Des débuts à Londres
Riccardo Giraudi raconte comment, après des études à Monaco puis à Londres, il a fait ses premières armes dans le monde de la restauration. Loin de l’entreprise familiale de négoce de viande, il décroche un stage dans une agence de relations presse pour les restaurants les plus en vue de la capitale britannique au début des années 2000. Cette expérience au contact d’établissements comme Akassan ou Nobu, qui transformaient le dîner en une véritable expérience lifestyle, a été fondatrice. De retour à Monaco, il intègre l’entreprise de son père, mais sent rapidement le besoin de créer son propre chemin.
« Je me retrouve dans la boîte de mon père […] et je me dis soit je dois devenir la photocopie de mon père pour pouvoir réussir, […] soit j’aimerais ajouter une diversification. »
La naissance de Beef Bar
Le tournant a lieu lorsque Riccardo Giraudi décide de ne plus seulement faire du négoce, mais d’importer en Europe des viandes d’exception venues des États-Unis, du Japon ou d’Australie. Pour convaincre les chefs d’acheter ces produits d’un nouveau genre, plus chers et nécessitant un véritable storytelling, il a une idée : créer un lieu pour les faire déguster. C’est ainsi qu’est né le premier Beef Bar à Monaco en 2005, pensé comme une vitrine pour ces viandes premium. Le concept, qui mêle un produit de très haute qualité à une ambiance et un design soignés, rencontre un succès immédiat dans une Principauté où l’offre de restauration lifestyle était alors quasi inexistante.
À l’origine, Beef Bar était une aide à la vente pour l’entreprise de viande, un endroit où inviter les chefs du monde entier pour qu’ils puissent goûter le produit.
Un empire en expansion
De ce premier succès monégasque, Riccardo Giraudi a bâti un groupe qui compte aujourd’hui 43 restaurants à travers le monde. Se définissant plus comme un directeur artistique que comme un homme d’affaires ou un cuisinier — il avoue ne pas savoir cuire un œuf —, il pilote la création de chaque concept, de l’assiette à l’architecture. Il insiste sur l’importance de s’entourer des bonnes personnes et de la fidélité de ses équipes, dont beaucoup sont à ses côtés depuis les débuts. Cette croissance s’est accompagnée d’une structuration de l’entreprise pour gérer la complexité d’une présence internationale.
« C’est presque plus facile d’avoir beaucoup plus de restaurants que d’en avoir un seul, parce que tu as la possibilité avec les économies d’échelle de pouvoir embaucher et d’avoir des gens qui peuvent suivre. »
Dépoussiérer les légendes
Aujourd’hui, la stratégie de Riccardo Giraudi évolue. Plutôt que de créer uniquement de nouvelles marques, il se tourne vers l’acquisition d’enseignes historiques, chargées d’héritage et de nostalgie. Il a ainsi repris l’African Queen sur le port de Beaulieu ou encore Zefferino, un restaurant italien de 1939 rendu célèbre par Frank Sinatra. Sa philosophie s’inspire d’une phrase qu’il attribue à Jean-Paul Gauthier chez Hermès : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». L’idée est de préserver l’âme de ces lieux tout en leur insufflant les codes et l’énergie d’aujourd’hui pour les rendre désirables à l’international.
Il voit dans ce retour à l’authenticité, aux nappes blanches et à l’élégance, une tendance de fond dans la restauration.
L’homme derrière le créateur
Derrière l’entrepreneur à succès se cache un homme qui se dit sensible et anxieux face à la responsabilité que représente son groupe. Il évoque les défis du quotidien : la difficulté à recruter, la gestion des fuseaux horaires et la pression de devoir sans cesse innover. Riccardo Giraudi confie être un patron « trop accessible », recevant jusqu’à 200 messages par jour, et la difficulté de déconnecter. Pour trouver son équilibre, il s’est remis au piano, une passion de jeunesse qu’il pratique quotidiennement. Il parle avec émotion de sa famille, de ses enfants et de la fierté de son père, toujours présent au bureau à plus de 80 ans.
« Je commence à sentir aussi le besoin de vouloir me calmer », confie-t-il, exprimant le souhait de trouver un rythme plus apaisé.
Les références de l’épisode
- Personnes : Geneviève Berti, Christophe, Emile, Mimo, Alain, Alen Yao, Frank Sinatra, Jean-Paul Gauthier, Joël Robuchon, Thierry (chef corporate), Lorena, Lara, Cola Greco, Alain Ducasse.
- Marques et restaurants : Beef Bar, Giraudi, APM, Songki, Akassan, Nobu, China White, Le Capitano, African Queen, Zefferino, Cipriani, Anaï, Hermès.
- Lieux : Monaco, Monte Carlo, Paris, Milan, Londres, Nice, New York, Los Angeles, Hong Kong, Tokyo, Rome, Beaulieu, Gênes, Ligurie, Argentine, Bangkok, Mykonos.
- Institutions et entreprises : International University of Monaco (IUM), TripAdvisor.
- Produits et œuvres : Bœuf de Kobe, bœuf Wagyu, études de Chopin, concerto de Mozart.
- Outils : Pinterest, Spotify.
Au fil de l’épisode
- Le credo de Riccardo Giraudi : « Food is the new fashion ».
- Le succès international de Beef Bar, né à Monaco.
- L’importance de l’image de Monaco pour exporter une marque.
- Son parcours : des études à Londres à l’intégration de l’entreprise familiale de négoce de viande.
- Son premier poste dans les relations presse pour des restaurants lifestyle à Londres.
- La diversification de l’activité familiale avec l’importation de viandes premium.
- La naissance de Beef Bar en 2005 comme une vitrine pour ces produits d’exception.
- Le constat du manque de restaurants « lifestyle » à Monaco à l’époque.
- Le succès immédiat du premier établissement.
- Sa vision de son rôle : un directeur artistique qui imagine les concepts, sans savoir cuisiner.
- Le développement du groupe jusqu’à 43 restaurants dans le monde.
- Sa nouvelle stratégie : racheter et moderniser des marques historiques comme l’African Queen.
- L’histoire du restaurant Zefferino, lié à Frank Sinatra.
- Le retour à une forme de classicisme et d’authenticité dans la restauration.
- Les difficultés de recrutement dans le secteur.
- L’importance de la fidélité de ses équipes, un noyau dur présent depuis les débuts.
- L’histoire de l’ouverture du Beef Bar de la rue Marbeuf à Paris.
- Sa relation avec le chef Joël Robuchon.
- Son processus créatif et ses projets, comme un Beef Bar végan ou asiatique.
- La recherche d’un équilibre entre sa vie professionnelle intense et sa famille.
- La fierté de son père, toujours actif dans l’entreprise.
- L’importance de tous les détails dans un restaurant, de la musique à l’accueil.
- Son rapport difficile aux critiques en ligne, notamment sur TripAdvisor.
- Sa perception de la réussite, toujours tournée vers les défis à venir.
- Sa passion pour le piano, un exutoire essentiel.
- Le rôle crucial des réseaux sociaux dans le marketing de la restauration aujourd’hui.
- Son restaurant préféré du groupe : Anaï à Paris, pour son histoire personnelle avec le lieu.
FAQ
Qui est Riccardo Giraudi ?
Riccardo Giraudi est un entrepreneur monégasque, créateur de concepts de restauration. Issu d’une famille spécialisée dans le négoce de viande, il est le fondateur du groupe Giraudi et de la célèbre enseigne Beef Bar. Parti d’un premier restaurant à Monaco en 2005, il est aujourd’hui à la tête d’un groupe de 43 établissements dans le monde, reconnu pour son approche innovante qui traite la gastronomie comme un produit de mode.
Quelle est l’origine du concept Beef Bar ?
Beef Bar est né d’un besoin commercial pour l’entreprise familiale de Riccardo Giraudi. Après avoir commencé à importer des viandes d’exception (américaines, japonaises, australiennes), il a eu l’idée de créer un restaurant pour les présenter et les faire déguster aux chefs et clients potentiels. Le premier Beef Bar, ouvert à Monaco, a donc été conçu comme une vitrine pour ces produits premium, avant de devenir un concept à succès exporté dans le monde entier.
Pourquoi Riccardo Giraudi dit-il « Food is the new fashion » ?
Cette phrase est le credo de Riccardo Giraudi. Elle résume sa vision de la restauration, qui ne se limite pas à la nourriture mais englobe une expérience complète. Il aborde ses projets comme un créateur de mode, en se concentrant sur le branding, le design, l’ambiance, la musique et le storytelling. Pour lui, un restaurant ou un plat doit être tendance, désirable et créer une émotion, à l’image d’un produit de luxe ou de mode.
Combien de restaurants le groupe de Riccardo Giraudi compte-t-il ?
Au moment de l’entretien, le groupe de Riccardo Giraudi compte 43 restaurants en activité à travers le monde. Il mentionne également qu’une dizaine ou une quinzaine d’ouvertures supplémentaires sont prévues d’ici la fin de l’année 2024, témoignant de la croissance continue de son entreprise.
Quelle est la nouvelle stratégie de développement de Riccardo Giraudi ?
En plus de développer ses propres marques, Riccardo Giraudi se concentre désormais sur l’acquisition et la relance d’enseignes historiques. Il cherche des restaurants qui ont un fort héritage et une histoire à raconter, comme l’African Queen à Beaulieu ou Zefferino, un restaurant italien de 1939. Son objectif est de « dépoussiérer » ces marques en respectant leur âme tout en les adaptant aux attentes d’une clientèle internationale contemporaine.
