La philosophie sur la place publique
Charlotte Casiraghi revient sur la création des Rencontres Philosophiques de Monaco, une initiative née de la conviction que la Principauté, terre de culture, pouvait aussi devenir un lieu pour la philosophie. Elle raconte comment ce projet, qui demandait au départ « beaucoup de passion et d’énergie pour convaincre », a trouvé son public. Elle évoque avec une certaine surprise le succès des « matinées philo » organisées en plein air, sur la place du marché, qui sont devenues un véritable rendez-vous. Pour elle, ces moments prouvent que la discussion philosophique peut créer un espace apaisé pour aborder des sujets complexes, même en cas de désaccord.
« La parole philosophique, la discussion philosophique, crée un espace un peu plus apaisé et permet peut-être d’ouvrir des échanges sur des sujets tabous. »
Une rencontre intime avec les textes
L’amour de Charlotte Casiraghi pour la philosophie est né d’une rencontre, ou plutôt de plusieurs. D’abord avec les textes littéraires, notamment ceux de Baudelaire, qui lui ont donné l’impression qu’un auteur, même disparu depuis des siècles, pouvait lui parler directement. Puis, la rencontre décisive avec son professeur de terminale, Robert Maggiore, qui a su guider son désir de questionnement. Elle décrit la lecture comme une expérience qui peuple la solitude et offre des ressources pour affronter les doutes et les angoisses existentielles. Pour elle, les livres sont de véritables compagnons, des « pharmakones » qui réparent et donnent le sentiment d’être compris.
Elle explique que si la philosophie demande de l’exigence et de la méthode, son point de départ est accessible à tous : « c’est l’étonnement, c’est le doute, c’est le sentiment d’être perdu ».
De la théorie à la pratique
Son parcours intellectuel l’a menée vers des études littéraires exigeantes en classes préparatoires, deux années qu’elle décrit comme « très difficiles » en raison de la charge de travail et de son perfectionnisme. Après ses études, désireuse de faire une expérience dans le monde du travail, elle a effectué un stage à Londres dans un grand quotidien. Cette période lui a permis de découvrir le monde de l’édition et du journalisme. Très attachée à l’objet livre, elle confie son plaisir à collectionner les éditions anciennes, à écrire dans les marges et à conserver ses livres comme des amis qui portent la trace de ses expériences de lecture.
« J’ai du mal à me séparer des livres. Même quand je les ai lus, j’ai du mal à les laisser partir. Ce sont mes amis. »
Allier mode et littérature
Charlotte Casiraghi explique la genèse des rendez-vous littéraires qu’elle a lancés avec la maison Chanel, rue Cambon. Ces rencontres, consacrées à des écrivaines, font écho à l’importance de la lecture pour Gabrielle Chanel et Karl Lagerfeld, tous deux grands lecteurs. Elle voit dans ce projet une manière de mettre le puissant pouvoir de communication de la mode au service de la littérature. Le lien se tisse aussi autour de l’émancipation féminine : comme le vêtement a permis à Gabrielle Chanel de libérer le corps des femmes, la littérature et l’écriture sont pour elle des outils d’émancipation et d’imagination, permettant de rêver d’autres vies.
L’idée est que si tout le monde ne peut s’offrir une veste Chanel, chacun peut accéder à un contenu culturel porté par la marque.
Transmettre aux plus jeunes
Convaincue de l’importance de développer l’esprit critique dès le plus jeune âge, Charlotte Casiraghi s’engage pour porter la philosophie dans les écoles, mais aussi dans les hôpitaux. Elle estime qu’il est aujourd’hui crucial de donner aux jeunes les outils pour « clarifier leurs pensées » et « s’autonomiser par la réflexion », face à un monde où ils sont surexposés à l’information et à la désinformation. Pour elle, la philosophie n’apporte pas de réponses toutes faites, contrairement aux réseaux sociaux, mais encourage la liberté d’interprétation et le débat sur des sujets qui les touchent directement, comme le harcèlement ou le changement climatique.
Cet engagement sur le terrain du soin et de l’éducation lui semble fondamental pour ne pas limiter la philosophie à des rencontres en théâtre.
Entre exposition et vie privée
Évoquant son éducation, Charlotte Casiraghi se dit chanceuse d’avoir grandi dans un esprit de liberté et d’avoir été confrontée à une grande mixité sociale, notamment à l’école publique. Cette ouverture au monde lui a donné le désir de ne pas être « assignée à un territoire », malgré son attachement indéfectible à Monaco. Si elle assume son image publique, notamment en tant qu’égérie, elle confie que la médiatisation de sa vie intime est la partie la moins agréable de sa position. Elle dénonce une intrusion qui va à l’encontre du droit fondamental à avoir un espace protégé.
« Ce n’est pas parce qu’on a une vie publique qu’on n’a pas le droit à une vie privée. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Robert Maggiore, Baudelaire, Gabrielle Chanel, Karl Lagerfeld, Simone de Beauvoir, Georges Sand.
- Institutions et événements : Les Rencontres Philosophiques de Monaco, Chanel.
- Œuvres : « Le Deuxième Sexe ».
- Lieux : Monaco, Londres, Saint-Rémy-de-Provence, Fontainebleau, Rue Cambon (Paris).
Au fil de l’épisode
- Le rapport de Charlotte Casiraghi à la discrétion et à l’engagement public.
- La genèse des Rencontres Philosophiques de Monaco.
- Le succès des « matinées philo » sur la place du marché.
- Rendre la philosophie accessible et la sortir de son image intimidante.
- Sa rencontre personnelle avec la philosophie, d’abord par la littérature puis grâce à son professeur Robert Maggiore.
- Le pouvoir des livres pour peupler la solitude et offrir des ressources face aux doutes.
- La différence entre la démarche philosophique et une thérapie.
- Ses études littéraires exigeantes en classes préparatoires (« cani-pocagne »).
- Son expérience professionnelle dans un quotidien à Londres.
- Son attachement à l’objet livre et son plaisir de collectionner les éditions.
- Le lancement des rendez-vous littéraires « Mode et littérature » avec Chanel.
- Le lien historique de Gabrielle Chanel et Karl Lagerfeld avec la lecture.
- La littérature comme outil d’émancipation féminine.
- Son engagement pour amener la philosophie auprès des plus jeunes, dans les écoles et les hôpitaux.
- L’importance de l’esprit critique face à la désinformation et aux réseaux sociaux.
- L’influence de son éducation, marquée par la liberté et la mixité sociale.
- Son attachement à Monaco et son besoin de découvrir le monde.
- La difficulté de subir l’intrusion des médias dans sa vie privée.
- La distinction entre l’exposition liée à un engagement public et la violation de l’intimité.
- Ses souhaits pour la pérennité des Rencontres Philosophiques.
FAQ
Qui est Charlotte Casiraghi ?
Charlotte Casiraghi est une personnalité monégasque connue pour ses multiples facettes. Femme de lettres diplômée en philosophie, elle a fondé les Rencontres Philosophiques de Monaco pour rendre cette discipline accessible à tous. Elle est également une figure du monde de la mode, collaborant notamment avec la maison Chanel, et une cavalière émérite. Dans cet épisode, elle se décrit comme une personne discrète, engagée dans des projets culturels et éducatifs qui lui tiennent à cœur.
Qu’est-ce que les Rencontres Philosophiques de Monaco ?
Les Rencontres Philosophiques de Monaco sont une initiative culturelle fondée par Charlotte Casiraghi. L’objectif est de créer un espace de débat et de réflexion en Principauté, ouvert à tous. L’événement, qui inclut une « semaine philo », propose divers formats comme des conférences ou des « matinées philo » en public sur la place du marché. L’ambition est de montrer que la philosophie aborde des sujets concrets et quotidiens et n’est pas réservée à une élite.
Pourquoi Charlotte Casiraghi s’intéresse-t-elle à la philosophie ?
Son intérêt pour la philosophie est né de son amour pour la littérature. La lecture d’auteurs comme Baudelaire a éveillé en elle un questionnement profond. Cette passion a ensuite été encouragée par son professeur de philosophie en terminale, Robert Maggiore. Pour elle, la philosophie et les textes sont des ressources précieuses pour affronter les doutes, se sentir moins seule et mettre en perspective les angoisses existentielles liées à la condition humaine.
Quel est le lien entre Charlotte Casiraghi et la maison Chanel ?
Charlotte Casiraghi collabore avec Chanel, notamment à travers des « rendez-vous littéraires » organisés rue Cambon. Ce projet met en avant des écrivaines et s’inscrit dans l’héritage de Gabrielle Chanel et Karl Lagerfeld, qui étaient de grands lecteurs. Elle voit dans ce partenariat une façon d’utiliser l’influence de la mode pour promouvoir la culture et la littérature, qu’elle considère, tout comme le vêtement, comme un puissant vecteur d’émancipation pour les femmes.
Comment perçoit-elle son rapport aux médias ?
Charlotte Casiraghi fait une distinction claire entre sa vie publique et sa vie privée. Elle assume l’exposition médiatique lorsqu’elle est liée à ses engagements professionnels ou culturels. En revanche, elle considère l’intrusion dans sa vie intime comme une violation de ses libertés fondamentales. Elle estime que la curiosité du public ne justifie pas que sa vie privée soit exposée, soulignant l’impact que cette surveillance constante peut avoir sur les personnes.
