Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

Commandant de police Fabrice : lutter contre le narcotrafic en République Dominicaine #10

Commandant de police, Fabrice a troqué la brigade anti-criminalité des réseaux ferrés parisiens pour un bureau à Saint-Domingue. Depuis la capitale dominicaine, il pilote ALCORCA, le programme français d'appui à la lutte contre la criminalité organisée en région Caraïbe, qui réunit onze pays autour de la formation policière, douanière et judiciaire. Dans une zone où transitent des centaines de tonnes de cocaïne vers l'Europe, il raconte le quotidien d'un coopérant de la DCSD : bâtir des séminaires, faire se rencontrer des services qui ne se connaissent pas, et représenter la France sans jamais être chez soi.

Commandant de police Fabrice, la coopération française contre le narcotrafic dans les Caraïbes

De la BAC des réseaux ferrés au bureau de Saint-Domingue

Fabrice est commandant de police. Avant de rejoindre la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), il a passé une vingtaine d’années dans la police française. Il raconte des études de droit en Charente-Maritime, un cursus d’officier de police commencé en 2003 — « Je ne dirais pas que c’est une vocation », précise-t-il, l’idée est née au contact de camarades qui passaient les concours — puis une douzaine d’années à Paris en sécurité publique : encadrement de la voie publique et d’unités judiciaires dans le 14e arrondissement, avant la brigade des réseaux ferrés, où il dirige la brigade anti-criminalité pendant sept ans. C’est là, dit-il, qu’il comprend que « notre délinquance n’a pas de frontières » : même dans le métro parisien, la criminalité à laquelle il fait face est déjà transnationale.

Le déclic vient de Guyane, où il est affecté en 2015-2016 : un niveau de violence hors normes, des frontières poreuses, des trafics d’armes et de stupéfiants sans équivalent en métropole. Suivent quatre ans à l’état-major de la Direction centrale de la sécurité publique, à Beauvau, puis deux ans à la DCSD avant le départ pour Saint-Domingue. Le poste se gagne devant un jury, et l’examen de langue est éliminatoire : « Si on ne parle pas la langue, on ne part pas dans un pays à l’étranger. »

ALCORCA, onze pays autour de la même table

Sur place, Fabrice est expert technique international en charge d’ALCORCA, le programme d’appui à la lutte contre la criminalité organisée en région Caraïbe. Officiellement né en avril 2016, à l’initiative du service de sécurité intérieure français de Saint-Domingue, il a transformé une coopération bilatérale avec la République dominicaine en programme régional. Onze pays y participent : la Barbade, le Costa Rica, Cuba, la Dominique, Haïti, la Jamaïque, le Panama, la République dominicaine, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Trinité-et-Tobago. Le pays hôte s’appuie sur la Direction nationale du contrôle des drogues (DNCD), que Fabrice présente comme la plus grosse agence de lutte antidrogue de la Caraïbe.

ALCORCA n’est pas un programme strictement policier : c’est une coopération interministérielle, qui mobilise policiers, gendarmes, douaniers, magistrats et forces armées françaises. Fabrice recueille les besoins de formation des partenaires, bâtit la programmation, la soumet à l’attaché de sécurité intérieure basé en Haïti — compétent sur Haïti, la République dominicaine et la Jamaïque — puis à la direction centrale à Paris, qui est aussi le bailleur financier. Il est le seul coopérant du programme en poste dans la région. Et le spectre s’est élargi bien au-delà de la cocaïne : trafic d’armes, blanchiment et saisie des avoirs criminels, corruption, messageries cryptées, crypto-monnaies. « J’apprends en même temps », reconnaît-il.

L’action de l’État en mer, et ce que la France apporte

Au moment de l’enregistrement, Fabrice vient de clore un séminaire consacré à l’action de l’État en mer contre le narcotrafic. L’action de l’État en mer désigne la coordination, développée par les services français des Antilles, entre la Marine nationale et les forces armées aux Antilles, la police, la juridiction interrégionale spécialisée de Martinique, les garde-côtes de la douane et les brigades nautiques de la gendarmerie. Le séminaire a réuni environ 45 participants, neuf pays représentés et un panel de 20 à 25 Dominicains issus de la DNCD, de la marine dominicaine et du parquet. La frégate Germinal devait faire escale à Saint-Domingue ; Fabrice a appris deux jours avant l’ouverture qu’elle était déroutée pour intercepter un voilier suspect au large des côtes martiniquaises, où une tonne deux de cocaïne a été saisie. Le capitaine du bâtiment est finalement intervenu en visioconférence pour raconter l’opération — la démonstration en direct de ce que le séminaire voulait expliquer.

Fabrice défend l’intérêt français sans détour : ALCORCA est d’abord « un programme de soft power », de l’influence diplomatique, mais aussi un investissement de sécurité intérieure, puisque la cocaïne sud-américaine qui transite par la zone finit dans les ports et les aéroports européens. La France, rappelle-t-il, est une puissance caribéenne — Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin, Guyane — face à des partenaires aux moyens limités : la Dominique compte 70 000 habitants, Sainte-Lucie 200 000, la Barbade 180 000. Il cite des ordres de grandeur sans commune mesure : environ 1,3 homicide pour 100 000 habitants en France métropolitaine, plus de 50 en Jamaïque, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines ou à Trinité, et quatorze des vingt pays au taux d’homicides le plus élevé au monde situés dans la Caraïbe.

Reste le socle du métier : la relation humaine. « On ne fera rien si les rapports humains ne sont pas de bonne qualité », dit-il. Il décrit des partenaires dominicains très demandeurs et « un appui précieux », des façons de faire différentes — « les Français sont très prévoyants […] les Dominicains beaucoup moins » — et une vigilance constante : « je garde la conscience que je ne suis pas dans mon pays ». Coopérant heureux ? « Parfaitement heureux, épanoui, parfois dans la difficulté, parfois dans le stress. »

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), qui met en œuvre la coopération structurelle française au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
  • ALCORCA, programme d’appui à la lutte contre la criminalité organisée en région Caraïbe, créé officiellement en avril 2016.
  • La Direction nationale du contrôle des drogues (DNCD), l’agence antidrogue dominicaine partenaire du programme.
  • La frégate Germinal, bâtiment de la Marine nationale déployé dans la zone Antilles.
  • Les forces armées aux Antilles, qui arment quatre bateaux de taille importante dans la zone.
  • La juridiction interrégionale spécialisée présente en Martinique, compétente pour l’ensemble des Antilles.
  • La brigade des réseaux ferrés, où Fabrice a dirigé la brigade anti-criminalité pendant sept ans.
  • La Direction centrale de la sécurité publique, à Beauvau, où il a servi quatre ans à l’état-major.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:29 — Ouverture de la deuxième saison de Coopération.
  • 00:01:49 — Cap sur Saint-Domingue, à 7 183 kilomètres, et sur une région devenue plaque tournante du trafic de drogue.
  • 00:02:52 — Vingt ans de police avant de vouloir « donner une nouvelle orientation » à sa carrière.
  • 00:04:06 — Paris, le 14e arrondissement, la brigade des réseaux ferrés et sept ans à la tête de la BAC.
  • 00:05:15 — La Guyane, puis Beauvau, puis la DCSD.
  • 00:06:35 — Les premiers jours en République dominicaine et l’examen de langue éliminatoire.
  • 00:08:01 — Le poste d’expert technique international et le programme ALCORCA.
  • 00:09:02 — La liste des onze pays partenaires et la naissance du programme en avril 2016.
  • 00:10:45 — Un spectre élargi : armes, cyber, blanchiment, corruption, crypto-monnaies.
  • 00:14:54 — Ce que la Guyane lui a appris d’une criminalité hors normes.
  • 00:16:02 — Les relations quotidiennes avec la direction centrale, à 7 000 kilomètres.
  • 00:17:26 — L’intérêt de la France : soft power et retour en sécurité intérieure.
  • 00:18:51 — Archive : les saisies de cocaïne des forces françaises aux Caraïbes.
  • 00:21:37 — Le séminaire consacré à l’action de l’État en mer contre le narcotrafic.
  • 00:23:05 — La frégate Germinal déroutée, une tonne deux de cocaïne saisie.
  • 00:26:25 — Le programme comme « hub » qui fait vivre un réseau bien après les séminaires.
  • 00:27:24 — La France, puissance caribéenne aux moyens sans équivalent dans la zone.
  • 00:29:49 — Le regard d’un partenaire dominicain sur la coopération française.
  • 00:32:24 — Ce que la mission apporte, professionnellement et personnellement.
  • 00:35:49 — « Êtes-vous un coopérant heureux ? »

FAQ

Qu’est-ce que le programme ALCORCA ?

ALCORCA est le programme français d’appui à la lutte contre la criminalité organisée en région Caraïbe. Créé officiellement en avril 2016 et piloté depuis Saint-Domingue, il réunit onze pays partenaires autour d’actions de formation : séminaires thématiques et stages plus techniques, animés par des experts français policiers, gendarmes, douaniers, magistrats et militaires. Il est financé par la Direction de la coopération de sécurité et de défense.

Quels sont les onze pays partenaires d’ALCORCA ?

Le commandant Fabrice les cite par ordre alphabétique : la Barbade, le Costa Rica, Cuba, la Dominique, Haïti, la Jamaïque, le Panama, la République dominicaine, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et Trinité-et-Tobago. La République dominicaine est le pays hôte du programme et s’appuie sur sa Direction nationale du contrôle des drogues, présentée comme la plus grosse agence antidrogue de la Caraïbe.

Pourquoi la France lutte-t-elle contre le narcotrafic dans les Caraïbes ?

Pour deux raisons, explique Fabrice. D’abord le soft power : la coopération est un instrument d’influence diplomatique. Ensuite la sécurité intérieure : la cocaïne sud-américaine qui transite par la Caraïbe arrive dans les ports et les aéroports européens, et la criminalité de la zone touche directement la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin et la Guyane.

Qu’est-ce que l’action de l’État en mer ?

C’est un mode de coordination développé par les services français des Antilles. La Marine nationale et les forces armées aux Antilles, la police, la juridiction interrégionale spécialisée de Martinique, les garde-côtes de la douane et les brigades nautiques de la gendarmerie mettent en commun le renseignement et projettent leurs moyens en mer pour intercepter les cargaisons de drogue.

Comment devient-on coopérant de la DCSD ?

Fabrice a rejoint la DCSD après une vingtaine d’années de police, en passant deux ans à la direction centrale avant de partir en poste. La sélection comprend un jury et un examen de langue éliminatoire : sans maîtrise de la langue du pays, le départ est impossible. Il conseille surtout de mesurer sa motivation, le poste étant très engageant.

Qu’est-ce que la DCSD ?

La Direction de la coopération de sécurité et de défense met en œuvre, au sein du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la coopération structurelle française en matière de défense, de sécurité intérieure et de protection civile. Elle coordonne plus de 300 experts et coopérants issus de quatre ministères, mis à disposition d’administrations partenaires dans 52 pays.

Épisodes similaires
Pochette de l'épisode du podcast Coopération de la DCSD consacré à Thomas Rostaing, coopérant en poste dans l'océan Indien
Coopération, le podcast de la DCSD Thomas Rostaing : Coopération et enjeux stratégiques dans l’océan indien #20
Coopérant de la DCSD à Maurice, Thomas Rostaing raconte la sécurité maritime dans l'océan Indien.
3 août 2025 · 29 min
Saison 2 · Épisode 10
Écouter l'épisode
Visuel de l'épisode du podcast Coopération consacré au lieutenant-colonel Sébastien, coopérant militaire français auprès du CECOPAM au Mexique
Coopération, le podcast de la DCSD LCL Sébastien : former les militaires mexicains aux opérations des Nations-Unis #19
Le lieutenant-colonel Sébastien forme les militaires mexicains aux opérations de maintien de la paix de l'ONU.
6 juillet 2025 · 20 min
Saison 2 · Épisode 9
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.