Un regard croisé sur le Brexit
Installé en France depuis une vingtaine d’années, le photographe franco-britannique Ed Alcock porte un regard singulier sur son pays d’origine. Avec sa série Home sweet home, il a voulu dresser un portrait de l’Angleterre au moment du vote historique sur le Brexit. Sa démarche consiste à juxtaposer ses propres images, souvent réalisées lors de reportages pour le journal Le Monde, avec un livre des années 1950 qui présentait l’Angleterre aux Français. Ce dialogue à 65 ans d’intervalle révèle d’étonnantes résonances, notamment sur l’imaginaire de la guerre, omniprésent dans la campagne pour quitter l’Union européenne.
Cette imagerie, du Spitfire à « l’esprit de Dunkerque », a été un moteur de la campagne du Brexit, alors même qu’elle avait été l’une des raisons de créer l’Europe. Face à la situation actuelle, Ed Alcock la qualifie de « pièce de théâtre assez comique », oscillant entre Shakespeare et les Monty Python, avec une préférence pour l’humour de ces derniers.
Mes ancêtres et les Gaulois
Ed Alcock évoque une autre facette de son travail sur l’identité avec sa série Mes ancêtres et les Gaulois. Il s’agit d’une série de portraits de sa famille, de lui-même jusqu’à ses arrière-arrière-grands-parents, sur lesquels il superpose des textes d’Ernest Renan et d’Ernest Lavisse. Ces textes, issus du célèbre « petit Lavis », ont longtemps enseigné aux écoliers français que leurs ancêtres étaient les Gaulois, condition implicite pour être un « vrai Français ».
À travers ce projet, l’artiste interroge avec finesse et une pointe d’ironie son propre parcours vers la nationalité française. « J’en ai pas. J’en avais a priori besoin pour devenir français. Et j’ai réussi quand même à devenir français sans ancêtres gaulois », conclut-il.
Les références de l’épisode
- Home sweet home : série photographique d’Ed Alcock sur le Brexit.
- Mes ancêtres et les Gaulois : série photographique d’Ed Alcock sur l’identité.
- Festival Circulation(s) : festival parisien dédié à la jeune photographie européenne.
- Le CENTQUATRE : lieu d’exposition à Paris où la série était présentée.
- Collection England : livre des années 1950 sur l’Angleterre, utilisé par l’artiste.
- Le Monde : journal pour lequel Ed Alcock a réalisé des reportages en Angleterre.
- Personnes citées : Winston Churchill, Ernest Renan, Ernest Lavisse.
- Œuvres et figures culturelles : Shakespeare, les Monty Python.
- Références historiques : le Spitfire, l’esprit de Dunkerque, le Blitz.
Au fil de l’épisode
- La genèse du projet « Home sweet home » : dresser un portrait de l’Angleterre au moment du vote sur le Brexit.
- Le dialogue entre ses photographies contemporaines et un livre sur l’Angleterre des années 1950.
- L’omniprésence de l’imagerie de guerre (Spitfire, Dunkerque, le Blitz) dans la campagne du Brexit.
- Sa vision de la situation politique anglaise, entre une pièce de Shakespeare et un sketch des Monty Python.
- Présentation de sa seconde série, « Mes ancêtres et les Gaulois », sur l’identité et la nationalité.
- La déconstruction du mythe des « ancêtres gaulois » à travers son histoire familiale et sa naturalisation.
FAQ
Qui est Ed Alcock ?
Ed Alcock est un photographe franco-britannique. Installé en France depuis une vingtaine d’années, son travail explore notamment les thèmes de l’identité et des mutations de son pays d’origine, l’Angleterre. Dans cet épisode, il présente sa série « Home sweet home » sur le Brexit, exposée au festival Circulation(s), ainsi qu’un projet plus personnel intitulé « Mes ancêtres et les Gaulois » sur son rapport à la nationalité française.
Quelle est la démarche de sa série « Home sweet home » ?
Cette série dresse un portrait de l’Angleterre au moment du vote sur le Brexit. Ed Alcock juxtapose ses propres photographies documentaires, réalisées notamment pour le journal Le Monde, avec les textes et images d’un livre des années 1950. Ce regard croisé met en lumière les résonances entre l’imaginaire de l’après-guerre, qui a vu naître l’Union européenne, et celui mobilisé par les partisans du Brexit.
Pourquoi Ed Alcock mentionne-t-il les Monty Python ?
Interrogé sur la situation politique de l’Angleterre, tiraillée par le Brexit, Ed Alcock la décrit comme une « pièce de théâtre assez comique ». Il estime qu’elle se situe entre une tragédie de Shakespeare et un sketch des Monty Python, précisant qu’il est toujours préférable de pencher du côté de l’humour des Monty Python pour garder une certaine distance face aux événements.
En quoi consiste sa série « Mes ancêtres et les Gaulois » ?
Il s’agit d’une série de portraits de famille, de lui-même à ses arrière-arrière-grands-parents. Sur ces images, il superpose des extraits de textes historiques, notamment du « petit Lavis », qui enseignait aux écoliers français que leurs ancêtres étaient les Gaulois. C’est une manière pour lui d’interroger avec humour son propre parcours pour devenir français, lui qui n’a pas d’ancêtres gaulois.
