Aux sources d’Interpol
Pour sa première visite officielle en tant que président d’Interpol, Lucas Philippe a choisi Monaco. Un retour aux sources symbolique, car c’est le Prince Albert Ier, trisaïeul du souverain actuel, qui a eu l’idée fondatrice de l’organisation en 1914. En réunissant à l’époque des chefs de police, des magistrats et des scientifiques, il posait les bases d’une coopération policière internationale. Pour Lucas Philippe, ce lien avec les valeurs fondatrices est essentiel pour réfléchir au futur d’Interpol, une organisation qui compte aujourd’hui 196 pays membres et qui fêtera bientôt ses 103 ans.
« C’est important de mettre le pont entre les valeurs fondatrices, le passé, pour nous aider à réfléchir au futur, notamment dans un monde qui est devenu de plus en plus ambigu. »
Un policier devenu diplomate
Avant de diriger Interpol, Lucas Philippe a mené une carrière de plus de trente ans dans la police française. Son parcours l’a conduit de la police judiciaire à Paris, où il a travaillé sur des homicides et des braquages, à la section antiterroriste du 36 quai des Orfèvres. Devenu commissaire à 28 ans, il a ensuite occupé des postes à haute responsabilité, comme chef de la division criminelle aux Antilles et en Guyane, ou encore à la tête de la brigade de répression du banditisme à Marseille. Son expérience s’est ensuite tournée vers l’international, avec des missions en Libye pendant la révolution et à Singapour, avant une parenthèse entrepreneuriale de trois ans.
C’est cette riche expérience qui l’a convaincu de se présenter à la présidence d’Interpol. Élu et non nommé, il a mené une véritable campagne mondiale pour aller à la rencontre des pays membres, un marathon qui, selon lui, s’apparente à un « sport de haut niveau sans l’entraînement de haut niveau ».
Face au crime, l’intelligence collective
Lucas Philippe dresse le constat d’une criminalité qui a muté. Selon lui, on est passé du « crime organisé au crime très organisé », caractérisé par un niveau de sophistication et une dimension économique qui obligent les forces de l’ordre à être plus offensives et à posséder une grande culture générale. Le monde est passé du compliqué à la complexité, et se trouve aujourd’hui dans l’ambiguïté, notamment en raison du retour en force de la géopolitique. Dans ce contexte, il estime que la sécurité est un bien commun qui nourrit la paix, et que la coopération est la seule réponse viable.
Il insiste sur l’importance de l’humain et de la préparation mentale des forces de l’ordre, confrontées à une masse de dossiers et à un épuisement croissants. Pour lui, la solution réside dans la force du groupe et la diversité des profils. Il cite le « Medici Effect » : réunir des personnes très différentes pour faire émerger des solutions innovantes, à l’image de ce que fit le Prince Albert Ier aux débuts d’Interpol.
La diplomatie du réel
Diriger une organisation de 196 pays aux sensibilités diverses est un « art subtil ». La méthode de Lucas Philippe repose sur l’écoute, la capacité à se mettre à la place de l’autre et la recherche du « plus petit dénominateur commun » pour faire avancer les sujets sans heurter. Il croit profondément à la puissance du multilatéralisme, non seulement dans les grandes assemblées, mais aussi et surtout dans les rencontres de couloir, où la diplomatie bilatérale et plurilatérale permet de dénouer des situations complexes.
Sa vision pour Interpol est claire : avoir de l’impact. Cela passe par des projets concrets comme la construction d’un nouveau bâtiment à Lyon, le déploiement d’outils d’intelligence artificielle, et surtout la formation. Pour lui, il faut investir sur l’humain, donner aux policiers les clés pour devenir plus analystes que simples opérateurs, et ainsi mieux traiter les causes profondes des problèmes pour, ultimement, « faire le bien ».
Les références de l’épisode
- Albert Ier, prince de Monaco
- Paul Ricœur
- Interpol
- Europol
- Améripol
- Asanopol
- Afripol
- OFAS (Office anti-stupéfiants)
- Brigades du Tigre
- 36, quai des Orfèvres
- Saint-Cyr-au-Mont-d’Or
- Le concept du « Medici Effect »
Au fil de l’épisode
- La première visite officielle de Lucas Philippe à Monaco, un retour aux sources d’Interpol.
- Le rôle fondateur du Prince Albert Ier, qui a initié le premier congrès de police criminelle en 1914.
- Son élection à la tête d’Interpol, fruit d’une campagne menée auprès des 196 pays membres.
- Son parcours de plus de 30 ans dans la police française : police judiciaire, brigade criminelle, antiterrorisme, lutte contre le banditisme à Marseille.
- Ses expériences internationales en Libye et à Singapour qui ont forgé sa vision.
- Sa philosophie du leadership : se mettre à la place de l’autre pour trouver un terrain d’entente.
- L’évolution de la criminalité, passée du « crime organisé au crime très organisé ».
- Le passage d’un monde compliqué à un monde ambigu qui nécessite de nouvelles approches.
- L’importance de la préparation mentale et de la résilience face à l’épuisement des forces de l’ordre.
- Le concept de « simplexité » : décoder le monde sans le simplifier.
- La force du collectif et du « Medici Effect » pour stimuler l’innovation.
- Le rôle central de la diplomatie, notamment dans les rencontres informelles, pour faire avancer la coopération.
- Sa vision pour l’avenir d’Interpol : créer de l’impact par la formation, la technologie et des projets concrets.
FAQ
Qui est Lucas Philippe ?
Lucas Philippe est le président d’Interpol, l’organisation internationale de police criminelle. Avant d’être élu à ce poste, il a mené une carrière de plus de trente ans dans la police française, où il a occupé diverses fonctions à haute responsabilité, notamment à la brigade criminelle, à la section antiterroriste et dans la lutte contre le grand banditisme. Son parcours inclut également des missions à l’international, en Libye et à Singapour.
Qu’est-ce qu’Interpol ?
Interpol est l’organisation internationale de police criminelle qui réunit 196 pays membres. Sa mission principale, comme décrite dans l’épisode, est de « relier les polices du monde pour créer un monde plus sûr ». Elle facilite l’échange d’informations et la coopération opérationnelle entre les polices des différents pays pour lutter contre la criminalité transnationale, comme le terrorisme, le trafic de drogue ou la cybercriminalité.
Pourquoi Lucas Philippe a-t-il commencé sa présidence par une visite à Monaco ?
Il a choisi Monaco pour sa première visite officielle en raison du lien historique fort entre la Principauté et l’organisation. C’est le Prince Albert Ier de Monaco qui, en 1914, a convoqué le premier Congrès international de police judiciaire. Cette initiative est considérée comme l’acte fondateur d’Interpol, et Lucas Philippe a souhaité honorer ces origines pour s’inspirer des valeurs fondatrices de l’organisation.
Quelle est la vision de Lucas Philippe pour la police face au crime moderne ?
Face à un crime qu’il juge « très organisé » et polymorphe, Lucas Philippe estime que les forces de l’ordre doivent être plus offensives et s’adapter à un monde devenu ambigu. Sa vision repose sur l’intelligence collective, en rassemblant des profils variés pour innover. Il insiste sur l’importance de la préparation mentale, de la formation continue et de la diplomatie pour renforcer la coopération internationale et avoir un impact durable sur la sécurité mondiale.
Comment fonctionne la coopération au sein d’Interpol ?
La coopération au sein d’Interpol repose sur la volonté des 196 pays membres de travailler ensemble. Selon Lucas Philippe, elle s’articule autour de la diplomatie, à la fois dans les grandes assemblées officielles et lors de rencontres bilatérales plus discrètes. L’organisation s’appuie sur des processus et des cadres codifiés pour permettre des prises de décision, même en l’absence de consensus unanime, et pour rythmer les progrès de la coopération policière mondiale.
