Un cinéma pour montrer ce qui va bien
Pendant sept ans, la réalisatrice Anne Barth a suivi Juliette, de la fin de son école primaire jusqu’à l’adolescence, pour son film L’Arbre de l’Enfance. Ce projet au long cours est né de son désir de capter la parole des enfants et de montrer ce qui les fait grandir sainement : la bienveillance, le lien à la nature, aux animaux, mais aussi le silence. Le film aborde sans détour les épreuves, comme la solitude ou les relations difficiles, mais sa mission principale est de mettre en lumière les graines d’espoir. « Il y a des arbres magnifiques sur notre territoire, proches de nous, il y a des gens qui sont en chemin, qui veulent une autre façon d’être ensemble », explique-t-elle.
Le documentaire, qu’elle décrit comme poétique, tisse également le portrait de Daniel, un père de cinq enfants, et de Béatrice, une mère qui témoigne avec une grande générosité de son histoire, illustrant le concept d’« adultisme ».
Réinventer l’école, devenir adulte
Interrogée sur son école idéale, Anne Barth imagine un lieu de rencontre intergénérationnel et multiculturel, ouvert sur la vie et profondément relié à la nature. Un espace où l’on cultiverait toutes les dimensions de l’être humain, en sortant de la logique purement intellectuelle. Elle prône le retour au compagnonnage et à la complémentarité, loin des systèmes hiérarchiques. Pour elle, il est urgent de sortir du système d’évaluation basé sur la comparaison, qu’elle qualifie de « poison ». Elle raconte comment, à l’université, elle faisait symboliquement arracher la page des évaluations du plan de cours pour engager ses étudiants dans une démarche de co-construction.
Pour Anne Barth, devenir adulte n’est pas perdre son âme d’enfant, mais intégrer cette part de soi dans un être conscient. « Un adulte, c’est un être conscient, pleinement conscient de ce qu’il est et qui est capable d’agir en conscience et pas juste d’être dans la réaction. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- L’Arbre de l’Enfance, film d’Anne Barth
- Personnes citées : Juliette, Daniel, Béatrice Mera, Teresa Brett, Alice Miller
- Organisations et lieux : École Colibri des Amanins, Parenting for Social Change, Village des Pruniers
- Concepts : Communication Non-Violente (CNV), adultisme, woofing, sororité
- Média : Kaizen Magazine
Au fil de l’épisode
- La mission du film L’Arbre de l’Enfance : montrer ce qui va bien, sans occulter la souffrance.
- Le tournage avec Juliette, suivi pendant sept ans, de l’enfance à l’adolescence.
- L’importance de la bienveillance, du lien à la nature et aux animaux pour grandir.
- Le témoignage de Daniel, père de cinq enfants, sur la nécessité de revisiter sa propre histoire.
- La découverte du concept d’« adultisme » à travers un article de Teresa Brett.
- La rencontre avec Béatrice Mera et son témoignage courageux dans le film.
- La vision d’Anne Barth pour une école idéale : un lieu de rencontre ouvert, diversifié et relié à la nature.
- Sa critique du système scolaire actuel qui contraint les enfants à l’immobilité et au silence.
- Le rejet du système d’évaluation et de la comparaison, considérés comme un « poison ».
- Son expérience à l’université où elle invitait les étudiants à construire ensemble les modalités d’évaluation.
- La définition d’un adulte : un être capable d’agir en conscience plutôt que de réagir constamment.
- L’importance pour les parents de reconnaître leurs erreurs, de s’excuser auprès de leurs enfants et de chercher de l’aide.
- Le but de l’éducation : non pas d’être premier de la classe, mais d’être un enfant, puis un adulte, heureux.
FAQ
Qui est Anne Barth ?
Anne Barth est une réalisatrice franco-québécoise. Elle a réalisé et produit plusieurs courts métrages, recevant un prix au Festival des Films du Monde de Montréal en 1992. Nombre de ses documentaires ont été diffusés à la télévision. Elle a également enseigné pendant 30 ans à l’université au Québec et travaille comme formatrice et animatrice.
Quel est le sujet du film « L’Arbre de l’Enfance » ?
L’Arbre de l’Enfance est un film documentaire pour lequel Anne Barth a filmé une jeune fille, Juliette, pendant sept ans. Le film s’interroge sur les impacts de l’éducation et explore ce qui permet aux enfants de devenir des adultes heureux. Il met en avant l’importance de la bienveillance, du lien à la nature et aborde des thèmes comme la solitude et l’« adultisme ».
Quelle est l’école idéale selon Anne Barth ?
Pour Anne Barth, l’école idéale est un lieu de rencontre ouvert, diversifié, intergénérationnel et connecté à la nature. Elle imagine un enseignement basé sur le partage d’expériences et le compagnonnage, plutôt que sur un système hiérarchique. Surtout, elle souhaite une école sans notes ni comparaison entre les élèves, qu’elle considère comme un poison pour l’apprentissage et l’estime de soi.
Qu’est-ce qu’un adulte pour Anne Barth ?
Selon Anne Barth, un adulte n’est pas forcément un sage dénué d’émotions, mais un être conscient de qui il est. C’est une personne capable d’agir en pleine conscience plutôt que d’être constamment dans la réaction face aux événements. Être adulte, c’est aussi savoir garder son âme d’enfant, tout en étant capable de manifester cette part de soi au bon moment, sans être enfantin.
Pourquoi Anne Barth critique-t-elle le système d’évaluation scolaire ?
Anne Barth considère que l’évaluation scolaire basée sur des notes et la comparaison est un « poison ». Selon elle, ce système pousse les individus à se mesurer les uns aux autres pour être le meilleur, ce qui est absurde. Elle prône plutôt une évaluation entre pairs, où chacun peut reconnaître ce que l’autre lui a apporté, favorisant ainsi la complémentarité et l’entraide plutôt que la compétition.
