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Sylvain Tesson, l’écrivain voyageur

Écrivain et voyageur, Sylvain Tesson est l'invité d'Alexandre Sattler. Il revient sur son premier grand périple, un tour du monde à vélo d'un an avec son ami Alexandre Poussin, qui donnera naissance à son premier livre. Il partage sa philosophie du mouvement, qu'il juge nécessaire à son inspiration, et son attrait pour les paysages dépeuplés et le monde sauvage, loin des hommes. Cet entretien est aussi l'occasion pour lui d'exprimer son regard critique sur notre époque, qu'il juge asservie à la technique, et de commenter certaines de ses phrases les plus célèbres.

le mouvement perpétuel, la beauté du sauvage et le refuge de la poésie

Les premiers voyages

Sylvain Tesson raconte son tout premier voyage marquant : un tour du monde à vélo en 1993, à l’âge de 21 ans, en compagnie de son camarade Alexandre Poussin. Une aventure d’un an à travers une trentaine de pays, motivée non par un projet d’écriture ou une quête de l’autre, mais par une simple « volonté de vivre dans le mouvement, une vie de liberté ». C’est à l’issue de ce périple, grâce aux notes prises quotidiennement, qu’ils écriront leur premier récit, On a roulé sur la Terre, publié grâce à une rencontre avec l’éditeur Robert Laffont. Il évoque également une autre aventure fondatrice avec le même compagnon de route : une traversée de l’Himalaya à pied, du Bhoutan à l’Afghanistan, qui donnera le livre On a marché dans le ciel.

Pour lui, le mouvement est une source d’inspiration indispensable. « Je ne suis pas du tout un écrivain de l’imagination », confie-t-il, se définissant plutôt comme un journaliste qui raconte ce qu’il a vu. Il avoue une nette préférence pour les paysages et tout ce qui n’est pas humain, trouvant dans la nature, les animaux ou l’art les seules traces qui rachètent « l’absurdité de notre passage sur Terre ».

Un regard sur le monde

L’écrivain partage son besoin de se confronter à la nature et au silence, loin du monde des hommes. Il décrit le plaisir d’une escalade sous la pluie sur les parois du Baou de Saint-Jeannet, contemplant le littoral niçois surpeuplé depuis un refuge de solitude. Cette quête de mouvement perpétuel est cependant, selon lui, une « maladie », une « valse triste » qui empêche de construire et de s’enraciner, alors même qu’il admire par-dessus tout les formes de fixité comme l’architecture ou les civilisations. Son séjour de six mois dans une cabane en Sibérie n’était d’ailleurs qu’une « immobilité de façade », un refuge d’où il partait chaque jour en randonnée.

Sylvain Tesson porte un regard sévère sur son époque, qu’il « abomine ». Il dénonce un « asservissement technique », une soumission totale aux machines et aux objets qui a fait perdre à l’humanité le sens de la beauté, de la liberté et de la douceur de vivre. Il rejette fermement la « théorie du colibri » popularisée par Pierre Rabhi, lui opposant une vision de l’histoire où les grands changements sont l’œuvre d’une poignée de génies, citant en exemple le discours de Churchill aux pilotes de la Royal Air Force en 1941.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Alexandre Poussin, Robert Laffont, Rainer Maria Rilke, Ernst Jünger, Pierre Rabhi, Winston Churchill, Raoni.
  • Œuvres de Sylvain Tesson : On a roulé sur la Terre, On a marché dans le ciel, Dans les forêts de Sibérie, Une vie à coucher dehors.
  • Lieux : Sibérie, lac Baïkal, Bhoutan, Afghanistan, Baou de Saint-Jeannet (région niçoise).
  • Organisations : Royal Air Force.
  • Prix littéraires : Prix Médicis, Prix Goncourt de la nouvelle.

Au fil de l’épisode

  • Le premier grand voyage de Sylvain Tesson : un tour du monde à vélo en 1993 avec Alexandre Poussin.
  • La motivation du départ : une quête de liberté et de mouvement, loin des paysages peuplés.
  • La naissance du premier livre, On a roulé sur la Terre, à partir des carnets de notes du voyage.
  • La traversée de l’Himalaya à pied, une aventure qui mêlait itinéraire et imprévus.
  • Pourquoi le mouvement est essentiel à son processus d’écriture.
  • Sa préférence pour les paysages, les animaux et l’art, seules traces humaines qui trouvent grâce à ses yeux.
  • Le besoin de se retirer dans le silence et les grands espaces, comme lors d’une escalade près de Nice.
  • Le paradoxe d’un homme en mouvement perpétuel qui admire plus que tout la fixité des civilisations.
  • Son séjour de six mois dans une cabane en Sibérie, une « immobilité de façade ».
  • Le sens du voyage aujourd’hui, sur une planète où il faut « dire pardon parce qu’on bouscule tout le monde ».
  • Son refus de la culpabilisation du voyageur moderne.
  • Son conseil à un jeune lecteur : « Émerveillez-vous, partez, marchez et allez lire de la poésie dans les bois. »
  • Comment lui viennent ses idées de voyage, souvent par contradiction ou au gré de ses lectures.
  • Sa critique de la « théorie du colibri » de Pierre Rabhi.
  • Sa vision de l’histoire, inspirée par Churchill : les grands changements sont l’œuvre d’une minorité.
  • Explication de sa phrase : « La France est un paradis rempli de gens qui se croient en enfer. »
  • Le sens de la « cabane au fond des bois » comme refuge physique ou spirituel.
  • Son dégoût pour l’époque actuelle, marquée par l’« asservissement technique » et la perte du sens de la beauté.
  • L’impossibilité, selon lui, pour nos sociétés de masse d’entendre le message des peuples premiers.

FAQ

Qui est Sylvain Tesson ?

Sylvain Tesson est un écrivain et voyageur français, géographe de formation. Il est connu pour ses nombreux récits de voyage inspirés par ses expéditions. Son premier grand périple fut un tour du monde à vélo en 1993-1994. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont le prix Médicis pour son récit autobiographique Dans les forêts de Sibérie et le prix Goncourt de la nouvelle pour Une vie à coucher dehors.

Quel a été le premier grand voyage de Sylvain Tesson ?

Son premier grand voyage a été un tour du monde à bicyclette, réalisé en 1993 avec son ami Alexandre Poussin. Partis sans projet d’écriture, ils ont traversé une trentaine de pays pendant un an. L’expérience a donné naissance à leur premier livre, On a roulé sur la Terre, écrit à partir des notes qu’ils avaient prises quotidiennement dans leurs carnets.

Pourquoi Sylvain Tesson préfère-t-il les paysages aux rencontres humaines ?

Sylvain Tesson explique que ce qui l’attire dans le voyage, c’est tout ce qui n’est pas humain : les paysages, la minéralogie, les animaux, les végétaux. Il considère qu’il y a une forme de narcissisme dans l’altruisme et préfère se tourner vers des mondes intouchés. Pour lui, la seule trace humaine qui vaille est l’art, qui peut racheter les erreurs commises par l’humanité.

Que pense Sylvain Tesson de notre époque moderne ?

Il exprime un profond dégoût pour l’époque actuelle, qu’il qualifie d’« asservissement technique ». Il dénonce la soumission totale de l’homme aux machines, aux objets et au confort, au détriment de la liberté, du charme et de la beauté. Selon lui, la préoccupation pour la beauté de la forme du monde a totalement disparu, laissant place à une prolifération de laideur.

Comment Sylvain Tesson conçoit-il le voyage aujourd’hui ?

Face à une planète de plus en plus peuplée où les zones sauvages se rétrécissent, il estime que le voyageur doit plus que jamais faire preuve d’imagination pour créer des parcours et des aventures qui ont du sens. Il pense que la littérature de voyage a encore tout son avenir, car même si l’on retourne aux mêmes endroits, l’important est de savoir le raconter différemment.

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