Un refuge en forêt
Geoffroy Delorme grandit dans un certain isolement social. Sans scolarisation classique, il étudie par correspondance jusqu’à ses 19 ans, sans amis ni sorties. Ce manque de liberté le pousse à se tourner vers la forêt qui borde la maison familiale, en Normandie. Il y voit une promesse d’autonomie et un moyen d’échapper à un environnement familial conflictuel. Son installation se fait progressivement : d’abord des journées, puis des nuits, jusqu’à des séjours de plusieurs semaines. Il alterne les allers-retours pour consulter des livres sur les plantes comestibles et les techniques de survie, avant de décider de ne plus revenir.
Cette décision n’est pas le fruit d’une inspiration littéraire, même s’il a lu Nicolas Vannier ou Jane Goodall, mais d’un besoin viscéral de liberté. « J’avais dans le cœur quelque chose qui était peut-être incontrôlable et qui m’a poussé à partir directement dans la forêt. »
Apprivoisé par les chevreuils
Alors qu’il s’attend à une vie solitaire, sa rencontre avec les chevreuils change tout. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas des animaux craintifs mais extrêmement curieux. Selon lui, ils savent parfaitement distinguer les différents types d’humains qui parcourent leur territoire : le vététiste, le cueilleur de champignons, le chasseur… et lui, l’intrus inclassable. C’est cette singularité qui éveille leur intérêt. « C’est eux qui m’ont apprivoisé, pas moi », confie-t-il. Progressivement, un lien de confiance absolue s’installe, basé sur une connaissance mutuelle des odeurs, des habitudes et des intentions.
Il noue des amitiés fortes avec plusieurs d’entre eux, comme Daguet, son premier guide, ou Chevi, son meilleur ami. Il apprend à leurs côtés, observant leur manière de se nourrir, de se protéger et d’interagir. Cette relation profonde devient la pierre angulaire de son expérience, une forme de « drogue » qui le retient dans les bois.
La vie en autonomie
Pendant sept ans, dont une année en autonomie complète, Geoffroy Delorme vit au rythme de la nature. Sa survie repose sur une connaissance fine de son territoire. Il se nourrit de glands de chêne, de faines, de châtaignes, d’orties et de plantain, adaptant son alimentation aux saisons. Il apprend à gérer son énergie, à dormir par cycles courts et à supporter des conditions difficiles. « On est toujours dans trois quarts de galère, mais le seul quart qui est bien, c’est justement cette méditation », explique-t-il en évoquant le bonheur simple des premiers rayons de soleil après une nuit froide et humide.
Il ne cherche ni l’exploit ni le militantisme, mais simplement à « ne pas penser ». Cette immersion lui permet de se défaire de la peur et d’entrer dans une forme d’acceptation totale, où il n’est plus un conquérant mais un simple maillon de l’écosystème. Une expérience d’écologie profonde qui transforme sa conscience et son rapport au monde.
Le retour à la civilisation
Son retour parmi les hommes n’est pas un choix, mais une conséquence de la dégradation de son environnement. L’industrialisation de la forêt, avec des coupes à blanc qui rasent des parcelles entières, détruit ses sources de nourriture. Contraint d’agrandir sans cesse son territoire, il s’épuise. C’est à ce moment charnière qu’il rencontre sa future compagne, venue promener son chien. Cette rencontre amoureuse précipite son retour à la vie civilisée, même s’il continue de fréquenter assidûment la forêt.
De cette aventure, il a tiré un livre, L’homme chevreuil, pour témoigner de la richesse de la vie forestière et de la nécessité de retrouver une forme d’humanité au contact de la nature. « C’est pas parce que la vie est dure qu’elle est pas belle », conclut-il.
Pour aller plus loin
- Le compte Instagram d’Alexandre Sattler
- La page Facebook d’Alexandre Sattler
- Le site officiel d’Alexandre Sattler
- Le site de l’association Regard’Ailleurs
Les références de l’épisode
- L’homme chevreuil, 7 ans de vie sauvage, le livre de Geoffroy Delorme.
- Personnes citées : Nicolas Vannier, Jane Goodall.
- Lieu : une forêt en Normandie.
- Événement : le festival du Grand Bivouac à Albertville.
Au fil de l’épisode
- Rencontre avec Geoffroy Delorme au festival du Grand Bivouac à Albertville.
- Son enfance isolée, sans scolarisation classique et sans contact avec d’autres enfants.
- À 19 ans, sa décision de partir vivre dans la forêt en face de chez lui.
- Une immersion progressive, avec des allers-retours pour se documenter sur la survie.
- La photographie comme prétexte pour justifier ses longues absences.
- Le manque de communication avec sa famille qui a facilité son départ définitif.
- Une année vécue en autonomie complète sur les sept ans d’immersion.
- Ses techniques de survie : purifier l’eau, cuire les glands de chêne, reconnaître les plantes comestibles.
- L’adaptation de son corps aux saisons et au froid.
- Sa philosophie de vie : accepter la difficulté et se concentrer sur l’instant présent.
- La rencontre avec les chevreuils, des animaux curieux qui l’ont « apprivoisé ».
- Comment les chevreuils identifient les humains à leur odeur, qui varie selon leurs émotions.
- La construction d’un lien d’amitié et de confiance absolue avec plusieurs chevreuils, dont Chevi.
- Ses interactions plus limitées avec d’autres animaux comme les sangliers ou les renards.
- Comment il évitait les contacts humains en se faisant passer pour un simple promeneur.
- Son organisation pour dormir : des lits de fortune et des cycles de sommeil courts.
- La raison de son retour : l’industrialisation de la forêt qui a détruit son habitat et ses sources de nourriture.
- Sa rencontre avec sa compagne, qui l’a aidé à revenir à la vie civilisée.
- La démarche d’écriture de son livre pour témoigner et sensibiliser à la vie sauvage.
FAQ
Qui est Geoffroy Delorme ?
Geoffroy Delorme est un auteur et photographe français connu pour son expérience de vie hors du commun. À l’âge de 19 ans, il a quitté le monde civilisé pour vivre une immersion de sept ans dans une forêt de Normandie. Durant cette période, il a appris à survivre en autonomie et a développé une relation d’amitié unique avec les chevreuils. Il raconte son histoire dans son livre « L’homme chevreuil ».
Pourquoi Geoffroy Delorme a-t-il décidé de vivre en forêt ?
Sa décision est le résultat d’une enfance isolée, sans scolarisation classique ni interactions sociales. Ressentant un profond besoin de liberté et d’autonomie, et se sentant étranger à un monde civilisé qu’il ne connaissait pas, il a vu dans la forêt un refuge. Ce départ a aussi été motivé par un contexte familial difficile, la nature représentant pour lui une échappatoire et une promesse de vie plus authentique.
Comment Geoffroy Delorme a-t-il survécu seul dans la nature ?
Il a survécu en observant et en imitant le comportement des chevreuils. Il a appris à se nourrir des ressources de la forêt : glands de chêne, faines, châtaignes, orties et autres plantes sauvages. Il a adapté son rythme de vie, dormant par cycles courts et gérant son énergie avec parcimonie. Son corps s’est acclimaté aux conditions difficiles, notamment au froid et à l’humidité, en développant une plus grande résistance.
Quelle relation Geoffroy Delorme a-t-il développée avec les chevreuils ?
Il a noué une relation d’amitié et de confiance mutuelle. Il explique que ce sont les chevreuils, par leur grande curiosité, qui l’ont apprivoisé. En partageant leur territoire et leur quotidien, il a appris à communiquer avec eux, notamment grâce aux odeurs qui, selon lui, traduisent les émotions. Ce lien est devenu si fort qu’il considère ces animaux comme des « personnes non humaines ».
Qu’est-ce qui a provoqué son retour à la civilisation ?
Son retour a été contraint par deux facteurs majeurs. D’une part, l’exploitation industrielle de la forêt, avec des coupes à blanc, a détruit son territoire et ses sources de nourriture, le forçant à dépenser trop d’énergie pour survivre. D’autre part, il a rencontré sa future compagne dans la forêt, une rencontre amoureuse qui a servi de catalyseur à son retour progressif parmi les hommes.
