Un optimisme de combat
Face aux conclusions souvent pessimistes des experts du GIEC, Cyril Gomez, directeur général adjoint de l’Institut océanographique de Monaco, oppose une conviction forte : une cohabitation harmonieuse entre l’homme et la mer est encore possible, et surtout, indispensable. Selon lui, la véritable question n’est pas de sauver l’océan, qui est avant tout notre allié et une source de solutions, mais bien de préserver l’humanité qui dépend de sa bonne santé. Il constate que si le grand public adhère majoritairement à ce discours, le passage à l’acte reste le principal défi, notamment pour concilier les besoins de développement d’une partie de la population mondiale et la nécessaire sobriété des pays occidentaux.
« Ce n’est pas l’océan qui est en danger, c’est l’homme qui est en danger parce qu’il fait du mal à l’océan. »
Du gouvernement au musée
L’engagement de Cyril Gomez pour l’environnement ne date pas de son arrivée à l’Institut océanographique. Ingénieur de formation, il a débuté sa carrière au sein du gouvernement princier de Monaco, avec pour mission de contrôler les pollutions industrielles. Animé par une volonté d’optimiser les systèmes et de « faire les choses correctement », il a été l’un des artisans de la création de la Direction de l’Environnement en 2008. Il raconte comment cette nouvelle entité a permis de passer d’une simple gestion des pollutions à une véritable politique de développement durable, intégrant les enjeux du plan énergie-climat et la préservation de la biodiversité dans tous les projets de la Principauté, notamment en matière d’urbanisme et de construction.
Cette expérience au cœur de l’appareil d’État lui a appris la nécessité de la persévérance, les progrès étant souvent lents mais réels lorsqu’on les observe sur le long terme.
L’océan, une cause universelle
Aujourd’hui, à l’Institut océanographique, Cyril Gomez poursuit cette mission à une autre échelle. Il souligne le rôle unique de l’institution, héritage du prince visionnaire Albert Ier : être un lieu capable de parler à tout le monde, des chefs d’État au grand public, des entreprises aux enfants. Cette capacité de dialogue est au cœur de la « diplomatie bleue » menée depuis Monaco, à travers des initiatives comme la Monaco Blue Initiative ou le Blue Economy and Finance Forum, qui visent à mobiliser le secteur privé et les décideurs. L’objectif est de créer un écosystème favorable aux projets durables, en montrant que l’économie bleue peut être rentable.
Le musée et son aquarium jouent un rôle complémentaire essentiel : celui de créer une connexion émotionnelle avec le monde marin, car, comme il le rappelle, « les gens ne vont pas changer parce qu’ils ont compris quelque chose, ils vont changer parce qu’ils le ressentent ».
Les références de l’épisode
- Personnes : Prince Albert Ier, Prince Albert II, Prince Rainier III, Robert Calcagno, Jacques-Yves Cousteau, Damien Hirst.
- Institutions et organisations : Institut océanographique de Monaco, GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), OMC (Organisation Mondiale du Commerce), Gouvernement princier de Monaco, Direction de l’Environnement de Monaco, Fondation Prince Albert II, Centre Scientifique de Monaco, Acobams, Pélagos, Ramoge, Peace & Sport, Université internationale de Monaco.
- Événements et initiatives : COP21 (Accord de Paris), Blue Economy and Finance Forum (BEF), Monaco Blue Initiative, Monaco Ocean Protection Challenge.
- Lieux et projets : Mareterra, Maison de l’Océan (Paris), réserve du Larvotto.
- Accords internationaux : Accord BBNJ sur la haute mer, Accord de Kunming-Montréal.
Au fil de l’épisode
- La cohabitation entre l’homme et la mer est-elle encore possible ?
- Le rôle de l’Institut Océanographique : convaincre ceux qui peuvent agir pour l’océan.
- Les défis du passage à l’acte et du financement de la transition écologique.
- L’émergence d’un agenda politique international pour l’océan, sous l’impulsion de Monaco.
- Le parcours de Cyril Gomez : ses débuts au gouvernement monégasque pour contrôler les pollutions industrielles.
- La création de la Direction de l’Environnement en 2008 et l’élaboration du Code de l’environnement.
- Le rôle de l’Institut comme médiateur universel, capable de parler aux entreprises comme au grand public.
- La diplomatie bleue : la Monaco Blue Initiative et le Blue Economy and Finance Forum.
- Face aux rapports alarmistes, la nécessité de persévérer et de construire sur le long terme.
- Le rôle du Musée et de l’aquarium : créer l’émotion pour susciter l’envie de protéger.
- L’objectif des 30 % d’aires marines protégées d’ici 2030 : un défi majeur.
FAQ
Qui est Cyril Gomez ?
Cyril Gomez est le directeur général adjoint de l’Institut océanographique de Monaco. Ingénieur de formation, il a commencé sa carrière au sein du gouvernement monégasque, où il a notamment porté la création de la Direction de l’Environnement en 2008. Son parcours illustre un engagement constant pour la protection de l’environnement, alliant l’action institutionnelle et la médiation auprès des décideurs et du grand public pour la cause des océans.
Quel est le rôle de l’Institut océanographique de Monaco ?
Fondé par le Prince Albert Ier, l’Institut océanographique a pour mission de faire connaître, aimer et protéger les océans. Il agit sur plusieurs fronts : la médiation auprès du grand public via son célèbre musée et son aquarium, l’organisation d’événements de diplomatie internationale comme la Monaco Blue Initiative, et le dialogue avec le secteur privé pour promouvoir une économie bleue durable. Il se positionne comme un lieu de rencontre et d’échange pour tous les acteurs de l’océan.
Qu’est-ce que la diplomatie bleue ?
La diplomatie bleue, telle qu’évoquée dans l’épisode, désigne l’ensemble des actions visant à placer la protection de l’océan au cœur de l’agenda politique et économique international. Portée par la Principauté de Monaco et le Prince Albert II, elle se concrétise par des initiatives comme la Monaco Blue Initiative ou le Blue Economy and Finance Forum, qui rassemblent décideurs politiques, scientifiques, ONG et entreprises pour faire avancer les discussions et les engagements en faveur de l’océan.
Pourquoi l’épisode insiste-t-il sur la persévérance ?
L’épisode souligne l’importance de la persévérance car les progrès en matière de protection de l’environnement sont souvent lents et se mesurent sur le long terme. Cyril Gomez explique que si l’on se concentre sur le court terme, on peut être découragé par les obstacles et l’inertie. En revanche, une vision sur plusieurs années permet de constater les avancées réelles et de maintenir l’engagement, malgré l’urgence de la situation climatique et écologique.
Le Musée océanographique est-il seulement un aquarium ?
Non, le Musée océanographique est bien plus qu’un aquarium. S’il abrite des écosystèmes marins reconstitués pour émerveiller et éduquer, il est aussi un lieu de culture et d’art. Conformément à la vision de son fondateur, le Prince Albert Ier, qui voulait allier l’art et la science, le musée accueille des expositions d’artistes contemporains et des dispositifs immersifs. L’objectif est de créer une connexion émotionnelle forte avec l’océan, car c’est cette émotion qui pousse à l’action.
