L’action comme seul moteur
Éric Larchevêque se définit avant tout comme un bâtisseur. Depuis ses premières expériences d’adolescent, où il programme sur son ordinateur, écrit des articles techniques ou vend des décodeurs pirates, il est mû par une envie de « sortir des projets de terre ». Ce qui le passionne, c’est la phase de création, de lancement et de structuration d’une entreprise. Il se voit moins comme un administrateur chargé de gérer la croissance sur le long terme, ce qui explique sa tendance à changer de projet, de pays et de vie tous les cinq ans. Aux jeunes entrepreneurs qu’il rencontre, il martèle un message simple : le plus important est le passage à l’action. Selon lui, une idée n’a aucune valeur en soi ; seule l’exécution compte.
« Dans l’entreprenariat, réfléchir, c’est renoncer », affirme-t-il, prônant une forme d’inconscience cultivée et une confiance en son instinct pour oser se lancer sans se poser de questions paralysantes.
La foudre Bitcoin
Lorsqu’il découvre le Bitcoin, sa première réaction est la méfiance. Poussé par sa curiosité, il décide de creuser le sujet. Après plusieurs semaines de lecture intense, la compréhension le frappe comme une révélation. Il perçoit alors le Bitcoin non pas comme une simple monnaie numérique, mais comme une double révolution, à la fois technologique et monétaire, capable de tout changer. Convaincu qu’il est hors de question pour lui de passer à côté, il décide de s’y consacrer. Aujourd’hui, il explique avoir placé toutes ses liquidités en Bitcoin, qu’il ne voit pas comme un placement spéculatif mais comme une valeur refuge, un « or digital » qui incarne la conservation du pouvoir d’achat dans le futur.
Pour lui, s’intéresser au Bitcoin force à comprendre le fonctionnement réel de la monnaie, et offre une alternative à un système financier classique qu’il juge fragile. C’est un actif qui garantit une possession réelle, indépendante de toute institution.
Le poker, une école de la décision
Loin d’être un jeu de hasard pur, le poker est pour Éric Larchevêque une discipline cartésienne basée sur les statistiques et la maîtrise de la variance sur le long terme. Il y voit de nombreuses passerelles avec l’entrepreneuriat. Cette pratique lui a beaucoup appris, notamment à gérer le risque, à maîtriser ses émotions, à décoder les signaux faibles et à comprendre les intentions de ses interlocuteurs. Il raconte avoir transposé ces compétences dans des négociations complexes, notamment lors de levées de fonds, n’hésitant pas à « faire tapis » pour emporter une décision.
« Pour être prêt à tout gagner, il faut être prêt à tout perdre », explique-t-il. Le poker lui a enseigné l’importance de la prise de décision dans un environnement incertain, une compétence clé pour tout entrepreneur.
Se détacher pour mieux avancer
Éric Larchevêque insiste sur l’importance de ne pas développer d’attachement émotionnel à ses entreprises. Il raconte comment il a pu décider en 24 heures de mettre fin à sa société Prixing, passant d’un investissement total à un détachement complet une fois la décision prise. Il met également en garde contre l’idée de considérer une entreprise comme une « famille », un mélange des genres qui, selon lui, n’aide personne. Cette distance est aussi cruciale dans le choix de ses associés. Il ne faut pas chercher un ami, mais un partenaire qui partage les mêmes valeurs et le même objectif, tout en apportant des compétences complémentaires.
Il souligne que de nombreuses entreprises échouent à cause de problèmes d’ego et de communication entre associés. Pour lui, une association est une évidence : « s’il y a un doute, il n’y a pas de doute ».
Transmettre, une nouvelle forme d’entrepreneuriat
Son parcours l’a mené à s’expatrier, d’abord en Roumanie en 2002 pour fuir un environnement administratif français qu’il jugeait étouffant, puis en Lettonie pour participer à l’effervescence d’un pays en pleine reconstruction. Après son retour en France et le succès mondial de Ledger, son entreprise phare, il est entré dans une nouvelle phase de sa vie, une « slow life » axée sur la transmission. Il a co-fondé Algosup, une école pour former des développeurs de haut niveau à Vierzon, sa ville d’origine. Il a également créé un fonds de dotation pour promouvoir la culture scientifique auprès des jeunes.
Aujourd’hui, il organise des séjours pour entrepreneurs afin de les aider à résoudre leurs problématiques. S’il ne souhaite plus subir la charge mentale liée à la création d’une grande entreprise, il continue de travailler intensément, animé par le besoin de se sentir utile et de partager son expérience.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Franck Jeannin, Natacha Bois.
- Entreprises et organisations : Ledger, Coinhouse, Prixing, Algosup.
- Événements : Monaco Inspire.
- Lieux : Saint-Ouen, Roumanie, Lettonie, Vierzon, Palais de la Découverte.
- Technologies et concepts : Bitcoin, Canal Plus.
Au fil de l’épisode
- Sa philosophie de changer de vie et de business tous les cinq ans.
- Ce qui le motive : transformer des idées en réalité et lancer des projets.
- Ses débuts d’entrepreneur : programmation, vente de décodeurs pirates et rédaction d’articles techniques.
- Son conseil principal aux jeunes entrepreneurs : privilégier l’action à la réflexion.
- L’importance de cultiver une part d’inconscience et de faire confiance à son instinct.
- Pourquoi, selon lui, l’exécution est bien plus importante que l’idée de départ.
- Sa découverte du Bitcoin, entre méfiance initiale et révélation.
- Sa conviction que le Bitcoin est une double révolution, technologique et monétaire.
- Sa stratégie d’investissement personnelle : toutes ses liquidités sont en Bitcoin.
- Sa vision du Bitcoin comme un « or digital », une valeur refuge pour l’avenir.
- Comment le Bitcoin l’a poussé à mieux comprendre le fonctionnement de la monnaie.
- La notion de possession réelle et de souveraineté que permet le Bitcoin.
- Les parallèles entre le poker et l’entrepreneuriat : une maîtrise du risque sur le long terme.
- Ce que le poker lui a appris en négociation, gestion des émotions et prise de décision.
- Son absence totale d’attachement émotionnel aux entreprises qu’il a créées.
- L’anecdote de la fermeture de sa société Prixing, décidée en 24 heures.
- Pourquoi il refuse de considérer une entreprise comme une « famille ».
- Ses critères pour choisir un associé : des valeurs communes et des compétences complémentaires.
- Son départ de la France pour la Roumanie en 2002, lassé par la bureaucratie.
- Son expérience en Lettonie, un pays en pleine reconstruction.
- Ledger, sa plus grande réussite, leader mondial de la sécurité des crypto-actifs.
- L’importance de la technologie française de la carte à puce dans le succès de Ledger.
- La création de son école de développeurs, Algosup, à Vierzon.
- Sa nouvelle phase de vie, la « slow life », dédiée à la transmission.
- L’organisation de « masterminds » pour accompagner d’autres entrepreneurs.
- Son fonds de dotation pour éveiller les vocations scientifiques chez les jeunes.
- Son approche de l’éducation de ses enfants et sa décision de ne pas leur léguer sa fortune.
- Sa nature de travailleur acharné, même dans sa nouvelle vie.
- L’apprentissage de dire « non » comme une forme de liberté ultime.
FAQ
Qui est Éric Larchevêque ?
Éric Larchevêque est un entrepreneur et investisseur français, figure majeure de l’écosystème technologique. Il est surtout connu comme le co-fondateur de Ledger, l’entreprise leader mondial des solutions de sécurité pour les crypto-actifs. Au cours de sa carrière, il a créé une dizaine d’entreprises et est également un business angel actif. Il se consacre aujourd’hui principalement à la transmission de son expérience, notamment via l’école Algosup qu’il a co-fondée.
Pourquoi Éric Larchevêque a-t-il tout investi en Bitcoin ?
Il considère le Bitcoin comme une véritable valeur refuge, un « or digital » capable de conserver son pouvoir d’achat sur le long terme. Il n’a plus confiance dans les monnaies traditionnelles comme l’euro ou le dollar, qu’il estime fragilisées par les politiques monétaires des États. Pour lui, le Bitcoin représente la liberté de posséder réellement ses actifs, en dehors de tout circuit financier classique, et de se prémunir contre une éventuelle crise du système.
Qu’est-ce que Ledger, l’entreprise co-fondée par Éric Larchevêque ?
Ledger est une entreprise française devenue le leader mondial de la sécurité pour les crypto-actifs comme le Bitcoin. Elle conçoit et fabrique des portefeuilles physiques (hardware wallets) qui permettent de protéger les clés privées des utilisateurs. La technologie de Ledger repose sur l’expertise française de la carte à puce, qui offre un très haut niveau de sécurité. L’entreprise réalise 98% de son chiffre d’affaires à l’export, dans plus de 165 pays.
Quelle est la philosophie d’Éric Larchevêque en matière d’entrepreneuriat ?
Sa philosophie repose sur la primauté de l’action. Il est convaincu qu’une idée n’a aucune valeur et que seule l’exécution compte. Il encourage les entrepreneurs à se lancer rapidement, à faire confiance à leur instinct et à ne pas trop intellectualiser leurs projets au risque de ne jamais commencer. Pour lui, il faut savoir cultiver une certaine forme d’inconscience et se concentrer sur la résolution d’un problème à sa portée, en visant des premières étapes atteignables.
