Un festival à l’écoute de l’émergence
Carine Dolek, membre du comité artistique de Circulation(s), explique ce qui fait la singularité de ce festival parisien : son dévouement à la photographie européenne émergente. L’émergence, précise-t-elle, n’est pas une question d’âge mais de pratique. L’objectif est de sortir des sentiers battus pour découvrir des artistes que l’on ne voit pas ailleurs. Le festival repose sur une structure horizontale et une forte implication de bénévoles, avec un comité d’une vingtaine de personnes aux regards et sensibilités variés. Ce fonctionnement collégial, bien que parfois complexe, garantit la pluralité et la richesse de la sélection finale, fruit de débats et de coups de cœur partagés.
« La recherche de ce festival, c’est de ne pas être vertical mais d’avoir un véritable cloud de personnalité qui fait qu’on avance un petit peu de façon imprévisible et créative. »
Corps contraints, corps matières
Carine Dolek présente deux photographes dont elle a soutenu le travail. D’abord, la géorgienne Dina Oganova, qui documente la tradition de l’enlèvement rituel, une forme de mariage forcé qui transforme une adolescente en épouse en une nuit. Son travail explore l’abandon et la solitude de ces jeunes femmes, mais aussi la construction de la masculinité, où la violence devient une norme sociale. C’est un sujet qui, selon Carine Dolek, interroge l’équilibre de toute une société aux portes de l’Europe.
Ensuite, elle évoque l’artiste britannique Chloe Rosser, qui explore la plasticité du corps. En photographiant des modèles de tous âges et origines dans des postures sculpturales qui effacent le visage et les identités, elle transforme la chair en une matière première. Ce travail, qui n’est pas sans rappeler la peinture de Francis Bacon, interroge notre rapport à l’identité et à ce qui nous définit au-delà des apparences.
Les références de l’épisode
- Festival Circulation(s)
- Dina Oganova
- Chloe Rosser
- Francis Bacon
- Galerie Gloran Noble
- Festival de photographie de Tbilissi (retranscrit comme « Colga »)
Au fil de l’épisode
- Les spécificités du festival Circulation(s) : un regard sur la photographie européenne émergente.
- Un fonctionnement horizontal et collectif basé sur le bénévolat et une vingtaine de regards différents.
- La découverte du travail de Dina Oganova sur les enlèvements rituels et les mariages forcés en Géorgie.
- Analyse d’une pratique sociale qui questionne la place des femmes et la construction de la masculinité.
- Présentation de l’approche de Chloe Rosser, qui photographie le corps comme une matière sculpturale.
- La déconstruction des marqueurs d’identité (âge, genre, origine) dans les œuvres de Chloe Rosser.
- L’influence de la peinture, notamment de Francis Bacon, sur le travail de la photographe britannique.
FAQ
Qui est Carine Dolek ?
Carine Dolek est membre du comité artistique du festival de photographie Circulation(s). Dans cet épisode, elle partage sa vision de l’événement, dédié à la jeune photographie européenne. Elle explique le processus de sélection collectif et la volonté de mettre en lumière des artistes et des pratiques photographiques émergentes, en dehors des circuits établis.
Qu’est-ce que le festival Circulation(s) ?
Circulation(s) est un festival parisien consacré à la jeune photographie européenne. Selon Carine Dolek, sa spécificité est de se concentrer sur l’émergence en tant que pratique artistique plutôt qu’en tant que critère d’âge. Le festival fonctionne de manière horizontale et collégiale, avec une équipe de bénévoles et un comité artistique qui sélectionnent ensemble les photographes exposés.
Quel est le sujet du travail de la photographe Dina Oganova ?
La photographe géorgienne Dina Oganova documente la pratique de l’enlèvement rituel dans son pays, une forme de mariage forcé. Son travail, présenté par Carine Dolek, explore la solitude et l’abandon des jeunes femmes victimes de cette tradition, mais aussi la manière dont cette violence est intégrée comme une norme dans la construction de l’identité masculine.
Comment la photographe Chloe Rosser aborde-t-elle le corps ?
L’artiste britannique Chloe Rosser travaille sur la plasticité des corps. Elle photographie des modèles dans des postures sculpturales qui masquent leur visage et leurs traits identifiables. En faisant cela, elle transforme le corps en une matière première, une sorte de « chair matière », interrogeant ce qui nous définit au-delà de notre âge, notre genre ou notre couleur de peau.
