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Vincent Vatrican

Directeur de l'Institut Audiovisuel de Monaco, Vincent Vatrican est l'invité de Geneviève Berti. Il partage sa vision d'une mémoire vivante, loin de l'image de boîtes poussiéreuses sur des étagères. L'entretien explore les révolutions technologiques qui ont transformé son métier, passant des pellicules argentiques aux pétaoctets de données sur des serveurs. Vincent Vatrican s'interroge sur notre rapport à l'image à l'heure des smartphones et de la surproduction de contenus. Il évoque également sa passion pour le cinéma, les projets de l'Institut comme les "Mardis du Cinéma" ou un hommage à venir à Marcel Pagnol, et son attachement au patrimoine de la Principauté.

Vincent Vatrican, garant de la préservation de la mémoire audiovisuelle monégasque

La mémoire vivante à l’ère du numérique

Vincent Vatrican, directeur de l’Institut Audiovisuel de Monaco, conçoit sa mission bien au-delà de la simple conservation. Pour lui, la mémoire doit être vivante et les archives, éminemment présentes. Il raconte comment son métier a été bouleversé par trois révolutions technologiques en 25 ans, passant des boîtes de pellicules aux data centers. Aujourd’hui, le patrimoine audiovisuel monégasque représente près de 500 000 fichiers numériques. Cette dématérialisation pose de nouvelles questions, notamment sur notre rapport à l’image. À l’ère des smartphones, la frénésie de tout photographier, de manière souvent compulsive, a remplacé la pratique réfléchie d’autrefois. « On a perdu cette réflexion préalable qui consiste à choisir l’objet qu’on filme », regrette-t-il, s’interrogeant sur ce qu’il restera de cette masse de données personnelles.

Cette surabondance d’images contraste avec les époques passées, où il fallait chercher les témoignages visuels de la vie quotidienne à Monaco, souvent trouvés dans les films d’amateurs éclairés.

Un métier de rencontres et de découvertes

Loin d’être un travail solitaire au milieu des étagères, la quête d’archives est un métier profondément humain, fait de rencontres et de persuasion. Vincent Vatrican souligne l’importance de la relation avec les personnes qui confient leurs documents. Leurs témoignages sont essentiels pour donner du sens aux images, pour comprendre le contexte d’un tournage ou l’histoire d’une famille. C’est grâce à ce travail de contact qu’il est encore possible de faire des découvertes exceptionnelles, comme ces images inédites des bombardements de Monaco en août 1944. « C’est un peu comme le chercheur, c’est un peu comme quelqu’un qui fait des fouilles », confie-t-il. Ce travail de recherche est constant, comme pour la préparation d’une exposition sur les 70 ans de Télé Monte Carlo, qui a nécessité de retrouver et de faire parler les pionniers de la chaîne.

Chaque trouvaille est une satisfaction et la confirmation qu’il faut continuer à chercher, car il existe encore des trésors dans les greniers et les mémoires.

Le cinéma, une passion transmise

Le cinéma est la « religion » de Vincent Vatrican, une passion héritée de ses parents et d’un père qui animait un ciné-club. Formé par le « Cinéma de Minuit » et les études d’histoire puis de cinéma, il a été critique à Paris, voyant jusqu’à trois films par jour. Aujourd’hui, il déplore le manque d’une offre cinématographique diversifiée à Monaco, ce qui l’a poussé à lancer les « Mardis du Cinéma » en 2004. Avec son confrère Jacques Kermabon, il conçoit une programmation exigeante et éclectique, pensée comme un puzzle qui mêle les époques, les genres et les nationalités, pour montrer « tout l’art du cinéma ». Il collabore également avec Thomas Fouyron pour des ciné-conférences, un exercice qui permet d’explorer un sujet en profondeur à la lumière de sources d’archives nouvelles et souvent croisées.

Le prochain grand projet est un hommage à Marcel Pagnol, pour révéler les liens forts et méconnus de l’écrivain et cinéaste avec la Principauté.

Les projets et les passions

L’attachement de Marcel Pagnol à Monaco était profond : il y a vécu dès 1943, était un confident du Prince Rainier, membre du conseil littéraire de la Fondation Prince-Pierre, et a même réédité ses œuvres via les Éditions Pastorelli. L’événement à venir racontera cette histoire grâce à des archives inédites, notamment issues de sa correspondance avec la famille princière. Au-delà de ces projets culturels, Vincent Vatrican est aussi un amateur de sport, qu’il a pratiqué et qu’il suit assidûment. Après avoir été un fan inconditionnel d’Ivan Lendl et de Roger Federer au tennis, il a découvert avec passion l’ambiance et l’intensité du basket monégasque. Tourné vers l’avenir, son grand souhait pour l’Institut serait de disposer de sa propre salle de projection. Un outil qui permettrait de programmer des films au quotidien, de renouer avec la tradition des avant-premières à Monaco et de mieux s’inscrire dans le circuit international des cinémathèques.

Cet équipement serait, pour lui, un levier essentiel pour le rayonnement culturel de la Principauté.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Geneviève Berti, Mizoguchi, Patrick Brion, Eddie Mitchell, Armand Jameau, Jean-Pierre Melville, Claude Jean-Philippe, Pierre Sosso, Grace Kelly, Julien Duvivier, Todd Haynes, Anthony Hopkins, Clint Eastwood, Jean-Marie Straub, Danièle Huillet, Jacques Kermabon, Pedro Almodóvar, Thomas Fouyron, Marcel Pagnol, Prince Rainier, Prince Pierre, Jean Cocteau, Ivan Lendl, Roger Federer.
  • Institutions et lieux : Institut Audiovisuel de Monaco, Monaco Info, Larvotto, Télé Monte Carlo, Monaco-Ville, Fontvieille, Théâtre des Variétés, Fondation Prince-Pierre, Théâtre Princesse Grace, Nouveau Musée National de Monaco, Imprimerie de Monte Carlo, Archives du Palais de Monaco, Archives Pagnol à Allauch, Villa La Lestra, Société des Bains de Mer, Éditions Pastorelli, Grimaldi Forum, Opéra Garnier Monte-Carlo, Aéroclub de Monaco.
  • Œuvres et événements : Cinéma Paradiso, May December, Anatomie d’une chute, One Life, Million Dollar Baby, Douleur et Gloire, Lettre d’une inconnue, Grand Prix de Monaco, Festival de Télévision de Monte-Carlo.
  • Émissions : Le Cinéma de minuit, La Dernière Séance, Les Dossiers de l’écran, Apostrophes.
  • Équipes sportives : AS Monaco.

Au fil de l’épisode

  • Le rôle de l’Institut Audiovisuel : rendre la mémoire vivante.
  • L’évolution technologique des archives, des boîtes de pellicules aux serveurs informatiques.
  • La dématérialisation et notre rapport à la mémoire et aux objets physiques comme les albums photo.
  • Le défi de l’archivage à l’ère du numérique et de la surabondance d’images.
  • La perte de la réflexion et de l’intentionnalité dans la prise d’images avec les smartphones.
  • La différence entre les archives officielles et les films d’amateurs pour documenter la vie quotidienne d’autrefois à Monaco.
  • La découverte récente d’images inédites des bombardements de Monaco en 1944.
  • L’importance des rencontres humaines pour documenter et donner du sens aux archives.
  • Le travail de recherche pour l’exposition sur les 70 ans de Télé Monte Carlo.
  • Les 220 films de cinéma tournés ou se déroulant à Monaco depuis 1905.
  • La collection d’affiches de cinéma, notamment celles de l’Imprimerie de Monte Carlo.
  • La passion de Vincent Vatrican pour le cinéma, héritée de ses parents.
  • Son parcours de cinéphile, de critique de cinéma à Paris à programmateur à Monaco.
  • La création des « Mardis du Cinéma » pour offrir une programmation de films d’auteur en Principauté.
  • Le processus de sélection des films pour les « Mardis du Cinéma » avec Jacques Kermabon.
  • Les ciné-conférences conçues avec Thomas Fouyron pour explorer des sujets à travers des archives.
  • Le projet d’hommage à Marcel Pagnol et la découverte de ses liens méconnus avec Monaco.
  • L’attachement de Pagnol à la Principauté : lieu de vie, d’écriture et d’édition.
  • La passion de Vincent Vatrican pour le sport : le tennis (Ivan Lendl, Roger Federer) et le basket.
  • La différence de perception du sport entre la retransmission télévisée et l’expérience en direct.
  • Son souhait pour l’avenir : une salle de projection dédiée pour l’Institut Audiovisuel.

FAQ

Qui est Vincent Vatrican ?

Vincent Vatrican est le directeur de l’Institut Audiovisuel de Monaco. Il se définit comme le garant de la préservation de la mémoire audiovisuelle monégasque. Passionné de cinéma depuis son enfance, il a été critique de cinéma avant de fonder et de diriger l’Institut. Il est également le créateur des programmes « Les Mardis du Cinéma » et des ciné-conférences pour promouvoir le cinéma d’auteur et le patrimoine en Principauté.

Qu’est-ce que l’Institut Audiovisuel de Monaco ?

Fondé en 1997, l’Institut Audiovisuel de Monaco est l’organisme chargé de collecter, préserver et valoriser le patrimoine audiovisuel et cinématographique de la Principauté. Sa mission est de rendre cette mémoire vivante et accessible, notamment à travers des expositions, des projections et des publications. Ses collections incluent des films professionnels et amateurs, des archives télévisuelles, des photographies, des sons et des affiches de cinéma.

Comment la technologie a-t-elle changé le métier d’archiviste ?

La technologie a profondément transformé le métier. Vincent Vatrican explique être passé de la gestion de supports physiques comme les pellicules à celle de data centers contenant des centaines de milliers de fichiers numériques. Si la dématérialisation facilite l’accès, elle pose aussi des défis de conservation à long terme et de gestion de volumes de données exponentiels. Elle a aussi changé le rapport à l’image, avec une production massive mais moins réfléchie qu’à l’époque de l’argentique.

Qu’est-ce que le programme « Les Mardis du Cinéma » ?

« Les Mardis du Cinéma » est un cycle de projections créé par Vincent Vatrican en 2004 pour pallier le manque de diversité de l’offre cinématographique à Monaco. La programmation, conçue avec Jacques Kermabon, vise à montrer le cinéma comme un art. Elle propose des films de toutes les époques, nationalités et genres, du muet au cinéma contemporain, souvent en lien avec d’autres institutions culturelles monégasques.

Quel est le lien entre Marcel Pagnol et Monaco ?

Marcel Pagnol avait un lien fort et durable avec Monaco. Il y a vécu à partir de 1943, notamment dans la villa La Lestra entre 1951 et 1954. Proche du Prince Rainier, il était membre du conseil littéraire de la Fondation Prince-Pierre. Il a également utilisé Monaco comme lieu d’écriture et a fait rééditer la plupart de ses ouvrages par les Éditions Pastorelli, une maison monégasque.

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