L’âme des pierres
À l’occasion de son exposition à l’Hôtel de Sauroy, la photographe Estelle Lagarde présente sa série « Anima Lapidum », fruit d’un long travail mené dans les églises et cathédrales de France. Loin de se concentrer sur un seul lieu, elle a mené une sorte de « Tour de France » personnel, retournant dans des endroits qu’elle connaissait intimement : de la petite église romane de Tarnac en Corrèze à la majestueuse cathédrale de Rouen, en passant par l’église de Gisors, ville où elle a grandi. Ce projet, mûri pendant près de dix ans, a été déclenché par une vision, celle d’un cheval dans l’église de Gisors, qui lui a donné l’impulsion pour se lancer.
Le principal défi de la série était de trouver la juste place pour la figure humaine au sein d’architectures monumentales et écrasantes. Estelle Lagarde y explore des thèmes qui lui sont chers, comme le passage du temps, la transparence et la lumière, symboles d’une spiritualité intérieure.
Entre permanence et fragilité
Si le projet a été réalisé entre 2013 et 2016, son origine remonte à un événement intime et douloureux survenu en 2004 : la perte de l’homme qu’elle aimait. C’est à ce moment, dans une église, qu’elle a pris conscience de la fragilité de l’existence humaine face à la permanence des lieux qui traversent les siècles. « On est des petits êtres humains éphémères, on se croit immortel quand on est vivant. En réalité, on est peu de choses », confie-t-elle. Cette prise de conscience est le véritable point de départ de sa quête photographique, une exploration de la tension entre notre finitude et la force des constructions humaines.
Se déclarant athée, Estelle Lagarde aborde ces lieux non pas sous un angle religieux, mais pour leur silence, leur énergie et leur histoire. L’usage du latin pour les titres de ses œuvres n’est pas anodin : il vise à rappeler nos racines, à ajouter une part de mystère et à entrer en résonance avec le passé. Une démarche qui, selon elle, a trouvé un écho inattendu dans l’émotion collective suscitée par l’incendie de Notre-Dame de Paris.
Les références de l’épisode
- Séries photographiques : « Anima Lapidum, l’âme des pierres », « Au Château »
- Lieux cités : Hôtel de Sauroy (Paris), Église de Tarnac (Corrèze), Cathédrale de Rouen, Église de Gisors, Cathédrale du Mans, Cathédrale Notre-Dame de Paris
- Personnes citées : Dante
- Œuvres citées : « La Divine Comédie »
Au fil de l’épisode
- Présentation de l’exposition à l’Hôtel de Sauroy et des deux séries exposées, « Anima Lapidum » et « Au Château ».
- Le « Tour de France » des églises et cathédrales qui ont servi de décor à ses photographies.
- Le choix de lieux familiers, comme l’église de son enfance à Gisors ou la cathédrale du Mans, découverte lors d’une précédente exposition.
- La longue genèse du projet, un désir mûri pendant près de dix ans avant sa réalisation.
- Le défi créatif d’intégrer la figure humaine dans des architectures monumentales.
- Les thèmes récurrents de son travail : le temps, le passage, la transparence et la lumière spirituelle.
- L’origine personnelle et intime de la série, liée à une prise de conscience sur la mort et la finitude en 2004.
- La dualité entre la permanence des édifices en pierre et le caractère éphémère de l’existence humaine.
- Le choix du latin pour les titres, entre esthétique, résonance historique et volonté d’ajouter du mystère.
- Sa réaction à l’incendie de Notre-Dame, qui a révélé l’attachement collectif à ce patrimoine.
- Son rapport personnel aux églises en tant qu’athée, appréciant leur silence, leur force et leur atmosphère.
- La réflexion sur l’ambivalence de l’être humain, à la fois fragile individuellement et capable de constructions extraordinaires collectivement.
FAQ
Qui est Estelle Lagarde ?
Estelle Lagarde est une photographe française, également architecte de formation. Son travail se caractérise par des mises en scène soignées qui explorent des thèmes comme le temps, la mémoire, la fragilité humaine et la spiritualité. Elle investit des lieux chargés d’histoire, notamment des édifices sacrés, pour y créer des images poétiques et anachroniques qui interrogent notre condition face à la permanence des lieux.
Quelle est l’origine de la série « Anima Lapidum » ?
La série « Anima Lapidum » (« L’âme des pierres ») trouve son origine dans une expérience personnelle vécue par Estelle Lagarde en 2004. Lors des funérailles d’un proche, elle a ressenti avec une force nouvelle le contraste entre la fragilité de la vie humaine et l’imposante permanence de l’église. Ce désir de travailler sur ce thème a mûri pendant près de dix ans avant de se concrétiser dans une série de photographies réalisées entre 2013 et 2016.
Pourquoi Estelle Lagarde photographie-t-elle dans des églises ?
Bien qu’elle se déclare athée, Estelle Lagarde est attirée par les églises et les cathédrales pour leur puissance évocatrice. Elle apprécie leur silence, leur fraîcheur, leur odeur et l’énergie accumulée au fil des siècles. Pour elle, ces lieux ne sont pas seulement des espaces de culte, mais des témoins de l’histoire et de la capacité humaine à construire. Ils lui offrent un cadre idéal pour explorer la spiritualité au-delà de la religion et mettre en scène la condition humaine.
Pourquoi les titres de ses photos sont-ils en latin ?
Estelle Lagarde choisit des titres en latin pour plusieurs raisons. D’abord, pour la beauté et la consonance de cette langue qu’elle considère comme une de nos racines. Ensuite, parce que le latin, en tant que langue morte, ajoute une couche de mystère et de distance temporelle à ses images. Ce choix entre en résonance avec l’histoire des lieux qu’elle photographie et renforce la dimension sacrée et intemporelle de son travail.
