Le dessin, un sésame pour la rencontre
Stéphanie Ledoux se décrit comme porteuse de deux « virus » : le dessin, qu’elle pratique de manière compulsive depuis l’enfance, et le voyage, découvert à l’adolescence avec ses parents. C’est tout naturellement qu’elle a commencé à tenir des journaux de bord, d’abord textuels, puis de plus en plus enrichis de collages et d’illustrations. Après des études en biologie et agronomie et quelques années de salariat frustrantes, elle décide de tout plaquer pour se consacrer entièrement à ses deux passions. Un voyage de trois mois en Asie du Sud-Est en 2009, avec un coup de cœur pour la Birmanie, marque un tournant : elle réalise que le dessin est un formidable outil pour créer du lien.
Contrairement à la photographie, qui peut être rapide et distante, dessiner un portrait crée une interaction unique. « À chaque fois que j’avais un face-à-face avec un habitant du pays, il y avait des gens qui s’agglutinaient », explique-t-elle. Cette pratique provoque des rires, de l’étonnement, et même des invitations. C’est cette dimension humaine qui la pousse à privilégier le portrait au paysage, transformant chaque séance en un moment de partage et de découverte mutuelle.
Une vie de carnettiste
Au fil des voyages, cette pratique personnelle est devenue une activité professionnelle polymorphe. Stéphanie Ledoux ne se contente pas de remplir ses carnets ; elle réalise aussi des tableaux plus grands à son retour en atelier, en y intégrant des matériaux locaux comme du sable ou de vieux papiers. L’une de ses rencontres les plus marquantes a eu lieu à Madagascar avec une petite fille de deux ans, Jany. Touchée par son visage, elle la dessine et en fait un grand tableau. Deux ans plus tard, de retour sur place, elle retrouve la mère de l’enfant, émue aux larmes, et tisse un lien qui perdure des années après. « Tout ça grâce au dessin finalement », confie-t-elle.
Son talent lui a ouvert les portes de l’édition sans même qu’elle ait à démarcher. Un éditeur de la maison Élitis, spécialisée dans les livres d’art et de voyage, a repéré son travail lors du festival de Clermont-Ferrand et lui a proposé de publier un premier ouvrage. Pour ceux qui rêveraient de suivre sa voie, elle confirme que c’est possible, à condition d’un engagement total : « Je ne fais pas grand-chose d’autre que voyager et dessiner, mais bon, je trouve mon compte puisque c’est ma passion. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Stéphanie Ledoux
- Lieux : Guyane, Polynésie française, Asie du Sud-Est, Birmanie, Éthiopie, Madagascar (Antirabé), Zanskar, Bhutan, Yémen, Vanuatu, Namibie, Kenya, Istanbul, Indonésie
- Événements et institutions : Le Grand Bivouac d’Albertville, le festival de voyage de Clermont-Ferrand, Élitis (éditeur)
- Peuples : les Imbas (Himba)
Au fil de l’épisode
- La combinaison de ses deux « virus » : le dessin depuis l’enfance et le voyage.
- Ses débuts avec les journaux de bord familiaux, qui se sont peu à peu transformés en carnets illustrés.
- Le voyage en Birmanie en 2009, un déclic sur le pouvoir du dessin pour créer des rencontres.
- Pourquoi elle préfère dessiner des portraits humains plutôt que des paysages : l’interaction et le lien social.
- Les réactions variées des personnes qu’elle dessine, de la timidité à l’accusation de sorcellerie en Éthiopie.
- Comment elle a transformé sa passion en un métier, sans l’avoir initialement prévu.
- Sa manière de voyager : en indépendante, style « routard », mais rarement seule pour des raisons de sécurité et de partage.
- L’histoire touchante de Jany, une petite fille malgache dessinée à deux ans, qu’elle a retrouvée et avec qui elle entretient un lien à distance.
- La publication de son premier livre, fruit d’une rencontre avec un éditeur au festival de Clermont-Ferrand.
- Son conseil à ceux qui voudraient vivre de leur passion : c’est possible, mais cela demande un investissement en temps quasi total.
- La gestion des aspects moins glamour de son activité : comptabilité, factures, et une « phobie administrative ».
- L’anecdote du peuple Imba en Namibie, qui a baptisé ses dessins « photo à la main ».
- Sa méthode : des portraits rapides sur le vif (environ un quart d’heure), et un travail plus approfondi en atelier à son retour.
- Le choix d’offrir ou de garder ses dessins selon la réaction et le contexte culturel des personnes rencontrées.
FAQ
Qui est Stéphanie Ledoux ?
Stéphanie Ledoux est une artiste, illustratrice et globe-trotteuse française. Elle est ce qu’on appelle une « carnettiste » : elle voyage à travers le monde avec ses carnets et son matériel de dessin pour aller à la rencontre des peuples. Elle utilise le portrait comme un moyen de briser la glace et de créer un lien authentique, au-delà des barrières linguistiques. Elle a fait de cette passion pour le dessin et le voyage son activité professionnelle.
Comment Stéphanie Ledoux a-t-elle commencé à dessiner en voyage ?
Elle dessine depuis son enfance et a commencé à voyager à l’adolescence avec ses parents. C’est à cette période qu’elle a pris l’habitude de tenir des journaux de bord. Initialement centrés sur le texte, ses carnets se sont progressivement enrichis de collages et de dessins. Après des études qui ne la satisfaisaient pas, elle a décidé de se consacrer pleinement à ces deux passions, qui sont devenues le cœur de sa vie et de son métier.
Pourquoi dessine-t-elle principalement des portraits ?
Stéphanie Ledoux explique avoir plus d’affinités avec l’être humain qu’avec les paysages. Pour elle, dessiner un paysage est une activité solitaire, tandis que dessiner une personne provoque une interaction. Elle a constaté que le fait de s’installer pour tirer le portrait d’un habitant attire les curieux, suscite des rires, des questions et parfois même des invitations, créant des moments de partage uniques qu’elle recherche dans ses voyages.
Comment son travail a-t-il été publié ?
Stéphanie Ledoux n’a pas eu besoin de chercher un éditeur. Alors qu’elle exposait son travail au festival de voyage de Clermont-Ferrand, un éditeur de la maison Élitis, spécialisée dans les livres d’art et de voyage, a eu un coup de cœur pour ses carnets. Il l’a contactée directement pour lui proposer de publier un premier livre, qui est un recueil de quatre de ses carnets de voyage.
