Des racines galiciennes à la magistrature française
Samuel Vuelta-Simon raconte un parcours de vie profondément européen, qui commence dans la Galice de son enfance. Il décrit cette région du nord-ouest de l’Espagne comme une « terre rude », celte et montagneuse, où la dureté du climat et du travail de la terre a forgé un esprit de communauté essentiel. « Vous ne pouvez pas gagner seul contre les éléments », explique-t-il. C’est après une immigration économique que sa famille s’installe en France, dans les Charentes. Il se voit comme un exemple du fonctionnement de « l’ascenseur social » républicain, qui lui a permis, après une première expérience dans la police espagnole au début des années 80, de faire carrière dans la justice française.
Ce premier poste dans une Espagne post-franquiste le marque : l’appareil d’État était encore, selon lui, imprégné des habitudes d’un régime ancien, ce qui ne correspondait pas à sa vision du service public.
La justice, un outil pour le bien public
Pour le nouveau Secrétaire d’État, la loi n’est jamais une fin en soi, mais un « outil » au service d’un objectif plus grand : la paix publique et le bonheur des gens. C’est cette curiosité intellectuelle pour d’autres manières de penser le droit qui l’a attiré à Monaco, dont le système judiciaire « ne ressemble à aucun autre ». Il aborde les défis posés par les évaluations internationales comme celles de Moneval, expliquant que la Principauté s’est mise en ordre de marche pour adapter son corpus juridique. Il souligne que si les textes et les structures sont désormais conformes, prouver leur effectivité prendra du temps, un temps incompressible inhérent au travail d’enquête et de jugement.
« Avant d’avoir des condamnations, il y a un laps de temps qui n’est pas compressible », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité de laisser le temps aux juges et aux enquêteurs de faire leur travail.
Un magistrat face à l’humain
Samuel Vuelta-Simon revient sur son expérience de plus de trente ans comme magistrat, notamment comme juge d’instruction. Il insiste sur la dimension profondément humaine de ce métier, loin de l’image d’une justice détachée. Placer une personne en détention provisoire est une décision lourde de conséquences. « Vous partez avec toutes les personnes dans la tête, détenues avec vous », confie-t-il, car « inculpé ne veut pas dire coupable ». Il partage le souvenir de deux affaires dramatiques qui l’ont marqué : le meurtre non élucidé d’un jeune touriste italien, une source d’insatisfaction qui demeure trente ans après, et l’assassinat d’une jeune infirmière, où la promesse faite à la mère de la victime de retrouver le coupable a heureusement pu être tenue.
Ces moments illustrent la complexité d’un métier où la charge émotionnelle est immense, surtout face à la douleur des victimes.
Bâtir une équipe pour la justice monégasque
Arrivé à Monaco, sa première démarche a été d’écouter les équipes en place, découvrant des professionnels « formidables » et engagés. Sa vision pour la justice monégasque s’articule autour de la formation, notamment via l’Institut Monégasque de Formation aux Professions Judiciaires, et de la modernisation des structures et des textes. Il puise sa philosophie du management dans son histoire personnelle et sa passion pour le rugby. Ce sport lui a enseigné des valeurs cardinales comme la confiance, le courage et l’esprit d’équipe. « La victoire au rugby n’est jamais possible tout seul », affirme-t-il. Il applique ce principe à son rôle, se considérant comme un membre de « l’équipe Monaco », travaillant en étroite collaboration avec le gouvernement, bien que sa fonction soit institutionnellement indépendante.
Il conclut sur l’importance de la bienveillance et de la communication pour rendre la justice plus comprise et donc mieux acceptée par les citoyens.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Franco, Giovanni Falcone, Borsellino, Cyrus Vance.
- Lieux et institutions : Monaco, Espagne, Galice, Charentes, Pays Basque, École Nationale de la Magistrature (Bordeaux), Moneval, GAFI (Groupe d’action financière), Office anti-stupéfiants (OFAS), Institut Monégasque de Formation aux Professions Judiciaires.
- Sports : Rugby.
Au fil de l’épisode
- Les origines de Samuel Vuelta-Simon en Galice, une terre qui forge le sens du collectif.
- Son arrivée en France suite à une immigration économique et son parcours comme exemple de « l’ascenseur social ».
- Sa première expérience professionnelle dans la police espagnole au début des années 80.
- Pourquoi il considère la loi comme un outil au service de la paix publique.
- Ce qui l’a attiré dans le système judiciaire monégasque, qu’il juge unique.
- Les défis de la Principauté face aux évaluations internationales de Moneval et du GAFI.
- Le statut particulier du Secrétaire d’État à la Justice à Monaco, qui relève directement du Prince Souverain.
- La proposition d’introduire une forme de « plea bargaining » à la monégasque.
- La dimension humaine du métier de magistrat et le poids des décisions.
- Son expérience comme juge d’instruction et la différence entre un inculpé et un coupable.
- Le souvenir marquant d’affaires criminelles et l’impact sur les victimes et leurs familles.
- Son approche managériale à son arrivée à Monaco, basée sur l’écoute.
- Les grands chantiers pour la justice : formation, modernisation et communication.
- Comment le rugby a façonné sa vision du travail d’équipe, basée sur la confiance et le courage.
- Son sentiment d’appartenance à « l’équipe Monaco » et sa collaboration avec le gouvernement.
- Ses trois souhaits pour son mandat : une justice sereine, la sortie de la liste grise et la préservation de la sécurité en Principauté.
FAQ
Qui est Samuel Vuelta-Simon ?
Samuel Vuelta-Simon est le Secrétaire d’État à la Justice et Directeur des Services Judiciaires de Monaco depuis septembre 2024. Magistrat français d’origine espagnole, il possède une expérience de plus de 30 ans dans la justice, ayant exercé comme juge d’instruction, procureur de la République ou encore au sein de l’office anti-stupéfiants. Son parcours est marqué par un fort attachement au service public et aux valeurs de collectif.
Quel est le rôle du Secrétaire d’État à la Justice à Monaco ?
À Monaco, le Secrétaire d’État à la Justice a un statut particulier : il n’est pas membre du gouvernement et relève directement de l’autorité du Prince Souverain. Cette position garantit l’indépendance de la justice. Son rôle est de diriger l’administration judiciaire, de donner des instructions générales de politique pénale, mais il n’intervient jamais dans le déroulement des affaires individuelles, qui sont gérées par les magistrats et le procureur général.
Pourquoi la justice monégasque est-elle considérée comme unique ?
Selon Samuel Vuelta-Simon, la justice monégasque est unique en raison de son organisation institutionnelle, notamment l’indépendance du Directeur des Services Judiciaires vis-à-vis du pouvoir exécutif. Il note aussi une différence dans le corpus juridique : les codes monégasques sont bien plus concis que leurs équivalents français, ce qu’il considère comme une bonne chose pour éviter la « surproduction législative ».
Quels sont les principaux chantiers pour la justice à Monaco ?
Les principaux chantiers incluent la mise en conformité du système judiciaire avec les plus hauts standards internationaux, notamment pour répondre aux évaluations de Moneval. Cela passe par des réformes de textes, une meilleure organisation, et la formation continue des professionnels via l’Institut Monégasque de Formation. Il souhaite également rendre la justice plus rapide, plus efficace et mieux comprise des citoyens grâce à une meilleure communication.
Quelles valeurs guident son action ?
Son action est guidée par des valeurs issues de son parcours personnel et de sa pratique du rugby. Il met en avant l’esprit d’équipe, considérant qu’aucune victoire ne se gagne seul. Les deux valeurs essentielles qu’il retient du rugby sont la confiance, accordée d’emblée, et le courage. Il y ajoute une troisième, essentielle dans le management : la bienveillance. Ces principes fondent son approche pour diriger les services judiciaires.
