvais. Cette passion remonte à son enfance en Italie, où sa mère l’endormait au son de la radio qui diffusait de l’opéra. Il raconte avec amusement ses premiers enregistrements sur cassettes, où il luttait pour couper la voix des animateurs italiens particulièrement volubiles. Arrivé en France, il découvre des radios comme FIP, qui devient une révélation. Il confie avoir besoin d’un rapport physique à la musique, de toucher les pochettes de vinyles ou de CD, loin de la simple consommation des plateformes de streaming.
« Quand tu arrives après à trouver un bon morceau que tu découvres ou que tu redécouvres, c’est une vraie satisfaction. C’est pour ça qu’encore une fois, c’est la réponse à tout. »
Dans les coulisses des étoiles
Programmer pour des salles comme l’Opéra Garnier ou la Salle des Étoiles est un défi permanent. Alfonso Ciulla souligne la qualité exceptionnelle de ces lieux et des équipes techniques, qui offrent un gage de sécurité et d’accueil pour les plus grands artistes. Il se souvient de la venue de Sam Smith, un artiste qu’il suivait depuis longtemps mais qu’il a fallu convaincre. Très timide, ce dernier avait une certaine appréhension avant de monter sur scène, puis a été conquis par l’élégance du public et l’intimité de la salle. C’est cette élégance qui, pour le directeur artistique, définit l’expérience monégasque et qu’il s’efforce de préserver pour ne jamais sombrer dans l’ordinaire.
S’il admire le professionnalisme d’artistes comme Patrick Bruel, il garde une certaine distance. Il se voit comme un hôte qui ouvre la porte, pas comme « le copain des artistes », préférant rester à sa place, au service du spectacle.
Le pari de la découverte
Avant la SBM, Alfonso Ciulla a marqué les esprits en créant les « Thursday Live Sessions » au Grimaldi Forum. Le concept était audacieux : faire venir un public pour des artistes totalement inconnus, en misant sur un gage de qualité. Ce goût pour la découverte et les projets « barrés » ne l’a pas quitté, même si son rôle actuel impose un cadre différent. Il se réjouit cependant de pouvoir, sous l’impulsion du président Stéphane Valéry, introduire des touches d’électro dans la programmation, comme avec Paul Kalkbrenner. Face à la critique, il avoue avoir été très touché par le passé, mais a appris avec le temps à prendre du recul.
Aujourd’hui, il travaille déjà sur les programmations de 2026, avec l’envie de continuer à créer des moments de suspension pour le public, car c’est là l’essence de son métier.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Jean-René, Gilles Marsan, Bernard Lyon, Jacques Provence, Renaud Di Matteo, Bruno Mantovani, Pierre Boulez, Pierre Gagnard, Sinatra, Johnny Hallyday, Joe Cocker, Liza Minelli, Saminely Junior, Benson Boone, Santana, Sam Smith, Durand-Duran, Biolet, Patrick Bruel, R, Jane Birkin, Il Volo, Jamiroquai, Lenny Kravitz, Billy Idol, Will Smith, Paul Kalkbrenner, Lou Reed, Andy Warhol, Alain Souchon, Philippe Martel, Roger Waters, Stéphane Valéry, David Vigneault, Corinne, Bombino, The Ramones, Giuseppe Verdi.
- Lieux et institutions : Monte-Carlo SBM, Grimaldi Forum, Salle des Étoiles, Opéra Garnier de Monte-Carlo, Montreux.
- Événements : Thursday Live Sessions, Monte-Carlo Summer Festival, Monte-Carlo Jazz Festival, Printemps des Arts, Gala de la Croix-Rouge, Fight Aids, Stereo Waves.
- Médias : Monaco Info, FIP, Radio Nova.
- Groupes et œuvres : The Velvet Underground, Pink Floyd, « Cavalier Rustica », « La Traviata », « Dark Side of the Moon ».
Au fil de l’épisode
- Son arrivée à la Monte-Carlo SBM et le respect de l’héritage laissé par ses prédécesseurs.
- Sa vision de la programmation comme une « recette de cuisine » qui doit sans cesse être réinventée.
- L’évolution du jazz et de son public, devenu plus rare pour le « pur et dur ».
- Sa philosophie personnelle : « Music is the answer ».
- Son enfance en Italie, bercée par l’opéra et la radio.
- La découverte de radios françaises comme FIP et Radio Nova.
- Son besoin d’un rapport physique à la musique, à travers les vinyles et les CD.
- Le débat sur l’importance de la mélodie dans la musique.
- Son habitude d’écouter les concerts avec une concentration totale, sans distraction.
- L’accueil des artistes à Monaco et la qualité des salles comme la Salle des Étoiles ou l’Opéra Garnier.
- L’anecdote sur la venue de Sam Smith, un artiste timide conquis par le public monégasque.
- L’élégance comme maître-mot pour définir l’expérience des concerts à Monaco.
- Le défi de programmer de grands artistes dans des salles à capacité réduite.
- Sa place pendant les concerts : parmi le public, jamais en coulisses.
- La création des « Thursday Live Sessions » au Grimaldi Forum, un pari sur la découverte.
- La manière dont il évalue la réaction du public pendant un spectacle.
- Sa surprise devant le professionnalisme d’artistes comme Patrick Bruel.
- Comment une rencontre fortuite avec Philippe Martel l’a fait entrer dans le métier.
- La programmation à venir de Will Smith, un artiste qu’il qualifie de pluridisciplinaire.
- L’introduction de la musique électro dans la programmation de la SBM.
- Son rapport à la critique et l’évolution de ses goûts musicaux.
- Ses projets pour les années à venir, notamment pour 2026.
FAQ
Qui est Alfonso Ciulla ?
Alfonso Ciulla est le directeur artistique de la société Monte-Carlo SBM. Passionné de musique depuis son enfance, il est chargé de la programmation des grands événements musicaux de la Principauté, comme le Monte-Carlo Summer Festival et le Jazz Festival. Auparavant, il a travaillé plus de 20 ans au Grimaldi Forum, où il a notamment créé les « Thursday Live Sessions » pour promouvoir de nouveaux talents.
Pourquoi la Salle des Étoiles est-elle un lieu de concert si particulier ?
La Salle des Étoiles, située au Sporting Monte-Carlo, est une salle de concert mythique. Sa particularité réside dans son toit amovible qui s’ouvre sur le ciel, offrant un cadre spectaculaire. Malgré sa capacité d’accueil relativement modeste (environ 800 places), elle attire les plus grands artistes internationaux, qui apprécient son intimité, son acoustique et l’élégance de l’atmosphère, créant une proximité rare avec le public.
Qu’est-ce que les « Thursday Live Sessions » ?
Les « Thursday Live Sessions » sont un concept de concerts créé par Alfonso Ciulla lorsqu’il était au Grimaldi Forum. L’objectif était de proposer au public des soirées pour découvrir des artistes et des groupes alors inconnus. Le pari reposait sur la confiance du public en la qualité de la programmation, les spectateurs venant sans connaître l’affiche, pour le plaisir de la découverte musicale dans un cadre intimiste.
Comment Alfonso Ciulla conçoit-il la programmation musicale ?
Alfonso Ciulla compare la programmation à une recette de cuisine : même avec de bons ingrédients, la manière de les assembler est cruciale pour que l’alchimie opère. Il ne se fie pas uniquement à ses goûts personnels, qu’il juge parfois « barrés », mais pense avant tout au public. Son travail consiste à trouver un équilibre entre le respect de l’héritage des festivals, la nécessité de remplir les salles et l’envie d’innover.
