Du collège à Hong Kong, une vie de français langue étrangère
Garance Jaunay voulait enseigner le français langue étrangère dès le collège, confirme-t-elle au micro de Coopération. Le FLE, qu’elle définit simplement, c’est « l’enseignement de la langue française à des personnes qui ne l’ont pas apprise » — en France comme à l’étranger. Elle insiste sur ce qui le distingue du professeur de français des écoles : l’enseignant de FLE poursuit « des objectifs un petit peu plus spécifiques de communication, d’interaction en langues » et donne à celui qui veut échanger dans une nouvelle langue « tous les outils pour le faire ». À l’origine de ce choix, elle place une envie de voyager et un goût de l’échange. Le métier a tenu parole : elle a vécu et travaillé dans plusieurs pays, et s’est notamment occupée de la médiathèque de l’Alliance française de Hong Kong, où la diffusion de la langue passe autant par les livres et les films que par un atelier cuisine ou la découverte d’une exposition.
Elle raconte volontiers un dispositif croisé dans ces bibliothèques : la « bibliothèque de l’apprenant », née selon elle il y a une quinzaine d’années, qui réorganise les rayonnages des écoles de langues par niveau de langue plutôt que par genre, pour qu’un débutant trouve un ouvrage à sa portée. Pour évaluer les livres, précise-t-elle, l’Alliance française de Madrid a créé un outil fondé sur leur taille, le vocabulaire utilisé et les sujets abordés.
Quatre dispositifs, 15 000 apprenants par an
Aujourd’hui adjointe au chef du bureau formation, stages et missions d’expertise, au sein de la sous-direction moyens de la DCSD, Garance Jaunay met en œuvre les actions d’enseignement du français programmées et financées par la direction. Elle en distingue quatre. Le programme des lecteurs FLE d’abord : environ 45 lectorats par an, confiés à des enseignants plutôt en début de carrière, qui rejoignent pour une année scolaire le département de langue d’une académie militaire, d’une école de police ou de gendarmerie partenaire. Deux lecteurs travaillent ainsi auprès d’une mission de défense, avec un objectif précis qu’elle rappelle : permettre à des personnels en uniforme d’intégrer des opérations de maintien de la paix dans des pays francophones. Viennent ensuite les missions courtes, d’un à trois mois, portées par les adhérents de l’association AGIR, l’Association générale des intervenants retraités ; elle cite un cours intensif monté dans une école nationale à vocation régionale pour des personnels de la marine, qui exigeait un intervenant connaissant le vocabulaire spécifique du métier, et un ancien attaché de défense parti enseigner trois mois en Algérie. Le troisième volet confie aux Alliances françaises et aux instituts français des cours plus étalés, quelques heures par semaine, destinés à constituer un vivier d’apprenants pour de futures actions de coopération. Le quatrième réunit à Rochefort, au CIFR — le Cours international de français de Rochefort, installé au sein de l’école de gendarmerie —, des stagiaires étrangers en remise à niveau linguistique avant une scolarité en France, et des professeurs de français des pays partenaires venus en renforcement pédagogique.
Ces actions s’inscrivent dans le temps long : pour intégrer une formation d’enseignement supérieur en français, rappelle-t-elle, il faut généralement un niveau B2, soit environ 600 heures d’enseignement. Au total, la direction forme chaque année « environ 15 000 apprenants », dans 30 pays, avec une équipe de douze personnes au bureau. Elle décrit aussi les outils développés pour ce public particulier : la méthode « En avant », créée par une ancienne lectrice du programme et propriété de l’Organisation internationale de la Francophonie, des projets de cours en ligne, et une application-dictionnaire de vocabulaire de sécurité et de défense, car pour le français sur objectifs spécifiques « il existe très peu de ressources ». La langue est pour elle « un outil de la diplomatie » et d’influence ; ce qui la touche reste pourtant plus simple : « le plus agréable, c’est de voir un élève ou un apprenant utiliser la langue ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, et sa sous-direction moyens
- Le bureau formation, stages et missions d’expertise de la DCSD, dont Garance Jaunay est l’adjointe au chef
- Le programme des lecteurs FLE, environ 45 lectorats par an dans des écoles partenaires
- AGIR, l’Association générale des intervenants retraités, partenaire des missions courtes d’enseignement
- Le CIFR, Cours international de français de Rochefort, au sein de l’école de gendarmerie de Rochefort
- Le réseau des Alliances françaises et des instituts français, dont l’Alliance française de Hong Kong et l’Alliance française de Madrid
- L’Organisation internationale de la Francophonie, propriétaire de la méthode d’enseignement « En avant »
- La « bibliothèque de l’apprenant », principe de classement des ouvrages par niveau de langue
Au fil de l’épisode
- 00:01:28 — Retour à la direction centrale, à Paris, et présentation du sujet : l’enseignement du français à l’étranger
- 00:02:12 — Ce qu’est le français langue étrangère, et en quoi il diffère du cours de français classique
- 00:04:13 — L’Alliance française de Hong Kong : médiathèque, ateliers, diffusion des cultures francophones
- 00:04:40 — La « bibliothèque de l’apprenant » et l’outil d’évaluation des ouvrages de l’Alliance française de Madrid
- 00:05:48 — Son poste actuel : adjointe au chef du bureau formation, stages et missions d’expertise
- 00:06:24 — Premier volet : le programme des lecteurs FLE, envoyés dans les écoles partenaires
- 00:07:13 — Environ 45 lectorats par an, pour une année scolaire
- 00:09:01 — Enseigner le français à des personnels appelés à rejoindre des opérations de maintien de la paix
- 00:09:31 — Comment on devient lecteur : cursus universitaire de FLE et diplôme professionnalisant
- 00:10:38 — Deuxième volet : les missions courtes, d’un à trois mois, avec l’association AGIR
- 00:12:03 — L’exemple d’un ancien attaché de défense parti enseigner trois mois en Algérie
- 00:13:08 — Le niveau B2 et les 600 heures d’enseignement nécessaires avant une scolarité en France
- 00:13:49 — Troisième volet : les cours locaux des Alliances françaises et des instituts français
- 00:15:28 — Quatrième volet : les formations du CIFR, à Rochefort
- 00:18:24 — Un milieu restreint : enseigner le français en contexte de sécurité et de défense
- 00:18:51 — Environ 15 000 apprenants formés chaque année
- 00:19:37 — Une présence dans 30 pays, y compris des pays francophones
- 00:21:19 — La méthode « En avant », créée par une ancienne lectrice, propriété de l’Organisation internationale de la Francophonie
- 00:22:20 — Le projet d’application-dictionnaire de vocabulaire de sécurité et de défense
- 00:23:28 — L’évolution des méthodes d’enseignement, l’IA et les réseaux sociaux en classe de langue
- 00:24:36 — La langue française comme outil de diplomatie, d’influence et de rayonnement
- 00:26:50 — Ce qui la motive : entendre un apprenant parler français
FAQ
Qu’est-ce que le français langue étrangère (FLE) ?
Le français langue étrangère désigne l’enseignement de la langue française à des personnes qui ne l’ont pas apprise, en France comme à l’étranger. Garance Jaunay le distingue du cours de français classique : l’enseignant de FLE vise des objectifs de communication et d’interaction, et donne à l’apprenant les outils pour échanger dans une nouvelle langue.
Qui est Garance Jaunay ?
Garance Jaunay est adjointe au chef du bureau formation, stages et missions d’expertise de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, et responsable de l’enseignement du français en milieu de sécurité et de défense. Elle a auparavant travaillé dans plusieurs pays, notamment à l’Alliance française de Hong Kong.
Comment devient-on lecteur FLE dans une école partenaire ?
Selon Garance Jaunay, on y accède après un cursus universitaire de français langue étrangère, complété le cas échéant par un diplôme professionnalisant délivré par l’Alliance française de Paris. Les offres de lectorat sont publiées sur un site spécialisé dans les annonces d’emploi et de stage en FLE ; l’association AGIR recueille et présélectionne les candidatures.
Combien de personnes la DCSD forme-t-elle au français chaque année ?
Environ 15 000 apprenants par an, indique Garance Jaunay, dans 30 pays. Ces apprenants relèvent de quatre dispositifs : le programme des lecteurs FLE (environ 45 lectorats par an), des missions courtes d’un à trois mois, des cours dispensés localement par les Alliances françaises et instituts français, et les formations du CIFR à Rochefort.
Quel niveau de français faut-il pour suivre une formation en France ?
Pour intégrer une formation d’enseignement supérieur dispensée en français, il faut généralement un niveau B2, ce qui représente environ 600 heures d’enseignement, explique Garance Jaunay. C’est pourquoi les actions d’enseignement du français s’inscrivent dans la durée et sont anticipées, avant même qu’une action de coopération précise soit programmée avec le pays partenaire.
Pourquoi enseigner le français aux forces de sécurité et de défense partenaires ?
Parce que la langue conditionne la coopération, répond Garance Jaunay : elle permet à des stagiaires étrangers de suivre une scolarité en France ou dans un établissement francophone, et à des personnels en uniforme de rejoindre des opérations de maintien de la paix dans des pays francophones. Elle y voit aussi un outil de diplomatie, d’influence et de rayonnement.
