Un détour vers l’essentiel
La photographie n’a pas été une évidence immédiate pour Olivier Remualdo. Après des études de commerce et de géographie, c’est à 26 ans que ce rêve d’enfant refait surface, le poussant à partir deux mois en Inde, sac au dos. Ce premier voyage, qui durera finalement six mois, commence par une expérience de volontariat marquante à Dharamsala, où il enseigne le français à des réfugiés tibétains. Cette mission, qu’il a failli abandonner dès le premier jour, lui apprend l’importance de donner de son temps et de s’adapter aux besoins réels de l’autre, bien au-delà des schémas préconçus.
C’est ensuite à Bénarès que son « histoire d’amour » avec l’Inde commence véritablement. Équipé d’un Leica M6, il parcourt le pays et rapporte des images qu’il osera exposer à son retour, marquant le début de sa nouvelle vie de photographe.
Les renonçants de l’Inde moderne
Au cœur de sa quête indienne se trouvent les sadhûs, ces « saints hommes » qui renoncent au monde et à ses attaches matérielles. Olivier Remualdo explique que ces moines errants, ermites ou vivant en communauté, suivent un maître spirituel, le gourou, un terme qui, contrairement à sa connotation en Occident, désigne simplement un guide. Cette tradition est si ancienne qu’Alexandre le Grand les avait déjà rencontrés, les nommant les « gymnosophes », les philosophes nus. Dans une Inde contemporaine pleine de contradictions, où les meilleurs informaticiens côtoient des modes de vie quasi médiévaux, la perception des sadhûs est tout aussi variée : certains sont vénérés et leur bénédiction, le darshan, est recherchée, tandis que d’autres sont devenus des figures folkloriques.
Le photographe souligne les paradoxes de cette vie de renoncement, illustrés par l’adoption du téléphone portable par de nombreux sadhûs. Loin d’être une contradiction, cet outil leur permet de rester connectés, d’écouter des mantras ou de photographier les temples visités lors de leurs longs pèlerinages.
Mettre un visage sur une promesse
Le projet de son livre, « Sadhu », est né d’une promesse : celle de devenir le porte-parole de ces hommes et de raconter leurs histoires en France, loin des clichés. Pour réaliser ses portraits, Olivier Remualdo a développé une approche singulière. Il installe un studio de fortune sur son lieu de rencontre, avec un simple fond en tissu, et travaille en lumière naturelle. Il prend le temps d’expliquer sa démarche, en hindi, pour créer un lien de confiance. Chaque séance photo est accompagnée d’une interview où il recueille des bribes de vie, des noms, des lignées, même si beaucoup de sadhûs affirment ne pas avoir de passé, puisqu’ils sont symboliquement « morts au monde ».
Ce travail de longue haleine, qui a nécessité plusieurs voyages et plus de deux ans pour voir le jour sous forme de livre auto-édité, est jalonné d’anecdotes fortes. Il raconte notamment ses rencontres successives et fortuites avec le sadhû Dara Mpuri Maharaj, ou l’histoire de Bavna, une femme d’affaires à la tête d’une entreprise de 350 employés qui mène en parallèle une vie d’ascète. « Le plus important, ce n’est pas le but, c’est le chemin », conclut-il.
Les références de l’épisode
- Personnes : Alexandre le Grand.
- Lieux : Inde, Nice, Paris, Delhi, Dharamsala, Bénarès, Rajasthan, Népal, Bangalore, Bombay, Himalaya, Gange, Yamuna.
- Groupes et communautés : Sadhûs, Sannyasins, Nagasadous, Agoris.
- Œuvres et textes : Le livre « Sadhu » d’Olivier Remualdo, le Mahabharata.
- Concepts spirituels : Hindouisme, Darshan, Gourou, Chela, Moksha, Maya, Karma, Mantra, Mudra.
- Divinités : Sarasvati.
- Événements : Mahakumbh Mela.
- Marques et matériel : Leica M6.
Au fil de l’épisode
- Le parcours d’Olivier Remualdo : des études de commerce à la photographie.
- Le premier voyage en Inde et l’expérience de volontariat à Dharamsala auprès de réfugiés tibétains.
- La découverte de Bénarès, véritable point de départ de sa passion pour le pays.
- Sa fascination pour la culture indienne, sa complexité et ses contradictions.
- Qui sont les sadhûs ? Définition et histoire de ces renonçants.
- La place des sadhûs dans l’Inde contemporaine, entre tradition et modernité.
- Le renoncement au monde matériel et le paradoxe du téléphone portable.
- Les pèlerinages extrêmes, comme celui des sources du Gange, et la foi des pèlerins.
- L’acceptation du changement comme l’une des clés du bonheur.
- La genèse de son livre « Sadhu » : une promesse faite aux hommes rencontrés.
- Le processus photographique : un studio improvisé pour des portraits intimes.
- Récits de rencontres : l’étonnante histoire de Bavna, la femme d’affaires sannyasine.
- La philosophie du chemin : « le plus important, ce n’est pas le but ».
FAQ
Qui est Olivier Remualdo ?
Olivier Remualdo est un photographe autodidacte originaire de Nice, passionné par l’Inde où il voyage depuis 2004. Il a consacré plusieurs années à un projet photographique sur les sadhûs, qui a abouti à la publication de son livre « Sadhu ». Avant de se tourner vers la photographie, il a suivi des études de commerce et de géographie et a notamment travaillé dans l’hôtellerie saisonnière.
Qu’est-ce qu’un sadhû ?
Un sadhû est un « saint homme » ou un « homme de bien » dans l’hindouisme. Ce sont des ascètes qui renoncent à la société et aux biens matériels pour se consacrer à une quête spirituelle. Ils vivent souvent en errance, de dons, ou dans des ashrams. Pour devenir sadhû, un disciple (chela) suit l’enseignement d’un maître (gourou) et meurt symboliquement à sa vie passée.
Pourquoi Olivier Remualdo a-t-il réalisé un livre sur les sadhûs ?
Son livre « Sadhu » est né d’une promesse faite aux hommes qu’il a photographiés. Il souhaitait être leur porte-parole en France et montrer une facette plus intime et humaine de leur vie, loin des clichés folkloriques. Le projet, qui a duré plusieurs années, est une collection de plus de 110 portraits et d’histoires recueillies lors de ses voyages, notamment à Bénarès et pendant la Mahakumbh Mela.
Comment les sadhûs sont-ils perçus dans l’Inde d’aujourd’hui ?
La perception est très variée. Dans un pays de fortes contradictions, les sadhûs sont à la fois vénérés par une partie de la population qui recherche leur bénédiction (le darshan), et vus comme une curiosité folklorique par d’autres. Bien qu’ils renoncent au monde matériel, beaucoup se sont adaptés à la modernité, utilisant par exemple des téléphones portables pour écouter de la musique ou photographier des temples.
