Du sergent des troupes de marine au conseiller du général djiboutien
Lieutenant-colonel de réserve, Gilles Burel a servi environ quarante ans sous l’uniforme, dont à peu près un tiers hors de France : Afrique occidentale, Afrique centrale, Afrique de l’Est, Pacifique. Il raconte un parcours qui commence par deux échecs. Élève au lycée militaire d’Aix-en-Provence dans les années 1980, il « loupe brillamment » le concours de Saint-Cyr à deux reprises, selon ses propres mots. Il rejoint alors une école de sous-officiers, devient sergent des troupes de marine, puis passe, sur le conseil de son lieutenant, le concours de l’École militaire interarmes, qui permet à un sous-officier de devenir officier. Il est officier au début des années 1990, toujours dans les troupes de marine. « L’ascenseur social offert par l’armée française », dit-il, « à l’époque, ça fonctionnait vraiment très très bien ». Djibouti traverse tout son récit : il y commande une unité au sein des forces françaises entre 1996 et 1998, à un moment où le pays, explique-t-il, pouvait faire appel à la France en cas d’agression ; il y revient bien plus tard comme coopérant inséré dans l’armée djiboutienne, pour cinq années qui s’achèvent en 2022. Entre les deux séjours, résume-t-il, « ce n’est pas le même pays ».
Trois missions de coopération jalonnent cette carrière : le Congo-Brazzaville à partir de 2002, la Guinée, puis Djibouti. Trois terrains où il dit avoir appris la même chose — écouter le besoin exprimé par l’autre avant de proposer sa propre solution.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- La Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) — service du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui met en œuvre la coopération structurelle de la France en matière de défense, de sécurité intérieure et de protection civile, et qui coordonne un réseau de plus de 300 experts et coopérants dans 52 pays.
- La direction de la coopération militaire et de défense (DCMD) — nom porté par la direction avant sa bascule vers la coopération de sécurité et de défense, que l’invité situe pendant son affectation en Guinée.
- Les troupes de marine — l’arme dans laquelle il a servi, qu’il décrit comme un « bassin de coopérants » où un jeune affecté trouve toujours un ancien pour l’accompagner.
- Le lycée militaire d’Aix-en-Provence — où il prépare, sans succès, le concours de Saint-Cyr dans les années 1980.
- L’École militaire interarmes — le concours qui lui permet de passer du corps des sous-officiers à celui des officiers.
- Les forces françaises stationnées à Djibouti — où il commande une unité entre 1996 et 1998.
- L’armée congolaise, l’armée djiboutienne et l’encadrement d’élèves officiers en Guinée — les institutions auprès desquelles il a servi comme coopérant.
- L’assistance militaire technique — dispositif hérité de la décolonisation, qu’il présente comme l’ancêtre du métier de coopérant.
- Le Quai d’Orsay — le rattachement de la DCSD au ministère des Affaires étrangères, qu’il juge essentiel pour garder à la coopération une vision politique d’ensemble.
Au fil de l’épisode
- 00:01:04 — Présentation de l’invité : réserviste à la direction centrale de la DCSD, officier géographique et ancien coopérant.
- 00:01:54 — Quarante ans de carrière, dont un tiers à l’étranger ; retour à la DCSD comme réserviste en avril 2024.
- 00:02:45 — Le concours de Saint-Cyr manqué deux fois, l’école de sous-officiers, puis l’École militaire interarmes.
- 00:03:32 — Djibouti 1996-1998 : commandement d’unité au sein des forces françaises.
- 00:04:49 — Comment il devient coopérant « par hasard » : un départ pour le Congo-Brazzaville décidé en quinze jours, en 2002.
- 00:06:06 — La première année au Congo et le constat d’échec : « si je m’en vais, tout va s’écrouler ».
- 00:06:24 — Le conseil du colonel qui change tout : se lever le matin en se disant qu’on est officier congolais, pas officier français.
- 00:07:45 — L’assistance militaire technique, héritage de la décolonisation, et les troupes de marine comme vivier de coopérants.
- 00:08:53 — Les missions qui l’ont marqué : « la DCSD, c’est l’humain avant tout ».
- 00:09:19 — En Guinée, le décès d’un élève officier et sa participation à la réunion familiale.
- 00:10:15 — Comment on adapte son comportement d’un pays à l’autre, et pourquoi cela ne s’apprenait alors dans aucune formation.
- 00:10:34 — La DCSD forme désormais ses futurs coopérants.
- 00:12:19 — Ses trois missions de coopération et ce que signifie pour lui « l’humain avant tout ».
- 00:13:29 — Ce qui a changé : le réseau de coopérants, ces « diamants » que d’autres puissances envient à la France.
- 00:14:23 — De la DCMD à la DCSD : l’élargissement à la police, à la gendarmerie et à la protection civile.
- 00:15:35 — Pourquoi il est sorti de sa retraite charentaise et se loge à ses frais à Paris chaque semaine.
- 00:17:09 — Pourquoi Djibouti compte tant : cinq années, dont une cinquième faute de successeur.
- 00:18:05 — Ce qu’il apporte à la DCSD : la vision du coopérant de terrain.
- 00:19:04 — La « diplomatie de la cafetière », premier outil du coopérant.
- 00:20:14 — Les limites de l’adaptabilité : des dossiers portés six mois qui s’effondrent en quelques secondes.
- 00:21:39 — Connaître le calendrier religieux de ses hôtes : l’exemple des six jours de jeûne qui suivent le ramadan.
- 00:23:04 — Ce qu’il dirait à un jeune officier tenté par la coopération.
FAQ
Qui est le lieutenant-colonel Gilles Burel ?
Gilles Burel est un lieutenant-colonel de réserve de l’armée de terre française, issu des troupes de marine. Il a servi environ quarante ans, dont à peu près un tiers à l’étranger, et a effectué trois missions de coopération : au Congo-Brazzaville, en Guinée et à Djibouti. Depuis avril 2024, il est réserviste à la DCSD comme officier géographique.
Qu’est-ce que la DCSD ?
La Direction de la coopération de sécurité et de défense est le service du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui met en œuvre la coopération structurelle de la France en matière de défense, de sécurité intérieure et de protection civile. Elle coordonne, depuis le Quai d’Orsay, un réseau de plus de 300 experts et coopérants répartis dans 52 pays.
Que fait un coopérant militaire français ?
Un coopérant est un militaire, un policier, un gendarme ou un expert français inséré au sein d’une administration étrangère qui en a fait la demande. Gilles Burel décrit un rôle de conseil, jamais de commandement : écouter le besoin exprimé par le pays hôte, puis proposer des améliorations selon la logique locale, et non selon le modèle français.
Que signifie la « diplomatie de la cafetière » ?
C’est l’image employée par Gilles Burel pour désigner le premier outil du coopérant. Une cafetière posée dans son bureau donne à ses interlocuteurs un prétexte pour entrer, s’asseoir et discuter. De ces conversations informelles naît, selon lui, la relation de confiance sans laquelle aucun projet de coopération ne tient.
Pourquoi la DCSD s’appelait-elle auparavant DCMD ?
Avant son changement de nom, la direction s’appelait direction de la coopération militaire et de défense et n’animait qu’un réseau de coopérants militaires. Gilles Burel situe la bascule vers la coopération de sécurité et de défense pendant son affectation en Guinée : le réseau s’est alors élargi à la police, à la gendarmerie et à la protection civile.
Pourquoi Djibouti occupe-t-il une place à part dans son parcours ?
Gilles Burel y a servi deux fois, à plus de vingt ans d’intervalle : d’abord de 1996 à 1998 au sein des forces françaises, où il commandait une unité, puis cinq années comme coopérant inséré dans l’armée djiboutienne, jusqu’en 2022. Il dit y avoir retrouvé « pas le même pays », et y avoir été décoré par ses hôtes avant son départ.
