Une culture militaire
Maxime Yvrard explique d’emblée les codes du monde militaire, de la manière de s’adresser à un supérieur aux particularités des grades monégasques, où les couronnes et les étoiles peuvent prêter à confusion avec la hiérarchie française. Loin de l’image d’une rigidité absolue, il décrit une culture où la discussion et le partage d’avis ont toute leur place, jusqu’au moment de la décision ou de l’opération. C’est là que la discipline et l’exécution des ordres reprennent le dessus pour garantir l’efficacité. « On peut très bien obéir tout en donnant son avis », résume-t-il. Cette dualité, entre dialogue et action, est la clé de la cohésion et de la confiance au sein des équipes.
Cet « esprit de corps » est fondamental, car l’engagement d’un pompier militaire est total, allant jusqu’au sacrifice ultime, comme l’a tragiquement rappelé l’histoire récente de la compagnie.
L’épreuve du feu
Le 19 juin 2022, un violent incendie au 21 avenue Princesse Grace coûte la vie au sergent-chef Thierry Perard. Maxime Yvrard, alors commandant des opérations de secours, raconte ce moment dramatique. Il évoque la difficulté de continuer à lutter contre le feu pendant plusieurs heures après la perte de leur camarade, tout en assurant la sécurité des autres hommes. Sa priorité fut alors de passer le relais du commandement pour aller annoncer lui-même la nouvelle à l’épouse du défunt, une épreuve qu’il avait déjà observée lors de sa carrière à Marseille. Cet événement a d’autant plus marqué la compagnie qu’elle avait déjà perdu trois autres pompiers dans les mois précédents : David Herman, décédé de maladie, et deux autres dans un accident de moto.
« Quand on a eu le troisième, qui est mort, avant Thierry Perard, j’avais rassemblé tout le monde, j’avais dit qu’il faut qu’on soit très vigilants parce que le prochain, ça sera un mort au feu. »
Du sport à la marine
Destiné à une carrière de professeur de sport, Maxime Yvrard change de voie au lycée, déçu par le manque d’engouement pour la discipline. Fils d’un pompier volontaire, il suit les conseils de son père qui, connaissant son caractère bien trempé, l’oriente vers les militaires plutôt que les civils. Il intègre alors les marins-pompiers de Marseille avant de rejoindre la marine nationale. Une de ses affectations les plus marquantes fut celle de chef du service sécurité sur le porte-avions Charles de Gaulle, une véritable ville flottante de 2000 personnes. Il y commande une brigade de 120 pompiers.
Il compare l’environnement du porte-avions à Monaco : un territoire très dense où la cohabitation de risques majeurs (aéroport, centrales nucléaires, dépôt de munitions) est rendue possible par une rigueur et des procédures extrêmes.
Un quotidien d’exigence
Le métier de sapeur-pompier a considérablement évolué. Maxime Yvrard souligne qu’un pompier doit aujourd’hui maîtriser près de 300 techniques d’intervention. La formation représente ainsi 50 % de son temps de travail, une condition indispensable pour maintenir ses qualifications et son droit à intervenir. Le sport est également un pilier, avec une heure de pratique encadrée et collective chaque jour pour maintenir une condition physique irréprochable. Les risques aussi ont changé : les matériaux modernes et les véhicules électriques, par exemple, génèrent des incendies beaucoup plus puissants et complexes à maîtriser.
Face à des situations où l’homme ne peut plus intervenir sans risquer sa vie, la compagnie est en train d’acquérir des robots pour les opérations les plus dangereuses.
Commander et préparer l’avenir
Le rôle de chef de corps est avant tout stratégique. Maxime Yvrard ne monte plus dans les camions au quotidien, sauf pour des opérations majeures comme lors du Grand Prix de Formule 1. Sa mission principale est d’anticiper et de préparer l’avenir de la compagnie. Il a ainsi commandé un audit de performance qui a duré deux ans pour dimensionner le corps pour les dix prochaines années. Le constat est clair : la compagnie est sous-dimensionnée. Les pompiers de Monaco effectuent environ 150 gardes de 24 heures par an, contre 120 à 125 pour leurs homologues de Paris ou Marseille.
Son objectif est de faire acter un nouveau plan de dimensionnement pour adapter les effectifs aux risques actuels et futurs de la Principauté, et d’améliorer les conditions de travail de ses équipes.
Les références de l’épisode
- Personnes : Thierry Perard, David Herman, Geneviève Berti.
- Organisations et lieux : Sapeurs-pompiers de Monaco, Bataillon de marins-pompiers de Marseille, Porte-avions Charles de Gaulle, HEC Paris, Hercule Fitness Club, 21 avenue Princesse Grace.
- Événements : Grand Prix de Formule 1 de Monaco, catastrophe de la tribune de Furiani.
- Véhicules cités : Citroën 2 CV, Peugeot 205 GTI.
Au fil de l’épisode
- Les particularités des grades militaires en Principauté.
- L’équilibre entre discussion et obéissance dans la culture militaire.
- L’engagement total et l’esprit de corps, jusqu’au sacrifice.
- L’impact de la vie en caserne sur les familles.
- Récit de l’incendie du 21 avenue Princesse Grace et de la perte du sergent-chef Thierry Perard.
- La gestion de crise et le soutien aux familles après un drame.
- Son changement de vocation, de professeur de sport à pompier militaire.
- Son expérience comme chef de la sécurité sur le porte-avions Charles de Gaulle.
- La vie à bord d’un porte-avions, une « ville flottante » à la densité extrême.
- La féminisation des armées et de la compagnie des sapeurs-pompiers.
- L’exigence physique du métier et l’importance de l’entraînement continu.
- Les parcours pour devenir pompier, du CAP au diplôme d’ingénieur.
- Sa formation complémentaire en management de grands projets à HEC.
- La gestion du stress et le rôle moteur de l’adrénaline.
- L’évolution des risques : feux de voitures électriques, nouveaux matériaux.
- La part prépondérante de la formation continue (50 % du temps).
- Le rôle crucial du bureau de prévention dans les projets de construction à Monaco.
- Sa mission stratégique de chef de corps : préparer la compagnie pour les dix prochaines années.
- Le constat de l’audit : un corps sous-dimensionné par rapport à la charge de travail.
- Ses passions personnelles : le ski, le sport et les voitures anciennes.
- Sa vision du travail comme source d’épanouissement.
FAQ
Qui est Maxime Yvrard ?
Maxime Yvrard est le chef de corps de la compagnie des sapeurs-pompiers de Monaco. Ancien officier de la marine nationale, il a notamment été chef du service sécurité sur le porte-avions Charles de Gaulle. Ingénieur de formation et titulaire d’un master de HEC en management de grands projets, il met aujourd’hui son expérience au service de la sécurité de la Principauté, avec une approche à la fois opérationnelle et stratégique.
Quelles sont les particularités du métier de sapeur-pompier à Monaco ?
Les sapeurs-pompiers de Monaco forment un corps militaire, ce qui implique une culture de la discipline et un engagement total. Le métier y est particulièrement exigeant en raison de la densité urbaine, de la présence de nombreux immeubles de grande hauteur et de risques spécifiques. Les pompiers sont soumis à un entraînement physique et technique constant et participent activement à la prévention des risques sur les chantiers de construction.
Comment Maxime Yvrard a-t-il vécu la perte d’un homme au feu ?
Le 19 juin 2022, le sergent-chef Thierry Perard est décédé lors d’un incendie. En tant que commandant des opérations, Maxime Yvrard a dû gérer cette crise en direct : maintenir la cohésion de ses équipes pour finir l’intervention tout en faisant face au drame. Il raconte avoir eu comme priorité d’annoncer lui-même la nouvelle à l’épouse du pompier, une épreuve qu’il qualifie de moment particulièrement difficile de sa carrière.
Quelle est la formation requise pour devenir sapeur-pompier ?
Pour devenir sapeur-pompier de base, le niveau minimum requis est un CAP, car le métier est avant tout manuel et requiert de la débrouillardise. Pour accéder aux postes d’officier, un diplôme de niveau Bac+5 est nécessaire, comme le parcours d’ingénieur suivi par Maxime Yvrard. À Monaco, la compagnie recrute exclusivement d’anciens militaires français, conformément à son statut.
Pourquoi le corps des sapeurs-pompiers de Monaco est-il considéré comme « sous-dimensionné » ?
Un audit de performance a révélé que les effectifs actuels ne sont plus en adéquation avec l’évolution des risques et la charge de travail. Le personnel effectue environ 150 gardes de 24 heures par an, un rythme bien plus soutenu que dans des corps comparables comme Paris ou Marseille (120-125 gardes). Maxime Yvrard plaide pour une augmentation des effectifs afin de garantir une couverture opérationnelle optimale et d’améliorer les conditions de travail.
