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Jean-Michel Cucchi

Radiologue au Centre d’Imagerie médicale de Monaco et Président de l’Ordre des Médecins, Jean-Michel Cucchi est une figure de la santé en Principauté. Récompensé en 2022 par une Palme de la Médecine, il se confie sur les défis d'une profession en pleine mutation. De son engagement politique précoce à la gestion de la crise du Covid, il aborde sans détour les spécificités du système monégasque. Au cœur de son propos : la défense d'une éthique médicale forte et la préservation de la relation praticien-patient, qu'il juge primordiale face à la technicisation et aux pressions économiques qui transforment la médecine.

Jean-Michel Cucchi, la médecine entre éthique, politique et vocation monégasque

L’Ordre et l’engagement

Président de l’Ordre des Médecins de Monaco, Jean-Michel Cucchi explique les spécificités de cette institution en Principauté. Contrairement à la France, l’Ordre monégasque a trois rôles principaux : il est le gardien de l’éthique médicale, conseille le gouvernement sur la validité des diplômes et, surtout, négocie les conventions avec les caisses sociales, une mission dévolue aux syndicats dans le pays voisin. Cet engagement, il le considère comme le prolongement naturel de la vocation de médecin, qu’il juge indissociable d’une implication dans la vie de la cité. Il raconte ainsi ses débuts militants, au sein du groupe fondateur de l’Association des Jeunes Monégasques (AGM) en 1988 aux côtés de Stéphane Valéry, alors qu’il était encore étudiant en médecine à Marseille.

Cette vision l’a également conduit à s’engager en politique, où il a effectué deux mandats d’élu. Pour lui, le médecin, par la proximité intime qu’il noue avec ses patients, a une place particulière dans la société.

Une profession en pleine mutation

Jean-Michel Cucchi dresse un constat lucide sur la crise que traverse la profession médicale. La difficulté à obtenir des rendez-vous et la pénurie de praticiens ne sont pas des fatalités, mais les conséquences de décisions et d’évolutions profondes. Il pointe notamment la mise en place du numerus clausus en France sous la présidence de François Mitterrand, une mesure dont il avait, dès l’époque, anticipé les effets délétères. À cela s’ajoutent le vieillissement de la population, qui augmente la demande de soins, et les progrès de la médecine qui multiplient les examens pour une même pathologie, comme le dépistage de l’endométriose. « Pour les pathologies sévères, on est mieux soigné qu’avant », nuance-t-il, soulignant que les progrès techniques sont réels.

Il évoque aussi la transformation sociologique du métier : la féminisation et l’importance nouvelle accordée à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Un médecin aujourd’hui ne travaille plus le même nombre d’heures qu’il y a trente ans, ce qui, mécaniquement, réduit le nombre de consultations possibles. « Pour remplacer deux médecins de famille, il faut trois à quatre médecins », illustre-t-il.

La médecine, un art du compromis

Au cœur de sa pratique de radiologue, Jean-Michel Cucchi place la relation humaine, menacée par une médecine de plus en plus technique et spécialisée qui risque de « soigner un organe et pas une personne ». Il défend une vision de la médecine comme un « art de guérir », un artisanat où chaque praticien est unique. Cette approche exige une éthique sans faille, dont le premier principe est primum non nocere : « avant tout, ne pas nuire ». Il décrit la médecine comme « l’art du compromis », une recherche permanente du juste équilibre, loin des certitudes en noir et blanc. Cette humilité est, selon lui, la première qualité d’un bon radiologue, dont l’erreur laisse une trace, contrairement à d’autres spécialités.

Il insiste sur l’importance de ne jamais oublier l’être humain derrière l’image médicale. « Ce n’est pas une photo qu’on regarde, c’est un être humain et un malade. » Une discipline qu’il s’efforce de transmettre aux plus jeunes, malgré le temps de plus en plus compté pour la formation sur le terrain.

Le modèle monégasque à l’épreuve

L’attractivité de la Principauté pour les médecins est un enjeu complexe. Jean-Michel Cucchi déconstruit le mythe selon lequel on y gagnerait mieux sa vie. Pour un médecin français, les contraintes fiscales et le coût de la vie rendent l’installation peu avantageuse. Cette situation, couplée à la pénurie générale, met le système monégasque sous tension, car il doit aussi absorber une partie de la demande des régions voisines. Il défend cependant les spécificités du modèle monégasque, qui doit protéger son identité et garantir qu’il y ait toujours des nationaux pour soigner les nationaux, sans pour autant tomber dans l’isolationnisme.

Il revient sur la gestion de la crise du Covid, qu’il qualifie de période inoubliable. Il salue la décision rapide du gouvernement monégasque d’associer la médecine de ville à celle de l’hôpital, un choix qui a permis de soigner les gens chez eux et d’éviter de nombreuses hospitalisations. Il rend un hommage appuyé aux fonctionnaires monégasques pour leur « dévouement et implication rares » durant cette période. Cinq ans après, il regrette que cette crise n’ait pas suscité une réflexion plus profonde sur l’état de notre société.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Geneviève Berti, Stéphane Valéry, François Mitterrand, Jacques Ralit.
  • Organisations et entreprises : Ordre des Médecins de Monaco, Centre d’Imagerie médicale de Monaco, Association des Jeunes Monégasques (AGM), Doctolib, Gréco.
  • Lieux : Monaco, Marseille, Belgique, Nice, Milan.
  • Distinctions : Palme de la Médecine (2022).

Au fil de l’épisode

  • Le rôle et les spécificités du Conseil de l’Ordre des Médecins à Monaco.
  • Son engagement politique passé et la création de l’Association des Jeunes Monégasques en 1988.
  • Le lien entre la pratique médicale et l’implication dans la vie de la société.
  • L’évolution de la relation médecin-patient face à la spécialisation et la technologie.
  • Les raisons de l’allongement des délais pour obtenir un rendez-vous médical.
  • L’historique du numerus clausus en France et ses conséquences sur la démographie médicale actuelle.
  • L’impact du dépistage de nouvelles pathologies, comme l’endométriose, sur le volume d’examens.
  • La transformation sociologique de la profession : féminisation et recherche d’un équilibre de vie.
  • Les défis pour attirer et installer de nouveaux médecins en Principauté.
  • La réalité économique de la pratique libérale à Monaco comparée à la France.
  • La pression sur le système de santé monégasque, qui accueille des patients de toute la région.
  • L’éthique médicale comme un « art du compromis » avec pour règle d’or de ne pas nuire.
  • La différence de posture nécessaire entre un radiologue, qui doit être humble, et un chirurgien, qui doit être sûr de lui.
  • L’importance de toujours voir le patient derrière l’image médicale.
  • Les difficultés de la formation des jeunes générations de médecins.
  • Son expérience d’étudiant et de praticien en Belgique.
  • La gestion des conflits d’intérêts dans un petit État comme Monaco.
  • La gestion de la crise du Covid en Principauté, marquée par la collaboration entre la ville et l’hôpital.
  • L’hommage au dévouement des fonctionnaires monégasques pendant la pandémie.
  • Réflexions sur les changements sociétaux post-Covid et son avenir personnel.

FAQ

Qui est Jean-Michel Cucchi ?

Jean-Michel Cucchi est un médecin radiologue exerçant au Centre d’Imagerie médicale de Monaco. Il est également le Président de l’Ordre des Médecins de la Principauté. Engagé dans la vie de la cité, il a co-fondé l’Association des Jeunes Monégasques en 1988 et a été élu au Conseil National durant deux mandats. En 2022, il a reçu une Palme de la Médecine pour son action durant la crise du Covid et son attachement à la relation praticien-patient.

Quel est le rôle de l’Ordre des Médecins à Monaco ?

Selon Jean-Michel Cucchi, l’Ordre des Médecins à Monaco a trois missions principales. Il est d’abord le gardien de l’éthique et des bonnes pratiques médicales. Ensuite, il a un rôle de conseil auprès du gouvernement princier, notamment sur la qualité des diplômes des médecins souhaitant s’installer. Enfin, contrairement à la France, il est chargé de discuter les conventions tarifaires et les accords de remboursement avec les caisses sociales monégasques.

Pourquoi est-il difficile de trouver un rendez-vous médical ?

Jean-Michel Cucchi explique cette difficulté par plusieurs facteurs. Le vieillissement de la population augmente la demande de soins. Les progrès médicaux entraînent plus d’examens pour une même pathologie. Surtout, une politique de numerus clausus a limité pendant des décennies le nombre de médecins formés. Enfin, les nouvelles générations de praticiens aspirent à un meilleur équilibre de vie et travaillent moins d’heures, réduisant le nombre de consultations disponibles.

Comment Monaco a-t-il géré la crise du Covid ?

D’après Jean-Michel Cucchi, la gestion de la crise du Covid à Monaco s’est distinguée par une décision clé : le gouvernement a très vite choisi d’intégrer la médecine de ville à la stratégie de soins, au lieu de tout centraliser sur l’hôpital comme en France. Cette collaboration a permis de soigner les patients rapidement et à domicile, ce qui a probablement réduit le nombre d’hospitalisations. Il souligne aussi la discipline de la population et le dévouement des fonctionnaires.

Qu’est-ce que le numerus clausus mentionné dans l’épisode ?

Le numerus clausus était une politique mise en place en France pour limiter le nombre d’étudiants admis en deuxième année d’études de médecine. Jean-Michel Cucchi explique qu’il s’est opposé à cette mesure dès ses années étudiantes, car il avait anticipé qu’elle mènerait à une grave pénurie de médecins plusieurs décennies plus tard. Il considère que les difficultés actuelles d’accès aux soins sont une conséquence directe de cette décision politique passée.

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