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Lieutenant-colonel Stéphan : bâtir une protection civile camerounaise durable avec l’expertise française #17

Le lieutenant-colonel Stéphan est sapeur-pompier de Paris. Depuis septembre 2024, il est coopérant militaire technique à Yaoundé, auprès de la Direction de la protection civile et du corps national de sapeurs-pompiers du Cameroun. Sa mission : accompagner l'arrivée de 227 véhicules de secours financés par le Trésor français, monter les formations qui vont avec, et aider à écrire les décrets qui structureront le corps. Il raconte un métier fait d'écoute, de patience et d'adaptation, où la question n'est pas de livrer du matériel mais de rendre un pays autonome pour l'entretenir et s'en servir.

Lieutenant-colonel Stéphan, moderniser la protection civile camerounaise avec la coopération française

Trente-trois ans de service, de la caserne parisienne à l’OTAN

Le lieutenant-colonel Stéphan entame sa trente-troisième année de service. Il raconte une carrière commencée « comme simple soldat », poursuivie comme sous-officier, puis à l’École militaire interarmes pour devenir officier. L’essentiel de ce parcours s’est déroulé depuis 2003 à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Après des années « très opérationnelles », il devient officier supérieur adjoint d’un groupement d’incendie qui compte entre 1 700 et 1 800 personnes, est détaché trois ans à la Direction générale de la sécurité civile, puis passe trois ans comme chef de cabinet du général commandant la brigade. En 2017, il part en Italie, à l’OTAN, dans un bureau chargé des partenariats militaires, où il suit une quinzaine de pays de la rive méditerranéenne. De retour à la brigade en 2020, il monte à trois, sous l’autorité directe du général, la première équipe de prévision et de prévention des Jeux olympiques et paralympiques. Il termine son temps parisien de 2022 à 2024 comme commandant en second du troisième groupement d’incendie et de secours, qui opère sur l’ouest de Paris, Paris Centre et les Hauts-de-Seine.

De ces étapes, il retient surtout une habitude : travailler hors de son cadre. Le poste de chef de cabinet, le détachement auprès d’un sous-préfet et des services départementaux d’incendie et de secours, puis l’OTAN lui ont appris le vocabulaire des autres administrations et, dit-il, « à écouter l’autre avant d’imposer ses vues ».

Au Cameroun, livrer 227 camions ne suffit pas

Depuis septembre 2024, il est coopérant militaire technique à Yaoundé, correspondant principal de la Direction de la protection civile camerounaise — rattachée au ministère des Administrations territoriales — et appui du corps national de sapeurs-pompiers. Son dossier le plus visible est le projet Desautel, du nom de l’entreprise française qui le porte : la fourniture de 227 véhicules et engins de sapeurs-pompiers de tout type, un projet « imaginé il y a un peu plus de dix ans » par ses prédécesseurs, financé pour l’essentiel par le Trésor français et chiffré, selon lui, à plus de 50 millions d’euros. Sa mission ne s’arrête pas à la réception du matériel : il doit organiser toutes les formations associées. Avec le concours d’experts envoyés de France, plus de 500 stagiaires ont été formés en deux ans, en 2023 et 2024, et une douzaine d’actions de formation sont programmées pour l’année en cours — conduite d’engins-pompes et de camions-citernes, ambulances de réanimation, interventions nautiques, risques nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC), sécurité routière, feux de broussailles, inondations. Il décrit un « triple équilibre » : entendre les demandes du pays hôte, absorber les besoins nés du projet, et éviter « l’effet tunnel » qui ferait passer à la trappe des formations de base comme le secourisme.

Le reste est affaire de durée. Il cite les chantiers à venir — remise en état du système de gestion des appels et des opérations, alors que le 118, équivalent camerounais du 18, ne fonctionne pas aujourd’hui ; création d’une défense extérieure contre l’incendie à base de citernes et de réservoirs d’eau ; rédaction d’un décret d’organisation du corps national — et pointe le défi qu’il juge le plus lourd : garder les compétences. Les pompiers camerounais viennent de toutes les armées et rien ne garantit qu’ils restent au corps une fois formés.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Brigade de sapeurs-pompiers de Paris — unité où l’invité a servi l’essentiel de sa carrière depuis 2003.
  • École militaire interarmes — école par laquelle il est devenu officier.
  • Direction générale de la sécurité civile — où il a été détaché pendant trois ans.
  • OTAN — bureau en charge des partenariats militaires, en Italie, à partir de 2017.
  • Jeux olympiques et paralympiques de 2024 — dont il a préparé le volet prévision et prévention à la brigade.
  • Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) — direction du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui produit ce podcast et lui envoie ses experts.
  • Direction de la protection civile du Cameroun — rattachée au ministère des Administrations territoriales, l’équivalent camerounais du ministère de l’Intérieur.
  • Corps national de sapeurs-pompiers du Cameroun — créé le 5 avril 1986, il compte aujourd’hui 2 400 personnels.
  • Desautel — entreprise française qui fournit les 227 véhicules et prévoit une filiale de maintenance à Yaoundé.

Au fil de l’épisode

  • 00:01:04 — Direction le Cameroun, à 7 000 kilomètres de Paris
  • 00:01:55 — Trente-trois ans de service : de simple soldat à officier, la brigade de Paris depuis 2003
  • 00:02:22 — Groupement d’incendie, détachement à la Direction générale de la sécurité civile, chef de cabinet
  • 00:03:03 — 2017, l’OTAN en Italie et une quinzaine de pays partenaires
  • 00:03:29 — 2020, la première équipe de prévision et de prévention des Jeux olympiques
  • 00:04:20 — Ce que l’interministériel et l’international apportent à un coopérant
  • 00:06:23 — La mission à Yaoundé : protection civile, corps national de sapeurs-pompiers, soutien aux exportations
  • 00:07:54 — Le projet Desautel : 227 véhicules, plus de 50 millions d’euros
  • 00:09:29 — Bâtir des formations qui répondent aux besoins camerounais
  • 00:11:00 — Le « triple équilibre » et le risque d’effet d’éviction
  • 00:12:07 — Engins-pompes, ambulances, nautique, NRBC : le catalogue des formations
  • 00:13:29 — Le défi de la pérennité des compétences transmises
  • 00:15:05 — Les chantiers à venir : le 118, la logistique, la défense extérieure contre l’incendie
  • 00:17:57 — La place de la France et la filiale Desautel à Yaoundé
  • 00:20:19 — Un corps né en 1986, passé de 750 à 2 400 personnels
  • 00:21:10 — Le rapport à la fatalité et à la catastrophe
  • 00:22:10 — Adaptation, souplesse, patience : les trois conseils au futur coopérant
  • 00:23:16 — Ce que la coopération apprend à un spécialiste

FAQ

Qui est le lieutenant-colonel Stéphan ?

C’est un officier sapeur-pompier français qui entame sa trente-troisième année de service. Il a passé l’essentiel de sa carrière à la brigade de sapeurs-pompiers de Paris depuis 2003, avec un détachement à la Direction générale de la sécurité civile et un poste à l’OTAN. Depuis septembre 2024, il est coopérant militaire technique au Cameroun.

Qu’est-ce qu’un coopérant militaire technique ?

C’est un expert mis à disposition d’une administration partenaire par la Direction de la coopération de sécurité et de défense, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Au Cameroun, le lieutenant-colonel Stéphan conseille la Direction de la protection civile, appuie le corps national de sapeurs-pompiers, organise des formations et contribue à la rédaction de décrets.

En quoi consiste le projet Desautel au Cameroun ?

Selon l’invité, il s’agit de la fourniture de 227 véhicules et engins de sapeurs-pompiers de tout type, financés pour l’essentiel par le Trésor français, pour plus de 50 millions d’euros. Imaginé il y a un peu plus de dix ans, il s’accompagne des formations techniques associées et de la création d’une filiale de maintenance à Yaoundé.

Quelles formations la France dispense-t-elle aux sapeurs-pompiers camerounais ?

Plus de 500 stagiaires ont été formés en 2023 et 2024, et une douzaine d’actions de formation étaient programmées pour l’année suivante. Elles portent sur les engins-pompes et les camions-citernes, les ambulances de réanimation, les interventions nautiques, les risques NRBC, la sécurité routière, les feux de broussailles et les inondations.

Quel est le principal défi de la protection civile camerounaise ?

La pérennité des compétences, répond le lieutenant-colonel Stéphan. Le corps national de sapeurs-pompiers est composé de personnels venus de toutes les forces armées : un pompier formé peut repartir dans l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine ou la gendarmerie. Un projet de décret d’organisation vise à stabiliser ces effectifs.

Quelles qualités demande le métier de coopérant ?

Trois, selon lui : adaptation, souplesse et patience. Il insiste sur l’écoute et sur le fait de poser des questions plutôt que d’imposer une solution venue d’Europe. Il souligne aussi le poids culturel du rapport à la fatalité face aux catastrophes, qu’un conseiller doit prendre en compte sans renoncer à proposer des solutions.

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