De la Dordogne à l’Australie
Francis Collie se définit comme un pisteur animalier. Une passion qui remonte à l’enfance, transmise par son grand-père provençal qui lui lisait les « histoires secrètes des animaux à travers leurs traces ». Cet héritage familial a été le point de départ d’une quête qui l’a mené bien au-delà des forêts de Dordogne. À 15 ans, un voyage en Australie le met en contact avec la culture des aborigènes. Il y découvre que leur art, leurs chants et leur mode de vie sont entièrement basés sur le pistage, faisant écho aux enseignements de son grand-père. Leurs peintures, loin d’être abstraites, sont des cartes vues du ciel qui racontent les pistes des animaux.
Ce voyage est aussi l’occasion d’une prise de conscience sur l’histoire tragique de ces peuples. Francis Collie rappelle la violence de la colonisation britannique, qui considérait les aborigènes comme des animaux et a tenté de « blanchir la race ». Il évoque la situation actuelle, complexe, où les communautés tentent de se reconstruire et de préserver leur culture face à un racisme encore très présent et à l’attrait d’un confort moderne qui les déracine.
Sur la piste des Bushmen
Le même fil conducteur du pistage amène Francis Collie en Namibie, à la rencontre du peuple San, aussi appelé Bushman ou Khoisan. Considérés comme le peuple le plus ancien de l’humanité, ils sont les maîtres incontestés du pistage. Repoussés par les vagues de colonisation dans les terres arides du Kalahari, ils ont su préserver des techniques de chasse uniques. Francis raconte son séjour de plus de deux semaines dans une communauté à Tsumkwe, où il a été accueilli « comme un ami » et est reparti « comme la famille ».
Il a pu y observer et apprendre leurs méthodes, comme la chasse de persistance, une course d’endurance sous une chaleur extrême jusqu’à épuisement de la proie, ou la chasse à l’arc avec de redoutables flèches empoisonnées. Au-delà des techniques, il partage des anecdotes fortes, comme sa nuit passée à quelques mètres d’une éléphante et de son petit, ou sa rencontre avec une meute de lions. Il retient surtout de ce peuple une gentillesse et un optimisme à toute épreuve, et une philosophie profonde : celle des « cordes » qui, partant de leur nombril, les relient à tout le vivant.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : James Cook, Michael Jordan, Adèle Blanchin, Gauthier Aubé.
- Peuples : Aborigènes d’Australie, San (Bushmen), Khoisan, Bantous, Damara, Nama, Héréro, Ochiwambo, Yolngu.
- Lieux : Dordogne, Australie (Perth, Terre d’Arnhem), Namibie (Tsumkwe, désert du Kalahari, Damaraland), Botswana.
- Œuvres et événements : le festival Le rêve de l’aborigène, le film « Les dieux sont tombés sur la tête », le livre « Pourquoi j’ai mangé mon père », le Garma Festival.
- Organisations et concepts : Niai Niai Conservancy.
Au fil de l’épisode
- L’origine de la passion de Francis Collie pour le pistage, héritée de son grand-père.
- Son premier voyage en Australie à 15 ans et sa découverte de la culture aborigène.
- Le pistage comme fondement de l’art, des chants et de la vision du monde des aborigènes.
- La violente histoire de la colonisation en Australie et le concept de « terra nullius ».
- La situation actuelle des peuples aborigènes, entre préservation culturelle et difficultés sociales.
- Le voyage en Namibie à la rencontre des San (Bushmen), considérés comme le plus ancien peuple de l’humanité.
- La vie quotidienne dans une communauté Bushman à Tsumkwe, dans le désert du Kalahari.
- Les techniques de chasse traditionnelles : la chasse de persistance et la chasse à l’arc avec des flèches empoisonnées.
- Récits d’expériences dans le bush : la peur face à des éléphants et la fascination devant une meute de lions.
- La philosophie des « cordes », cette connexion invisible que les Bushmen entretiennent avec tout le monde vivant.
FAQ
Qui est Francis Collie ?
Francis Collie est un pisteur animalier français, passionné par la nature et les peuples racines. Initié dans son enfance par son grand-père en Dordogne, il a approfondi sa connaissance du pistage au contact de cultures traditionnelles. Ses voyages l’ont notamment mené en Australie auprès des aborigènes et en Namibie, où il a partagé le quotidien des Bushmen pour apprendre leurs techniques et comprendre leur vision du monde.
Qu’est-ce que le pistage pour les peuples racines ?
Pour les peuples racines rencontrés par Francis Collie, comme les aborigènes d’Australie ou les Bushmen de Namibie, le pistage est bien plus qu’une technique de chasse. C’est le fondement de leur culture et de leur connexion au monde vivant. Leurs chants, leurs danses, leur art et leurs récits découlent de cette lecture attentive des traces laissées par les animaux. C’est une manière de comprendre l’écosystème et d’y trouver sa juste place.
Pourquoi les Bushmen sont-ils considérés comme des maîtres du pistage ?
Les Bushmen (ou peuple San) sont considérés comme les maîtres du pistage car ils perpétuent des savoir-faire de chasseurs-cueilleurs hérités d’une histoire très ancienne. L’épisode décrit leurs techniques remarquables, comme la chasse de persistance, qui consiste à épuiser un animal à la course, ou l’utilisation d’un poison végétal puissant pour leurs flèches. Ces pratiques exigent une connaissance intime des animaux, des plantes et du territoire.
Quelle est la situation actuelle des peuples aborigènes d’Australie ?
Selon Francis Collie, la situation des peuples aborigènes est complexe. Marqués par une histoire coloniale extrêmement violente et un racisme persistant, ils font face à d’importants défis. Si certaines communautés, notamment dans les régions reculées, luttent pour préserver et transmettre leur culture, beaucoup sont confrontées à des problèmes sociaux et à la perte de leurs repères, tiraillées entre leurs traditions et le monde moderne occidental.
Quelle est la philosophie des « cordes » évoquée par les Bushmen ?
La philosophie des « cordes » est une croyance concrète des Bushmen. Francis Collie explique qu’ils se sentent reliés à tout ce qui est vivant par des cordes invisibles qui partent de leur nombril. Chaque interaction avec une plante ou un animal renforce ce lien. Ce n’est pas une simple métaphore, mais une perception réelle de leur connexion profonde avec leurs ancêtres, les esprits et l’ensemble de leur environnement naturel.
