Une galerie pionnière au Maghreb
Nathalie Locatelli raconte la naissance de son projet, la galerie 127, ouverte à Marrakech en 2006. En arrivant au Maroc en 1997, elle est surprise de ne voir aucune photographie exposée, alors qu’elle connaît la richesse des œuvres produites sur ce territoire par de grands photographes internationaux, notamment via son livre de chevet, « Le désir du Maroc ». En 2005, elle décide de quitter Paris pour lancer ce qui deviendra la première galerie photo du Maghreb, et l’une des trois seules du continent africain à l’époque. Son intention première est alors de faire revenir ces images au Maroc et de les montrer au public.
Les premières expositions sont consacrées à des grands noms comme Tony Catani, Gérard Rondeau, Bernard Faucon ou Bernard Descamps. Au-delà de montrer leur travail sur le Maroc, Nathalie Locatelli mène un travail de pédagogie pour familiariser le public avec le médium photographique : ce qu’est un tirage argentique, un tirage numérique, un polaroïd. L’aventure de la galerie 127 commence ainsi, comme un pont entre la photographie internationale et un pays qui en était alors presque dépourvu.
Faire émerger la scène marocaine
Rapidement, Nathalie Locatelli s’intéresse à la création contemporaine locale et découvre des photographes marocains talentueux mais invisibles, faute de moyens de production. Les laboratoires photo ayant quasiment disparu avec l’arrivée du numérique, il est impossible de réaliser des tirages de qualité sur place. Elle met alors en place un système complexe, faisant développer les œuvres en France, rapportant les épreuves aux artistes pour validation avant de produire les tirages finaux. C’est ainsi qu’elle commence à accompagner et exposer des photographes marocains, un processus qui perdure aujourd’hui face au manque persistant d’infrastructures techniques.
Avec près de 70 expositions à son actif, elle s’investit pleinement dans le soutien de la jeune génération, comme avec le photographe Hicham Gardaf, qu’elle pousse à se former aux techniques de tirage en laboratoire. Son engagement s’étend au-delà des murs de sa galerie : elle co-crée un festival de photographie à Essaouira et assure le commissariat d’expositions pour des institutions comme l’Institut français, mettant en lumière des figures majeures comme Daouda Oulatziad, le premier photographe-auteur marocain. Face à un écosystème artistique encore fragile, elle réfléchit à réinventer les modèles de la galerie et du musée pour les adapter aux réalités culturelles marocaines.
Les références de l’épisode
- Bernard Descamps, photographe
- Bernard Faucon, photographe
- Biennale de la photographie arabe
- Cité des Arts
- Daouda Oulatziad, photographe et cinéaste
- Fatima Masmouz, artiste
- Festival de la photographie d’Essaouira
- Festival de Pierre Vert
- Fondation des musées au Maroc
- Galerie 127 (Marrakech)
- Gérard Rondeau, photographe
- Hicham Gardaf, photographe
- Institut français
- Jacques Lang
- La Belle de Mai (Marseille)
- « Le désir du Maroc », livre
- Maison européenne de la photographie (MEP)
- Médicotby
- Michel Morin, photographe
- Safa Masir, artiste
- Stéphane Kosman
- Tony Catani, photographe
Au fil de l’épisode
- La création de la galerie 127 en 2006, une initiative pionnière au Maroc et dans tout le Maghreb.
- L’objectif initial : exposer au Maroc les œuvres de grands photographes étrangers inspirés par le pays.
- La découverte d’une scène photographique marocaine existante mais invisible, faute de structures.
- Le défi majeur de l’absence de laboratoires pour réaliser des tirages argentiques ou numériques de qualité.
- L’accompagnement de jeunes photographes comme Hicham Gardaf, de la production des œuvres à leur exposition.
- La diversification de ses activités : co-création d’un festival à Essaouira et commissariat d’expositions.
- La réflexion sur la nécessité d’adapter les modèles occidentaux de la galerie et du musée au contexte marocain.
- La place importante et l’audace des femmes artistes dans la scène photographique contemporaine au Maroc.
FAQ
Qui est Nathalie Locatelli ?
Nathalie Locatelli est une galeriste française installée au Maroc. En 2006, elle a fondé la galerie 127 à Marrakech, qui fut la toute première galerie entièrement dédiée à la photographie dans tout le Maghreb. Elle joue depuis un rôle central dans le développement de la scène photographique marocaine, en exposant des artistes internationaux et en découvrant, produisant et soutenant les photographes locaux.
Pourquoi la galerie 127 est-elle importante ?
La galerie 127 est un lieu pionnier. À son ouverture en 2006, elle était la seule galerie de photographie du Maghreb et l’une des trois seules sur tout le continent africain. Elle a permis de montrer pour la première fois au Maroc des œuvres de grands photographes internationaux et a joué un rôle décisif pour faire émerger et structurer une scène photographique locale en l’absence de toute autre institution.
Quels sont les défis pour les photographes au Maroc ?
Selon Nathalie Locatelli, les photographes au Maroc font face à un manque structurel majeur. Il n’existe quasiment pas de laboratoires professionnels pour réaliser des tirages, ni en argentique ni en numérique. L’écosystème artistique est également fragile, avec peu de musées s’intéressant à la photo, de critiques d’art ou de collectionneurs, ce qui rend la production et la diffusion de leur travail très compliquées.
Quels photographes sont mentionnés dans l’épisode ?
Nathalie Locatelli cite plusieurs photographes qu’elle a exposés. Elle a commencé avec des grands noms internationaux comme Tony Catani, Gérard Rondeau ou Bernard Faucon. Elle évoque ensuite son travail avec des artistes marocains, notamment Daouda Oulatziad, considéré comme le premier photographe-auteur du pays, et Hicham Gardaf, un jeune photographe qu’elle accompagne de près.
