Remettre l’humain au centre
Nommée Haut Commissaire à la protection des Droits, des Libertés et à la Médiation en 2022, Marina Ceyssac insiste sur la mission première de son institution : la proximité avec les citoyens. Elle raconte comment le Haut Commissariat offre un espace d’écoute confidentiel, où chaque situation est examinée dans sa globalité, au-delà du simple dossier administratif. Ce contact humain permet de renouer le dialogue avec l’administration, d’expliquer des décisions complexes et de redonner confiance, même lorsque la solution idéale n’est pas possible. « Le simple fait qu’on ait écouté la personne, déjà, elle se sent mieux », confie-t-elle. Indépendante du gouvernement, l’équipe du Commissariat peut ainsi identifier des dysfonctionnements et contribuer à améliorer les procédures.
Cette approche, centrée sur l’écoute et la compréhension du parcours de vie, est essentielle pour traiter les demandes qui vont du simple blocage administratif aux soupçons de discrimination.
Les débuts de la diplomatie monégasque
Avant de se consacrer à la médiation, Marina Ceyssac a été l’une des pionnières de la diplomatie monégasque moderne. Elle rejoint les Relations Extérieures en 1993, juste après l’admission de Monaco à l’Organisation des Nations Unies. Elle se souvient avec amusement de cette période artisanale où tout était à construire. « On recevait d’énormes cartons, plein de liasses de documents », raconte-t-elle, décrivant le défi de trier les sujets pertinents pour la Principauté au sein de la gigantesque machine de l’ONU. C’est à ce moment que Monaco a commencé à affirmer sa souveraineté sur la scène mondiale, en se positionnant sur des thèmes clés comme l’environnement et le droit de la mer.
Cette expérience lui a permis de constater la force de Monaco : une parole cohérente et un engagement sur le long terme, incarnés par le Prince Rainier puis le Prince Albert II, qui confèrent au pays une crédibilité unique.
Du multilatéral au bilatéral
La carrière de Marina Ceyssac prend un tournant avec la création du Département des Relations Extérieures. Elle prend alors la tête de la direction des relations diplomatiques et consulaires, passant du monde multilatéral des grandes organisations à la gestion des relations de pays à pays. Elle évoque le « tsunami diplomatique » qui a suivi la renégociation des traités avec la France, lorsque les pays du monde entier se sont précipités pour établir des relations avec Monaco. Son rôle consistait à gérer l’accréditation des ambassadeurs étrangers en Principauté, mais aussi à structurer le propre corps diplomatique monégasque à l’étranger, une tâche complexe mêlant protocole, logistique et gestion humaine.
Son parcours l’a également menée à la Direction des Services Judiciaires, où elle a traité des dossiers internationaux, et à l’organisation de grands événements comme les Jeux des Petits États d’Europe en 2007.
Les nouveaux défis du Haut Commissariat
Forte de sa connaissance intime des rouages de l’État, Marina Ceyssac aborde aujourd’hui les nouvelles missions de son institution. Le statut du Haut Commissariat a récemment évolué, lui conférant un rôle de promotion des droits, la capacité de s’autosaisir sur des thématiques générales et une compétence explicite pour les droits de l’enfant. L’un des objectifs majeurs est d’obtenir la reconnaissance internationale en tant qu’institution nationale de défense des droits humains conforme aux standards onusiens, ce qui renforcerait la position de Monaco. Elle aborde également des sujets de société comme la lutte contre les discriminations et l’amélioration des droits sociaux pour la communauté LGBT+, soulignant la nécessité d’une approche cohérente.
Pour elle, la vigilance reste de mise car, en matière de droits, « rien n’est jamais acquis ».
Les références de l’épisode
- Personnes : Denis Ravera, Henri Fissor, Jacques Boisson, Isabelle Picot, Prince Rainier III, Prince Albert Ier, Prince Albert II, Joël Bouzeau, Didier Guillaume, Fidel Castro, Mikhaïl Gorbatchev.
- Institutions : Haut Commissariat à la protection des Droits, des Libertés et à la Médiation, Organisation des Nations Unies (ONU), UNESCO, Département des Relations Extérieures, Direction des Services Judiciaires (DSJ), Inspection Générale de l’Administration, Association des ombudsmans et médiateurs de la Francophonie (AOMF), Association des ombudsmans de la Méditerranée (AOM), ENRI (Réseau européen des institutions nationales des droits de l’homme), GANHRI (Alliance mondiale des institutions nationales des droits de l’homme), Commission Internationale pour l’Exploration Scientifique de la mer Méditerranée (CIESM), Organisation Hydrographique Internationale (OHI), Conseil de l’Europe, Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), Comité Olympique Monégasque, Automobile Club de Monaco (ACM), Comité International Olympique (CIO).
- Événements : Jeux des Petits États d’Europe (2007), 101e session du Comité International Olympique (1993).
Au fil de l’épisode
- Le rôle de proximité et d’écoute du Haut Commissariat auprès des citoyens.
- La médiation entre les administrés et l’administration pour expliquer et trouver des solutions.
- L’indépendance de l’institution, une garantie pour son action.
- Les différentes manières de saisir le Haut Commissariat.
- Les limites de sa compétence, notamment l’interdiction d’intervenir dans les affaires judiciaires en cours.
- Le rôle spécifique d’écoute auprès des personnes détenues.
- L’origine et la signification du terme international « Ombudsman ».
- Ses débuts dans la diplomatie en 1993, après l’adhésion de Monaco à l’ONU.
- La construction de la diplomatie monégasque et l’affirmation de la souveraineté du pays.
- Le positionnement rapide de Monaco sur les questions environnementales.
- La cohérence de l’engagement de la Principauté pour l’environnement, du Prince Rainier au Prince Albert II.
- Le passage du multilatéral au bilatéral avec la création du Département des Relations Extérieures.
- Le « tsunami diplomatique » : l’afflux de demandes de relations diplomatiques avec Monaco.
- La gestion de l’accréditation des ambassadeurs et la construction du corps diplomatique monégasque.
- Son passage à la Direction des Services Judiciaires pour s’occuper des dossiers internationaux.
- L’organisation des Jeux des Petits États d’Europe en 2007 et la mobilisation des savoir-faire à Monaco.
- Les nouvelles missions du Haut Commissariat : promotion des droits, auto-saisine et droits de l’enfant.
- L’objectif d’obtenir la reconnaissance des instances onusiennes (ENRI et GANHRI).
- Ses passions personnelles : la peinture et la lecture.
- La réflexion sur les droits sociaux pour la communauté LGBT+ à Monaco.
- Le constat d’une société monégasque ouverte et tolérante, mais la nécessité de rester vigilant.
FAQ
Qui est Marina Ceyssac ?
Marina Ceyssac est Haut Commissaire à la protection des Droits, des Libertés et à la Médiation de la Principauté de Monaco depuis 2022. Avant d’occuper ce poste, elle a eu une longue carrière dans l’administration monégasque, débutant à la Direction des Relations Extérieures après l’adhésion de Monaco à l’ONU. Elle a également travaillé à la Direction des Services Judiciaires et comme Inspecteur Général de l’Administration.
Qu’est-ce que le Haut Commissariat à la protection des Droits ?
C’est une institution monégasque indépendante qui a deux missions principales. D’une part, elle agit comme un médiateur entre les citoyens et l’administration pour résoudre des différends, expliquer des décisions ou signaler des dysfonctionnements. D’autre part, elle veille à la protection des droits et des libertés, notamment en luttant contre les discriminations. Toute personne peut le saisir gratuitement et de manière confidentielle.
Comment Marina Ceyssac a-t-elle débuté sa carrière ?
Marina Ceyssac a commencé sa carrière en 1993 au sein de ce qui allait devenir le Département des Relations Extérieures. Elle a été l’une des chevilles ouvrières de la mise en place de la diplomatie monégasque juste après l’admission de la Principauté à l’ONU. Elle a participé à l’affirmation de Monaco sur la scène internationale, notamment dans les instances multilatérales, avant de s’occuper des relations bilatérales.
Quel rôle Monaco joue-t-il sur la scène internationale ?
Selon Marina Ceyssac, Monaco a su se faire une place respectée sur la scène internationale malgré sa petite taille. Sa force réside dans la cohérence et la continuité de son engagement sur des sujets précis, comme l’environnement et la protection des océans. Cet engagement, porté au plus haut niveau par le Prince Souverain, confère à la parole de Monaco une crédibilité qui lui permet d’être une voix écoutée et influente.
Quelles sont les nouvelles missions du Haut Commissariat ?
Le statut du Haut Commissariat a récemment été élargi. Il dispose désormais d’une mission générale de promotion des droits, de la capacité de s’autosaisir sur des thématiques générales sans attendre une plainte individuelle, et d’une compétence plus explicite concernant les droits des enfants. Ces évolutions visent à renforcer son action et sa reconnaissance au niveau international.
