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Rencontre avec Patrick Tourneboeuf, Stèles

Photographe invité de 9 Lives Magazine, Patrick Tourneboeuf présente sa série « Stèles, les invisibles », exposée au Quadrilatère de Beauvais. Depuis 2003, il parcourt la France pour photographier les monuments aux morts de la Grande Guerre, ces sentinelles de pierre devenues banales dans nos paysages. Par un protocole rigoureux à la chambre photographique, il cherche à révéler leur singularité et le message qu'ils portent, qu'il soit pacifiste ou politique. Ce travail au long cours, né d'une histoire familiale intime, interroge notre rapport à la mémoire et la manière dont l'art peut redonner un sens à notre héritage historique.

Patrick Tourneboeuf, photographier les monuments aux morts pour révéler l'invisible et notre Histoire

Rendre visible l’invisible

Patrick Tourneboeuf explique que sa série « Stèles, les invisibles » part d’un constat : les monuments aux morts, autrefois centraux dans la vie des communes, sont devenus des éléments du décor auxquels on ne prête plus attention. Pourtant, à l’approche du centenaire de l’armistice de 1918, ces pierres retrouvent un sens nouveau et affirmé. Le rôle du photographe, selon lui, est de les « révéler, à les sortir un peu de leur oubli, de leur ombre, pour les mettre sous la lumière ». Ce travail, commencé en 2003, n’est pas un inventaire exhaustif mais une sélection de près de 90 monuments sur tout le territoire français, choisis pour leur singularité.

Il s’est particulièrement intéressé aux monuments porteurs d’un message politique, parfois pacifiste, voire presque anarchiste, ainsi qu’à ceux représentant des femmes ou des enfants. « Ce qui est intéressant, c’est d’aller chercher ceux qui ont une vraie singularité. »

Une quête personnelle

Ce projet, qu’il décrit comme le plus difficile qu’il ait eu à défendre, puise sa source dans son histoire familiale. Deux de ses arrière-grands-pères ont été tués au combat durant la Grande Guerre. Enfant, il cherche en vain le nom de l’un d’eux sur la stèle du village de Dolon, dans la Sarthe. On lui explique alors que la ferme familiale se situait au croisement de trois communes et qu’aucune n’a inscrit son nom. Cette absence, cette « gommure », a été le déclencheur. « Je me suis dit, dans quelle mesure la photographie peut amener encore une petite trace, une petite étape à la construction de l’histoire. »

Sa démarche s’inspire de la rigueur de photographes comme les Becher ou Walker Evans, utilisant un protocole strict — trépied, chambre photographique, longue pose en lumière naturelle — pour donner du corps à son sujet et rendre visible ce qui avait été effacé par le temps et l’habitude.

Les références de l’épisode

  • La série photographique « Stèles, les invisibles »
  • Le festival Les Photaumnales à Beauvais
  • Le Quadrilatère, lieu d’exposition à Beauvais
  • Les photographes Bernd et Hilla Becher (cités comme « Les Bechers »)
  • Le photographe Walker Evans
  • Le photographe Eugène Atget (cité comme « Adjet »)
  • Le cinéaste Stanley Kubrick

Au fil de l’épisode

  • Le paradoxe des monuments aux morts : des objets du quotidien qui retrouvent un sens 100 ans après l’armistice.
  • La mission du photographe : sortir ces stèles de l’ombre pour les révéler.
  • Le protocole technique : photographie à la chambre sur trépied, avec de longues poses en lumière naturelle.
  • Une sélection de 90 monuments à travers la France, loin de l’inventaire systématique.
  • La recherche de monuments singuliers, porteurs de messages politiques ou pacifistes.
  • La représentation des femmes et des enfants, figures des « dégâts collatéraux » de la guerre.
  • La difficulté à faire exister le projet face à l’indifférence.
  • L’influence de la photographie documentaire (les Becher, Walker Evans, Atget) pour donner du corps au sujet.
  • La référence au film de Stanley Kubrick sur les soldats fusillés pour l’exemple.
  • L’origine personnelle du projet : la quête du nom d’un arrière-grand-père tué à la guerre et absent du monument local.
  • La photographie comme une « petite trace » pour contribuer à l’écriture de l’Histoire.

FAQ

Qui est Patrick Tourneboeuf ?

Patrick Tourneboeuf est un photographe interviewé dans cet épisode pour sa série « Stèles, les invisibles ». Il y explique sa démarche artistique qui consiste à photographier les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale à travers la France. Son travail, débuté en 2003, est motivé par une histoire familiale et une volonté de révéler la singularité et la mémoire portées par ces sculptures souvent oubliées dans le paysage quotidien.

Quel est le sujet de la série « Stèles, les invisibles » ?

La série « Stèles, les invisibles » de Patrick Tourneboeuf est un travail photographique consacré aux monuments aux morts de la Grande Guerre. L’objectif n’est pas de réaliser un inventaire, mais de sélectionner des monuments pour leur singularité, qu’elle soit politique, pacifiste ou iconographique. Le titre paradoxal souligne la démarche de l’artiste : rendre visibles des stèles devenues invisibles dans l’espace public par l’habitude.

Pourquoi ce projet photographique a-t-il une dimension personnelle pour l’artiste ?

Ce projet est né de l’histoire personnelle de Patrick Tourneboeuf. Deux de ses arrière-grands-pères ont été tués pendant la Grande Guerre. Enfant, il a découvert que le nom de l’un d’eux ne figurait sur aucun monument aux morts local, car sa ferme se trouvait à la jonction de trois villages. Cette absence, cette « gommure » de la mémoire familiale, a été le point de départ de sa réflexion sur ces stèles et leur rôle.

Quelle technique photographique Patrick Tourneboeuf utilise-t-il pour cette série ?

Pour sa série « Stèles », Patrick Tourneboeuf utilise un protocole technique rigoureux. Il travaille avec une chambre photographique installée sur un trépied. Toutes les prises de vue sont réalisées en lumière naturelle, avec des temps de pose très longs, pouvant atteindre près de dix minutes. Cette technique lui permet de capter une lumière que l’œil nu ne perçoit pas et de donner une présence particulière aux monuments.

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