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Jean-Philippe Vinci

Directeur de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports à Monaco, Jean-Philippe Vinci a toujours navigué entre deux univers : l'enseignement et l'administration. Agrégé de philosophie, ancien professeur au lycée Albert Ier et maître de conférences à Sciences Po Paris, il a aussi œuvré au sein d'institutions comme l'UNESCO et le Conseil de l'Europe. Dans cet entretien avec Geneviève Berti, il revient sur son parcours, sa vision d'une éducation qui doit former des personnalités et transmettre des valeurs, et aborde les grands défis contemporains : le rapport à la vérité, l'omniprésence du numérique et la place de la jeunesse dans un monde complexe.

directeur de l'Éducation, de la philosophie à l'administration, penser le monde qui vient

Un double parcours

Jean-Philippe Vinci se définit par une carrière menée sur deux fronts : l’enseignement, sa passion première, et l’administration. Professeur de philosophie au lycée Albert Ier, il a également été maître de conférences à Sciences Po Paris, où il enseignait les sciences politiques. Il y a découvert des étudiants brillants, souvent trilingues et issus du monde entier, dans un environnement intellectuellement stimulant. Il raconte la particularité de cette institution, qui mêle un tronc commun de sciences humaines à des disciplines comme le droit ou la finance, et qui cherche à former des personnalités capables de développer un argumentaire original. Cette double casquette, il l’a toujours conservée, à l’exception d’un passage de trois ans où il s’est consacré uniquement à l’administration, déjà au sein de la Direction de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports (DENJS).

« J’ai toujours eu un ancrage dans l’éducation. Et en même temps, pour l’administration, j’ai eu des missions. »

L’éducation, entre transmission et éveil

Nommé Directeur de l’Éducation Nationale, Jean-Philippe Vinci a dû d’emblée gérer la rentrée du nouveau collège. Parmi ses premières mesures, il a souhaité renforcer l’accompagnement des très bons élèves, notamment en mathématiques et en culture générale, pour les préparer aux concours des grandes écoles. Il évoque l’influence marquante de son ancien professeur de mathématiques, René Paul Mage, qui lui a donné le goût des problèmes hors programme et l’a ouvert à d’autres univers comme l’informatique et la langue chinoise. Pour lui, il existe une différence fondamentale entre un bon professeur, qui transmet des connaissances, et un maître, plus rare, « qui vous met dans la tête une question qui ne vous lâchera plus ». C’est cette dimension d’éveil qui est au cœur de sa vision, distinguant l’enseignement des savoirs de l’éducation au sens large, qui inclut la transmission de valeurs et l’apprentissage du vivre-ensemble.

Cette approche se reflète dans l’importance qu’il accorde aux compétences psychosociales dès le primaire, comme la gestion des émotions et le travail en groupe.

La philosophie face au monde contemporain

C’est en découvrant à la bibliothèque un livre au titre abscons, « Prolégomènes à toute métaphysique future », que Jean-Philippe Vinci a rencontré la philosophie. Il a été fasciné par cette discipline qui « parlait de tout » : la société, la culture, l’individu. Il rappelle que les grands philosophes, de Descartes à Leibniz, étaient aussi des scientifiques ou des hommes d’action. Aujourd’hui, il s’intéresse aux penseurs qui, comme Baptiste Morisot, travaillent sur le terrain. La philosophie, explique-t-il, est un outil essentiel pour questionner le monde, notamment notre rapport à la vérité. Face au complotisme, qui offre des réponses simples à des problèmes complexes, et à une forme d’indifférence générale au vrai, la démarche scientifique, faite « d’erreurs rectifiées », offre un repère. Son expérience dans des institutions multilatérales comme l’UNESCO ou le Conseil de l’Europe lui a montré l’importance de penser le monde qui vient, que ce soit sur l’intelligence artificielle ou la biodiversité.

« La force de la science, c’est de se tromper tout le temps. Ça permet de distinguer la science de l’idéologie. »

Les défis de la jeunesse

Pour Jean-Philippe Vinci, il est crucial d’écouter les jeunes et de les associer aux réflexions, comme le projet de remettre en place un comité de jeunesse à Monaco. Il souligne l’impact de la crise du Covid sur les élèves, qui a pu créer des retards d’apprentissage mais a surtout modifié leur rapport aux autres. Le numérique est un enjeu majeur : il faut apprendre aux jeunes à s’en servir comme un outil formidable tout en les alertant sur ses dangers, comme le harcèlement qui se poursuit en ligne bien après la journée de classe. Il insiste sur le dialogue avec les parents et sur l’importance de proposer des alternatives désirables. « Le réel est plus intéressant que l’écran parfois », affirme-t-il, plaidant pour le sport, la culture et les activités collectives. L’école, parfois perçue comme un lieu de confrontation, est aussi, pour certains enfants, un sanctuaire, un lieu de protection où leur parole peut être entendue.

Il souhaite pour l’avenir avoir le temps de développer des projets de long terme, notamment un enseignement supérieur ultra-ciblé à Monaco.

Jean-Philippe Vinci nous recommande…

  • « Rendre l’eau à la terre » — Baptiste Morisot, un livre qui illustre une philosophie de terrain, connectée au vivant.
  • « Dans le château de Barbe-Bleue » — George Steiner, un essai sur les rapports complexes entre la culture et la barbarie.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Geneviève Berti, Mme Lambin, Gilles Kepel, Duminer le copain (Hugo Duminil-Copin), René Paul Mage, Platon, Descartes, Leibniz, Hannah Arendt, Baptiste Morisot, Vinciane Despret, Lévi-Strauss, Pape François, Patochka (Jan Patočka), Alain Reint (Alain Finkielkraut), Timothy Snyder, Jacques Boisson, François Sureau, Stefan Zweig, Jean D’Astrom, Johnny Hallyday, Georges Vigarello, Christian Bobin, Adonis, Jean-Charles Curau, Goethe, George Steiner.
  • Institutions et lieux : Lycée Albert Ier, Sciences Po Paris, UNESCO, Conseil de l’Europe, Fondation Prince Pierre, Lycée Louis-le-Grand, Princeton, Institut des hautes études scientifiques (IHES), Université Yale, Nouveau Musée National de Monaco, Centre Scientifique de Monaco (CSM), Société des Bains de Mer (SBM).
  • Concepts et événements : Médaille Fields, le Covid, l’invasion de l’Ukraine, Maïdan, le blitz, l’éclatement de l’URSS, Moneval, Erasmus+, Accords de Lisbonne, Accords de Bologne.

Au fil de l’épisode

  • Le double parcours de Jean-Philippe Vinci, entre l’enseignement de la philosophie et les missions dans l’administration.
  • Son expérience de maître de conférences à Sciences Po Paris et le niveau d’exigence des étudiants.
  • La particularité du système éducatif monégasque, riche de son multiculturalisme.
  • Ses priorités en tant que nouveau Directeur de l’Éducation Nationale, notamment le soutien aux élèves d’excellence.
  • L’importance des mathématiques et l’hommage à son professeur, René Paul Mage, qui lui a transmis le goût du défi intellectuel.
  • La distinction entre un bon professeur, qui transmet un savoir, et un maître, qui éveille une question pour la vie.
  • Sa découverte de la philosophie, une discipline qui touche à tous les aspects de l’existence.
  • La science comme une histoire d’« erreurs rectifiées » et un rempart contre le complotisme.
  • L’indifférence contemporaine à la vérité, un défi philosophique et politique majeur.
  • Le rôle d’anticipation des grandes institutions internationales comme l’UNESCO sur des sujets comme l’IA ou la biodiversité.
  • Les défis de la jeunesse d’aujourd’hui : l’impact du Covid, le rapport aux écrans et la nécessité de redonner le goût du réel.
  • Le harcèlement scolaire, un phénomène amplifié par la continuité numérique hors de l’école.
  • Le rôle de l’école comme sanctuaire et lieu de protection pour les enfants en difficulté.
  • L’importance centrale du sport et de la culture pour l’équilibre, la persévérance et l’ouverture au monde.
  • Ses ambitions pour l’avenir : associer davantage la communauté éducative et développer un enseignement supérieur d’excellence à Monaco.

FAQ

Qui est Jean-Philippe Vinci ?

Jean-Philippe Vinci est le Directeur de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports de la Principauté de Monaco. Agrégé de philosophie, il a mené une double carrière en tant que professeur, notamment au lycée Albert Ier et à Sciences Po Paris, et au sein de l’administration. Il a également travaillé pour des organisations internationales comme l’UNESCO et le Conseil de l’Europe, combinant ainsi sa passion pour la transmission des savoirs et son expérience des institutions.

Quelle est sa vision de l’éducation à Monaco ?

Jean-Philippe Vinci promeut une éducation qui va au-delà de la simple instruction. Il met l’accent sur l’accompagnement des élèves d’excellence pour les préparer aux défis des grandes écoles, mais aussi sur le développement des compétences psychosociales pour tous. Pour lui, l’école doit apprendre aux enfants à être heureux et à apprendre ensemble, en s’appuyant sur le multiculturalisme de Monaco comme une force. Il souhaite une école plus à l’écoute des initiatives du terrain.

Pourquoi la philosophie est-elle importante aujourd’hui selon lui ?

Selon Jean-Philippe Vinci, la philosophie est cruciale car elle apprend à questionner le monde et soi-même. Dans un contexte de complotisme et d’indifférence à la vérité, elle offre des outils pour penser de manière critique. Elle permet de comprendre que la science n’est pas un dogme mais un processus de rectification des erreurs. La philosophie aide à aborder la complexité du monde, en sortant des réponses simplistes pour construire une réflexion argumentée.

Comment aborde-t-il les défis du numérique pour les jeunes ?

Il adopte une approche équilibrée, sans diaboliser les écrans qui sont des outils d’accès au savoir extraordinaires. Il insiste sur la nécessité d’éduquer à leur bon usage, en dialoguant avec les parents et en fixant des règles. Pour lui, le principal enjeu est de ne pas laisser le numérique isoler les jeunes. Il est essentiel de leur proposer des activités réelles — sport, culture, vie sociale — qui soient plus désirables et épanouissantes que le temps passé passivement devant un écran.

Quel est le rôle du sport et de la culture dans l’éducation ?

Le sport et la culture sont centraux dans sa vision de l’éducation. Le sport développe des valeurs essentielles comme la persévérance, la gestion de l’échec, l’esprit d’équipe et la rigueur. La culture, quant à elle, est une source d’épanouissement et un moyen de médiation qui permet de s’exprimer autrement que par la violence. Pour Jean-Philippe Vinci, ces pratiques sont fondamentales pour l’équilibre des élèves et pour leur apprendre à devenir des individus complets et ouverts sur le monde.

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