De Monaco à l’Inde, la quête de défis
Après vingt années passées comme entraîneur à l’Étoile de Monaco, Thierry Aymes a ressenti le besoin d’un nouveau projet. Cette période monégasque fut couronnée de succès, avec notamment deux finales consécutives en Top 12 et la qualification historique de Kevin Croveto, premier gymnaste monégasque à participer aux Jeux Olympiques. Une collaboration de vingt ans qui a permis à l’entraîneur de connaître son athlète sur le bout des doigts. Pourtant, arrivé au terme d’un cycle, il a choisi de partir entraîner l’équipe nationale en Inde. Il décrit cette expérience comme une « superbe aventure » et une « leçon de vie », un passage d’un extrême à l’autre qui l’a confronté à une culture et des méthodes de travail radicalement différentes, mais qui a renforcé sa vision du sport comme un puissant vecteur de cohésion.
« J’avais besoin d’un nouveau projet. J’allais dire plus grand. »
La gymnastique, une philosophie de vie
Pour Thierry Aymes, la gymnastique est bien plus qu’un sport : c’est une discipline quotidienne et une philosophie. Il insiste sur le fait que la réussite ne se mesure pas uniquement aux médailles, mais à la capacité d’un athlète à donner le meilleur de lui-même. Le haut niveau exige une attention de tous les instants : gestion du poids, entretien de la souplesse, écoute de son corps et management de la fatigue. Cette dernière, explique-t-il, est souvent plus mentale que physique, née de la routine et de la répétition. Le rôle de l’entraîneur est alors crucial pour adapter le programme et éviter le surentraînement. Il réfute l’idée d’un gabarit parfait, expliquant que le rapport poids-puissance et surtout le travail priment sur une génétique prétendument idéale.
« C’est plus un rythme de vie que seulement un sport. C’est une discipline au quotidien. »
Le mental des champions et l’objectif olympique
La dimension mentale est, selon lui, la clé qui différencie un bon athlète d’un champion. Il prend l’exemple de Simone Biles et de ses « twisties » (pertes de repères dans l’espace) pour illustrer à quel point la santé mentale est primordiale et comment elle est désormais un sujet ouvert dans le sport. La gymnastique, où l’erreur coûte très cher, est une école de la concentration et de la résilience. C’est cette préparation qui permet d’affronter la vie active avec sérénité. Aujourd’hui coordinateur de l’équipe technique de l’équipe de France, son nouvel objectif est clair : qualifier une équipe masculine pour les Jeux Olympiques de 2028, après deux échecs consécutifs. Un challenge qu’il aborde avec optimisme, mû par le défi plus que par le titre.
« Un entraîneur qui a un vécu de gymnaste de haut niveau peut accompagner ce gymnase là dans ces paramètres là qu’il faut les avoir vécus. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Kevin Croveto, Simone Biles, Teddy Riner, Hugo Micallef, Théo Andan, Lisa Pau, Sébastien Ferracci, Julien Gobot, Saïd Al-Samir, les frères Lebrun, Martin Fourcade, Laurent Landy, Cécile Landy, Ilya Kovtun.
- Clubs et institutions : Étoile de Monaco, Fédération Internationale de Gymnastique, Fédération française de gymnastique, INSEP, Cirque du Soleil.
- Lieux : Monaco, Inde, Japon, Ollioules, Antibes, Boubhaneswar.
- Compétitions : Jeux Olympiques d’Atlanta (1996), Championnats d’Europe (1998), Top 12 (championnat de France de gymnastique par équipe), Jeux Olympiques de Los Angeles (2028).
- Concepts : les « twisties » en gymnastique.
Au fil de l’épisode
- Son départ de Monaco après 20 ans et son expérience comme entraîneur de l’équipe nationale en Inde.
- Le bilan de ses années à l’Étoile de Monaco et la qualification de Kevin Croveto aux Jeux Olympiques.
- Sa définition de la réussite, au-delà des résultats et des médailles.
- Les spécificités de la gymnastique : le code de pointage, les agrès et la recherche de la perfection.
- Le physique du gymnaste : l’importance du rapport poids-puissance plutôt que d’un gabarit idéal.
- La discipline de vie d’un athlète de haut niveau : gestion du poids, de la souplesse et de la fatigue.
- Le rôle de l’entraîneur dans la gestion de la fatigue et la prévention des blessures.
- La relation de confiance et de connaissance mutuelle bâtie en 20 ans avec Kevin Croveto.
- La gymnastique, un sport d’équipe dans l’esprit malgré la performance individuelle.
- L’exemple de Simone Biles et le patriotisme dans le sport américain.
- Le fonctionnement du Top 12, le championnat de France par équipe.
- Son nouveau rôle d’entraîneur national et son suivi des compétitions françaises.
- Le statut des gymnastes monégasques dans les compétitions françaises.
- L’accueil des athlètes étrangers à Monaco, comme l’Ukrainien Ilya Kovtun.
- Les multiples facettes du métier d’entraîneur, bien au-delà de la technique.
- La gestion de la fin de carrière et le maintien d’une condition physique.
- La part de risque en gymnastique et la gestion de l’adrénaline.
- La gymnastique comme « école de la vie » préparant à la vie professionnelle.
- La détection des talents et l’histoire de Julien Gobot, devenu artiste au Cirque du Soleil.
- Le manque de médiatisation de la gymnastique en France et le besoin de champions pour inspirer.
- La prédominance féminine dans les licences de gymnastique.
- Le volume d’entraînement nécessaire pour le très haut niveau (30 à 40 heures par semaine).
- L’importance cruciale de la préparation psychologique et de la santé mentale.
- Le phénomène des « twisties » (perte de figure) et la pression subie par les athlètes.
- Le lien entre la gymnastique de compétition et les arts du cirque.
- La capacité d’adaptation des anciens sportifs de haut niveau.
- La gestion de la peur et des « refus » à l’entraînement.
- L’équilibre entre une carrière sportive exigeante et la vie de famille.
- Son nouveau défi : qualifier l’équipe de France masculine pour les Jeux Olympiques de 2028.
- Sa motivation principale : le challenge et la transmission, plus que le statut.
FAQ
Qui est Thierry Aymes ?
Thierry Aymes est un ancien gymnaste français de haut niveau, finaliste aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996 et champion d’Europe par équipe en 1998. Après sa carrière d’athlète, il est devenu un entraîneur reconnu, officiant notamment pendant 20 ans à l’Étoile de Monaco. Il est aujourd’hui coordinateur de l’équipe technique pour l’équipe de France de gymnastique artistique masculine, avec pour objectif les Jeux Olympiques de 2028.
Pourquoi la gymnastique est-elle une « école de la vie » selon Thierry Aymes ?
Pour Thierry Aymes, la gymnastique inculque des valeurs et des compétences transposables à la vie quotidienne et professionnelle. La rigueur des entraînements, la gestion de la fatigue et de la pression, la capacité à rebondir après un échec et la discipline au quotidien forgent une résilience et une capacité d’adaptation exceptionnelles. Il estime que les anciens sportifs de haut niveau sont ainsi particulièrement bien armés pour affronter les défis de la vie active.
Qu’est-ce que le Top 12 en gymnastique ?
Le Top 12 est le championnat de France de gymnastique artistique par équipe. Il réunit les douze meilleurs clubs français qui s’affrontent lors de rencontres sous forme de duels à chaque agrès. Thierry Aymes y a mené l’équipe de l’Étoile de Monaco en finale à deux reprises. C’est la compétition nationale la plus prestigieuse pour les clubs en France.
Quelle est l’importance de la santé mentale en gymnastique ?
La santé mentale est un facteur déterminant de la performance. Un gymnaste doit gérer une pression immense, la peur de la blessure et la répétition intense des exercices. Thierry Aymes cite l’exemple de Simone Biles et de ses « twisties » (pertes de repères acrobatiques) pour montrer qu’un athlète, même le plus grand, reste vulnérable mentalement. Le suivi psychologique et la capacité à verbaliser son mal-être sont devenus des composantes essentielles de la préparation.
Quel est le quotidien d’un gymnaste de haut niveau ?
Le quotidien d’un gymnaste de haut niveau est un engagement total, 365 jours par an. Il s’articule autour d’entraînements bi-quotidiens, représentant entre 30 et 40 heures par semaine. À cela s’ajoute une discipline de vie stricte : surveillance de l’alimentation et du poids, hydratation, sommeil, et séances de préparation physique. Même pendant les rares périodes de repos, l’athlète reste concentré sur son sport, par de la visualisation ou de l’entretien physique.
