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#02 – Quentin Obadia, Le design pour la vie

Qualifié de « bosseur low profile » par Vanity Fair, Quentin Obadia est pourtant l'une des figures majeures du design de joaillerie. Après avoir été responsable de la création chez Boucheron à seulement 22 ans, puis directeur de création chez Lalique, il a choisi la liberté en devenant indépendant. Dans cet épisode, il retrace son parcours singulier, de sa passion d'enfance pour les voitures à son arrivée Place Vendôme. Il partage sa vision du métier de créatif, où la technique et l'écoute sont reines, et raconte comment il a appris à devenir une « éponge » pour maîtriser les codes d'un univers exigeant.

le design de joaillerie entre transmission, liberté et vieilles bagnoles

Des voitures à la joaillerie

Quentin Obadia raconte avoir toujours dessiné, depuis sa plus tendre enfance. Sa première passion n’était pourtant pas les bijoux, mais les voitures, qu’il dessinait avant même de savoir parler. Cette fascination pour l’automobile, et en particulier pour les modèles des années 80, symbolise pour lui un sentiment de liberté et une connexion plus « vraie » à la mécanique et à la route, loin de l’aseptisation des véhicules modernes. C’est son père qui lui révèle l’existence du métier de designer, alors appelé « dessin industriel ». Cette vocation ne le quittera plus, même s’il doit d’abord rassurer sa famille en passant un bac S, loin de sa zone de confort.

Après une mise à niveau en arts appliqués à l’école Olivier de Serre, où il découvre la conceptualisation, il intègre une école de design automobile. Un événement personnel va cependant changer sa trajectoire : le décès de sa grand-mère, dont il était très proche. Cette épreuve le pousse à réfléchir à la transmission, à la vie des objets qui nous survivent. Son projet de diplôme devient alors un bijou, objet de transmission par excellence, qui intègre un mécanisme horloger pour transformer le mouvement en vie. C’est ce projet qui le fera remarquer par la directrice artistique de Boucheron.

Devenir une éponge Place Vendôme

Son entrée chez Boucheron se fait par le service marketing, avec pour mission de travailler sur les concepts des 150 ans de la maison. Totalement novice dans l’univers de la joaillerie, il se plonge dans les archives et apporte un regard neuf, voire candide, sur cet héritage. Il apprend en parallèle le dessin de bijou, un langage technique et précis. Sa grande chance survient lorsque sa directrice lui propose de travailler sur une collection de haute joaillerie. Sans aucune pression, il dessine des croquis qui sont tous sélectionnés par le président de l’époque, Jean-Christophe Bédoz. Il a alors 22 ans.

Pour transformer ses dessins en pièces réelles, il adopte une posture qu’il juge essentielle : « devenir une éponge ». Il se met à l’écoute des dessinatrices et des artisans de l’atelier pour comprendre les contraintes techniques, le poids, la lumière, la fabrication. Cette expérience ancre en lui une vision du design non pas comme un éclair de génie divin, mais comme la résolution d’une équation complexe, intégrant l’histoire de la marque, les contraintes techniques et les objectifs commerciaux. Pour lui, un designer n’est pas un artiste : son but est de créer en vue d’un objectif, de faire parler la marque avant de se raconter lui-même.

Réinventer un héritage

Après plusieurs années dans un environnement qu’il qualifie de « paternaliste » chez Boucheron, Quentin Obadia ressent le besoin de grandir et de s’affranchir. L’opportunité se présente lorsque Lalique le contacte pour relancer sa ligne de joaillerie, un pilier historique de la marque alors endormi. Il passe alors du statut de celui qui apprend à celui qui sait, et doit tout construire : les équipes, la vision, les collections. Sa première démarche est, à nouveau, de se plonger dans les archives pour comprendre l’œuvre de René Lalique, sa manière de sublimer la nature et sa vision très moderne du bijou, destiné à des femmes qui l’achetaient pour elles-mêmes.

Guidé par l’émotion et l’intuition, il choisit les dessins qui l’interpellent le plus pour construire la première collection. Le succès est au rendez-vous, avec un accueil critique très positif, notamment un article de la célèbre journaliste Suzy Menkes. Cette période lui apprend à porter une vision, mais aussi à endosser un rôle plus commercial en présentant les collections à travers le monde, au contact direct des clients.

Le premier jour du reste de sa vie

Malgré le succès, son besoin de liberté le rattrape. Il décrit ce sentiment comme une sensation d’étouffement, un besoin vital de respirer un autre air. Sans plan précis mais avec une confiance profonde « dans la vie », il décide de quitter Lalique pour se lancer à son compte. Les premiers jours sont marqués par la peur, celle de la page blanche et de la solitude de l’indépendant qui n’a plus le rythme d’une entreprise pour le porter. Il doit apprendre à se « manipuler lui-même » pour trouver l’énergie et déjouer l’angoisse.

Rapidement, les premiers clients arrivent, souvent par le biais de son réseau. Il aborde cette nouvelle étape non pas en cherchant à se vendre, mais en se concentrant sur les projets qui l’animent et les solutions qu’il peut apporter. Il apprend à gérer les aspects moins créatifs du métier, comme l’administratif, en s’entourant et en acceptant que l’erreur fait partie du processus. Aujourd’hui, il vit cette liberté en travaillant pour différentes marques, toujours guidé par le plaisir et la sincérité.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Jean-Christophe Bédoz, Suzy Menkes, René Lalique, Sarah Bernard, Maximilien Busser, Malcolm Gladwell.
  • Marques et entreprises : Boucheron, Lalique, Talbot, R5, Gemmyo, Vanity Fair, Vogue, New York Times.
  • Lieux : Place Vendôme, Auvergne, Colmar.
  • Écoles : Olivier de Serre, École Boulle, École Estienne, École Duperré, Strat Collège.
  • Œuvres et concepts : Le livre « Outliers » de Malcolm Gladwell, le Trésor de Perse.

Au fil de l’épisode

  • La passion d’enfance de Quentin Obadia pour le dessin de voitures.
  • Ses deux premières voitures des années 80, Sabrina la Talbot et Sabine la R5.
  • Sa vision de l’automobile comme un espace de liberté et d’émotion.
  • Comment il a su qu’il voulait devenir designer grâce à son père.
  • Son parcours scolaire : un bac S pour rassurer ses parents avant les écoles d’art.
  • Ses études à l’école Olivier de Serre et la découverte du « concept ».
  • L’apprentissage fondamental : apprendre à regarder pour construire une forme de l’intérieur.
  • Le tournant personnel provoqué par le décès de sa grand-mère, qui l’oriente vers la notion de transmission.
  • Son projet de diplôme : un bijou animé par un mécanisme horloger.
  • Comment il est repéré par la maison Boucheron grâce à ce projet.
  • Ses débuts au service marketing de Boucheron, où il apporte un regard neuf sur la marque.
  • Sa première collection de haute joaillerie à 22 ans, sur le thème des « cocottes » du Paris de 1900.
  • Comment tous ses dessins ont été choisis par le président de la maison.
  • La nécessité de « devenir une éponge » pour apprendre rapidement les aspects techniques du métier.
  • Sa philosophie du design : une équation à résoudre plutôt qu’une inspiration divine.
  • Pourquoi il a quitté Boucheron pour rejoindre Lalique : un besoin de grandir.
  • Le défi de relancer de zéro la joaillerie chez Lalique.
  • Son travail de recherche dans les archives pour comprendre l’esprit de René Lalique.
  • La création de la première collection et sa rencontre avec la journaliste Suzy Menkes.
  • Ses deux moteurs dans la création : le plaisir et la sincérité.
  • Sa décision de quitter Lalique, motivée par un besoin viscéral de liberté.
  • Les premiers jours en tant qu’indépendant, entre la peur de la page blanche et la solitude.
  • Comment il a trouvé ses premiers clients et sa manière d’aborder son métier de consultant.
  • La gestion des aspects administratifs et l’importance de bien s’entourer.
  • Sa vision de l’échec, qu’il ne considère pas comme un moment définitif mais comme une source d’apprentissage.

FAQ

Qui est Quentin Obadia ?

Quentin Obadia est un designer français spécialisé en joaillerie et haute joaillerie. Il est connu pour son parcours au sein de grandes maisons de la Place Vendôme. Il a été responsable du pôle création de Boucheron à seulement 22 ans, puis directeur de création chez Lalique, où il a relancé l’activité joaillerie. Il travaille aujourd’hui comme designer indépendant pour différentes marques du secteur du luxe.

Comment Quentin Obadia a-t-il commencé dans la joaillerie ?

Initialement passionné par le design automobile, Quentin Obadia s’est orienté vers la joaillerie à la suite d’une réflexion personnelle sur la transmission des objets. Son projet de diplôme, un bijou intégrant un mécanisme horloger, a été remarqué par la directrice artistique de Boucheron. C’est ainsi qu’il a intégré la prestigieuse maison, apprenant le métier sur le tas en se plongeant dans les archives et en collaborant avec les ateliers.

Quelle est la philosophie de création de Quentin Obadia ?

Pour Quentin Obadia, la création n’est pas le fruit d’une inspiration divine mais la résolution d’une équation. Son approche consiste à intégrer de multiples paramètres : l’histoire de la marque, les contraintes techniques de fabrication, le confort au porté, et les objectifs commerciaux. Il se voit comme un « problem solver » qui met sa créativité au service de la marque, en adoptant une posture d’écoute et d’humilité, notamment envers les savoir-faire des artisans.

Pourquoi Quentin Obadia est-il devenu designer indépendant ?

Après ses expériences intenses chez Boucheron et Lalique, Quentin Obadia a ressenti un besoin profond de liberté et d’air. Il décrit ce sentiment comme une sensation d’étouffement qui l’a poussé à quitter la sécurité du salariat. Devenir indépendant était pour lui une manière de se réapproprier son temps, de choisir ses projets et de travailler pour des marques dont l’univers correspondait davantage à sa sensibilité personnelle.

Qu’est-ce que le concept de « devenir une éponge » pour un designer ?

« Devenir une éponge » est l’image qu’utilise Quentin Obadia pour décrire la posture d’apprentissage qu’il a adoptée à ses débuts. Cela consiste à absorber un maximum de connaissances en un minimum de temps en étant humble et à l’écoute. Pour lui, il était crucial d’écouter les dessinatrices, les artisans et les techniciens pour comprendre les contraintes réelles de la fabrication d’un bijou, une étape indispensable pour que ses créations soient non seulement belles, mais aussi réalisables et portables.

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