L’écriture, fil conducteur d’une vie
Guillaume de Sardes se définit avant tout comme un écrivain. Avec une quinzaine de livres publiés depuis 2004, l’écriture est le « fil conducteur » de sa vie, reliant tous ses projets. Cette dimension littéraire imprègne son approche du commissariat d’exposition, où le catalogue et les textes de salle tiennent une place essentielle. Pour lui, les artistes ont une personnalité riche qui déborde le cadre de leur art, et la littérature est souvent un point de rencontre. Il cite l’exemple de l’artiste turc Ali Kazma, qui s’intéresse de près à des écrivains comme Orhan Pamuk ou Alberto Manguel, créant des affinités électives qui facilitent la collaboration.
« On peut dire de ce point de vue-là que l’écriture est un fil conducteur de ma vie. C’est ce qui relie tous les projets entre eux. »
Le goût des artistes radicaux
Son parcours de commissaire d’exposition s’est construit autour d’un intérêt marqué pour les artistes qu’il qualifie de « radicaux ». Tout a commencé avec un essai sur le danseur Václav Nijinsky, figure des Ballets Russes, qui a créé un premier lien avec Monaco. Il a ensuite consacré un livre au réalisateur Rainer Werner Fassbinder, puis des expositions au photographe Helmut Newton et au cinéaste et écrivain Pier Paolo Pasolini. Selon lui, ces créateurs, même s’ils ont parfois connu un succès populaire inattendu comme Pasolini avec Le Decameron, n’ont jamais cherché à « flatter les goûts du public ».
Cette ligne directrice se retrouve dans son travail, où il cherche à explorer les dialogues entre les arts, comme l’influence de la peinture classique, de Caravage à Fernand Léger, sur le cinéma de Pasolini.
Photographe de l’intime
En parallèle de l’écriture et du commissariat, Guillaume de Sardes pratique la photographie. Il la distingue de la photographie plasticienne ou conceptuelle pour la situer dans la lignée de la « photographie de l’intime », citant des références comme Nan Goldin. C’est une manière pour lui de se raconter, de témoigner de ses voyages et de sa vie, en documentant son propre quotidien. Il alimente un compte Instagram qu’il décrit comme un « journal du regard », une sorte de carnet de notes visuel qui lui permet de se souvenir des lieux visités et des œuvres qui l’ont marqué.
Malgré le caractère public de ce journal, il veille à préserver son intimité en ne publiant pas de photos privées et en restant, selon ses propres mots, quelqu’un de « discret, même un peu secret ».
Au service d’une vision
Après avoir beaucoup voyagé pour son métier, notamment en Chine pour la biennale de Chengdu, Guillaume de Sardes a passé plus de trois ans au Nouveau Musée National de Monaco (NMNM). Il y a travaillé aux côtés du directeur Björn Dahlstrom, qu’il connaissait déjà pour une collaboration au musée Yves Saint Laurent à Marrakech. Il décrit son rôle comme celui d’un professionnel au service d’une institution et d’une vision, soulignant l’importance d’une éthique de travail. Il insiste sur le fait qu’un commissaire doit respecter le cahier des charges, qu’il soit budgétaire ou intellectuel, et jouer selon les règles établies.
Les expositions qu’il a montées à Monaco, de Newton Riviera à Pasolini, sont nées de ses propres propositions, validées par le directeur avec qui il partage de nombreux goûts en commun.
Les coulisses du « Sentiment de la Nature »
Sa dernière exposition au NMNM, « Le Sentiment de la Nature », met en rapport des œuvres du peintre classique Nicolas Poussin avec des créations contemporaines. L’idée n’est pas de montrer une influence directe, mais de trouver des « échos » au sentiment lyrique de la nature qui caractérise l’œuvre de Poussin. C’est un projet personnel et subjectif, qui reflète son intérêt pour les peintres intellectuels. La réalisation d’une telle exposition est un travail de longue haleine, qui dure près de trois ans et repose sur un effort d’équipe.
Il raconte la complexité d’obtenir des prêts d’œuvres, notamment auprès de grandes institutions comme le musée du Prado, un processus qui s’apparente à une négociation où la pertinence du projet intellectuel et la confiance personnelle sont essentielles.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Ali Kazma, Orhan Pamuk, Alberto Manguel, Goethe, Václav Nijinsky, Rainer Werner Fassbinder, Helmut Newton, Pier Paolo Pasolini, Caravage, Fernand Léger, Diane Arbus, Nan Goldin, JH Engström, Ackerman, Björn Dahlstrom, Nicolas Poussin, Pierre Rosenberg, Giulio Paolini, Jean-Pierre Cusin, Christophe Martin, Laurent Lebon, Marc Jansson, Emmanuel Cazariou, Vermeer, Rabelais, Philippe Solaire, Didier Ottinger, Anting Kieu.
- Œuvres et expositions : « Le Sentiment de la Nature » (exposition), « Newton Riviera » (exposition), « Pasolini » (exposition), Le Decameron (film), Salò ou les 120 Journées de Sodome (film), « Cactus » (exposition).
- Lieux et institutions : Nouveau Musée National de Monaco (NMNM), Biennale de Chengdu, Musée Yves Saint Laurent à Marrakech, Musée du Louvre, Grand Palais, Musée du Prado, Getty Museum, MoMA, Centre Pompidou, Grimaldi Forum, Musée du Quai Branly, Jardin Exotique de Monaco.
- Organisations : Ballets Russes, Éditions Gallimard.
Au fil de l’épisode
- L’écriture, le fil conducteur de sa carrière depuis son premier livre en 2004.
- L’importance de la littérature dans son approche des artistes et des expositions.
- Son intérêt pour les artistes « radicaux » comme Nijinsky, Fassbinder ou Pasolini.
- Le succès populaire inattendu de certains films de Pasolini, comme Le Decameron.
- L’influence de la peinture classique sur le cinéma de Pasolini.
- Sa pratique personnelle de la « photographie de l’intime », dans la lignée de Nan Goldin.
- Son compte Instagram, un « journal du regard » pour documenter ses voyages et ses découvertes.
- La discrétion comme un trait de caractère, indépendant du métier d’artiste.
- Son travail de commissaire à l’international, comme à la biennale de Chengdu.
- Son éthique professionnelle : se mettre au service du commanditaire et respecter les règles.
- Sa collaboration avec Björn Dahlstrom au Nouveau Musée National de Monaco.
- La genèse de ses expositions à Monaco, de Newton à « Le Sentiment de la Nature ».
- Le concept de l’exposition : créer un dialogue entre Nicolas Poussin et l’art contemporain.
- Les défis pour obtenir le prêt d’œuvres de grands musées comme le Prado.
- Le rôle crucial des relations personnelles et de la confiance dans le monde des musées.
- Le travail d’équipe derrière une exposition, notamment avec le scénographe Christophe Martin.
- La nécessité de trouver des points fixes et des routines pour gérer une vie de voyages.
- Les raisons de son départ du NMNM après trois ans de collaboration.
- Le caractère international du public des musées de Monaco.
- La possibilité de faire voyager une exposition, en l’adaptant à chaque nouveau lieu.
- Son ambition de créer des expositions avec deux niveaux de lecture, pour les spécialistes et le grand public.
- La distinction entre le goût personnel et le jugement sur l’importance d’un artiste dans l’histoire de l’art.
- L’évaluation du travail d’un commissaire d’exposition par ses pairs.
- L’équilibre entre ses différentes activités : écriture, photographie et commissariat.
- Son processus d’écriture, nomade et affranchi d’un cadre strict.
- Sa vision de sa carrière et ses autres centres d’intérêt, comme la géopolitique.
FAQ
Qui est Guillaume de Sardes ?
Guillaume de Sardes est un écrivain, photographe et commissaire d’exposition. Il se définit principalement comme écrivain, une activité qu’il exerce depuis 2004. Son travail explore les dialogues entre les arts, notamment la littérature, le cinéma et la peinture. Il a été directeur du développement au Nouveau Musée National de Monaco pendant plus de trois ans, où il a organisé plusieurs expositions remarquées, dont « Newton Riviera » et « Le Sentiment de la Nature ».
Qu’est-ce que l’exposition « Le Sentiment de la Nature » ?
« Le Sentiment de la Nature » est une exposition conçue par Guillaume de Sardes pour le Nouveau Musée National de Monaco. Son concept est de créer un dialogue entre le grand peintre classique français du XVIIe siècle, Nicolas Poussin, et des artistes contemporains. L’objectif n’est pas de montrer une influence directe, mais de trouver des échos et des correspondances dans la manière de représenter non pas des paysages, mais la nature et le sentiment qu’elle inspire.
Pourquoi Guillaume de Sardes s’intéresse-t-il aux artistes « radicaux » ?
Guillaume de Sardes porte un intérêt particulier aux artistes qu’il qualifie de « radicaux », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas cherché à flatter les goûts du public et ont développé une œuvre exigeante. Il a consacré des écrits ou des expositions à des figures comme le danseur Václav Nijinsky, le cinéaste Rainer Werner Fassbinder ou encore l’artiste et intellectuel Pier Paolo Pasolini, qui incarnent pour lui cette forme d’intégrité artistique.
Comment Guillaume de Sardes conçoit-il son travail de commissaire d’exposition ?
Pour Guillaume de Sardes, le commissariat d’exposition est un travail d’équipe qui s’étend sur plusieurs années. Il repose sur une éthique professionnelle stricte : respecter la vision de l’institution qui le mandate et le cahier des charges. Il croit fermement à l’importance des relations humaines et de la confiance pour mener à bien des projets complexes, comme l’obtention de prêts d’œuvres auprès de grands musées internationaux.
Quelle est la pratique photographique de Guillaume de Sardes ?
Guillaume de Sardes pratique ce qu’il nomme la « photographie de l’intime ». À la différence de la photographie plasticienne, sa démarche consiste à documenter sa propre vie et ses voyages, dans la lignée d’artistes comme Nan Goldin. Il considère son compte Instagram comme un « journal du regard », un carnet de notes visuel qui lui sert de mémoire, tout en veillant à préserver sa sphère privée.
