Retrouver le sens
Pour Marie Tabarly, la vie n’a d’intérêt que si l’on va au bout de ce que l’on a dans les tripes. Son objectif premier n’est pas de sauver la planète — qui, selon elle, se remettra très bien de l’humanité — mais simplement d’être heureuse. Un but qui semble simple, mais qui implique une remise en question profonde de notre société. Elle porte un regard critique sur un monde qui va trop vite, où les envies ont remplacé les besoins essentiels et où la surconsommation, les réseaux sociaux et les béquilles artificielles comme l’alcool ou la drogue masquent un mal-être général. Selon elle, l’être humain n’est pas fait pour fonctionner dans ce système.
« On est tous sur terre pour grandir », affirme-t-elle. La solution passerait par un retour à soi, par l’apprentissage de la solitude et du silence, pour prendre soin de la personne qui vit en nous. Ce n’est qu’une fois cet équilibre trouvé que l’on peut véritablement s’ouvrir aux autres et au collectif.
Capitaine de son destin
Porter le nom de Tabarly est à la fois un capital et un fardeau. Marie Tabarly raconte comment ce nom a pu ouvrir certaines portes et en fermer d’autres, et comment il a fallu se défaire des attentes pour trouver sa propre voie. La perte de son père, une icône nationale, à seulement 14 ans, fut une épreuve décuplée par une exposition médiatique intense et parfois malveillante. C’est auprès des chevaux qu’elle a d’abord trouvé un refuge, loin du jugement des hommes. La mer est venue plus tard, quand elle s’est sentie prête à affronter le milieu de la voile et à s’y faire une place, la sienne.
Devenir capitaine du Pen Duick VI n’a pas été une évidence, mais le fruit d’un long processus. Elle décrit la prise de commandement comme un moment décisif, où la responsabilité du bateau et de l’équipage change toute la perspective. C’est l’équipage qui fait le capitaine, et elle raconte avec émotion ce moment clé où ses marins lui ont confié leur confiance, non plus seulement dans le bateau, mais en elle. « Une fois qu’on l’a pris, le commandement, on ne le lâche plus. »
L’ancrage de la terre
En parallèle de sa vie de navigatrice, Marie Tabarly cultive un lien puissant avec la terre, en Bretagne, et plus particulièrement avec les chevaux. Pour elle, le cheval est un miroir qui nous renvoie à notre propre vérité. « Le cheval il vous connaît mieux que votre propre mère », explique-t-elle. Il ne juge pas, mais scanne notre état intérieur et exige de nous une forme de justesse dans l’instant présent. Cette relation, basée sur la compréhension et le respect mutuel plutôt que sur la force, est une source d’enseignement permanent. Elle critique d’ailleurs la façon dont les chevaux sont souvent traités, enfermés dans des boxes, à l’opposé de leurs besoins fondamentaux.
Cet ancrage est essentiel pour son équilibre. Vivre dans une forêt du Finistère, près d’une rivière, lui offre le meilleur des deux mondes. C’est là qu’elle se ressource, entre ses projets maritimes et le temps passé avec ses animaux. Un quotidien intense, partagé entre le travail productif du matin, la préparation physique et la créativité qui s’épanouit la nuit.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti.
- Bateaux : Pen Duick VI.
- Projets : Projet Terre-Mère.
- Lieux : Bretagne, Finistère, Le Solent, Le Cap Horn, New York, Bermudes.
- Courses et événements : Fastnet Race (2021).
Au fil de l’épisode
- Le lien entre vision et engagement personnel.
- La quête du bonheur comme principal moteur dans la vie.
- Une vision lucide sur l’écologie : la planète survivra, l’humanité est en danger.
- Le constat d’un retour à la surconsommation après la pause du Covid.
- La critique d’une société qui privilégie les envies aux besoins réels.
- L’impact des réseaux sociaux et la peur de la solitude et de l’ennui.
- L’importance de savoir ne rien faire et de se reconnecter à soi.
- Le mal-être généralisé et la multiplication des « béquilles » (alcool, drogues).
- La nécessité de prendre soin de soi avant de pouvoir aider les autres.
- Son engagement pour reconnecter les enfants à la nature via des programmes pédagogiques.
- La difficulté de changer les comportements collectifs, de l’alimentation à l’alcoolisme.
- La perte du sens du collectif et de la solidarité intergénérationnelle.
- Son parcours pour trouver sa place et son rôle, sans se prétendre experte.
- L’héritage du nom Tabarly : un capital qui ouvre des portes, mais en ferme aussi.
- La perte de son père à 14 ans et la gestion de la notoriété et du deuil public.
- Le processus pour devenir capitaine du Pen Duick VI.
- La responsabilité immense de manœuvrer un bateau de 34 tonnes.
- Le moment charnière où son équipage lui a accordé sa pleine confiance.
- Sa philosophie du commandement : donner un cadre et un espace de liberté pour révéler le potentiel de chacun.
- Sa relation profonde avec les chevaux, miroir de nos propres émotions.
- La communication avec l’animal : une question de compréhension et de respect, pas de force.
- La conciliation entre sa vie de navigatrice et sa passion pour les chevaux.
- Son amour pour la Bretagne et le Finistère, « le meilleur endroit du monde ».
- Son rythme de vie : une créativité nocturne et une productivité matinale.
- La nécessité de protéger sa vie privée face à l’exposition médiatique.
- Naviguer un tour du monde sans GPS ni météo satellite : le retour aux fondamentaux.
FAQ
Qui est Marie Tabarly ?
Marie Tabarly est une navigatrice française, skippeuse et capitaine du célèbre voilier Pen Duick VI. Fille du marin Éric Tabarly, elle a tracé sa propre voie, marquée par une forte personnalité et une quête de sens. Au-delà de ses exploits en mer, elle est également passionnée par les chevaux et mène une vie ancrée en Bretagne. Elle partage dans cet épisode une philosophie de vie basée sur la recherche du bonheur et la connaissance de soi.
Quel est le bateau de Marie Tabarly ?
Marie Tabarly est la capitaine du Pen Duick VI, un voilier mythique de 22 mètres conçu pour la course au large. Elle entretient une relation quasi filiale avec ce bateau, qui fait partie de sa famille depuis 40 ans. Pour elle, en prendre le commandement a été un long processus et une immense responsabilité, et elle y est aujourd’hui profondément attachée, au point d’avoir du mal à imaginer le confier à quelqu’un d’autre.
Quelle est la philosophie de vie de Marie Tabarly ?
La philosophie de Marie Tabarly repose sur une idée centrale : la quête du bonheur personnel. Pour elle, cela passe par une connaissance profonde de soi et l’écoute de ses besoins réels, plutôt que des envies créées par la société. Elle prône un retour à l’essentiel, à la contemplation et au silence, loin de la frénésie du monde moderne. C’est en prenant soin de soi que l’on peut ensuite s’ouvrir aux autres et construire un collectif sain.
Comment Marie Tabarly est-elle devenue capitaine ?
Marie Tabarly n’est pas immédiatement devenue capitaine du Pen Duick VI. Ce fut un processus progressif, fait d’années de navigation à bord. Elle a pris le commandement lorsque les circonstances l’ont exigé, après le départ de l’ancien capitaine. Ce moment a été une révélation : malgré la peur, elle a su qu’elle ne voulait plus lâcher la barre. Sa légitimité s’est ensuite construite sur la confiance que son équipage a placée en elle face aux épreuves.
Quel est le rapport de Marie Tabarly avec les chevaux ?
Les chevaux représentent l’ancrage terrien de Marie Tabarly. Elle a avec eux une relation profonde, basée sur la communication et la compréhension mutuelle, et non sur la contrainte. Pour elle, le cheval est un être qui ne juge pas et qui nous perçoit tels que nous sommes, ce qui en fait un formidable miroir pour la connaissance de soi. Cette passion, vécue en Bretagne, est un pilier essentiel de son équilibre, en complément de sa vie en mer.
