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Runa José, un péruvien au service du vivant

Originaire du Pérou, Runa José a grandi au carrefour de deux cultures : celle des Quechuas de la cordillère des Andes par sa mère, et celle des Ashaninkas de la forêt amazonienne par son père. Initié très jeune aux savoirs médicinaux et au lien profond qui unit l'homme à la Terre Mère, la Pachamama, il porte aujourd'hui la voix des peuples autochtones. Son parcours l'a mené jusqu'en Europe, où il œuvre pour la défense de leurs droits et la préservation de la nature. Dans cet épisode, il partage son histoire, ses expériences spirituelles et son projet d'« École de la Forêt ».

Runa José, porte-parole des savoirs ancestraux de la cordillère des Andes et de la forêt amazonienne

Entre Andes et Amazonie

Runa José est né au Pérou, dans la région d’Ayacucho, au confluent de deux mondes. Par sa mère, il hérite de la culture quechua et des savoirs de la cordillère des Andes ; par son père, il est lié au peuple ashaninka et aux secrets de la forêt amazonienne. Il raconte une enfance baignée dans la nature, rythmée par les rituels et un respect profond pour chaque élément du vivant. Cette double culture a façonné sa vision du monde, où les plantes, les animaux et les esprits forment une grande famille avec laquelle il faut savoir interagir.

Cette immersion précoce dans les savoirs traditionnels constitue le socle de son identité et de sa mission de vie.

Une terre convoitée

Le parcours de Runa José est aussi marqué par l’histoire politique et sociale du Pérou. Ses parents ont dû quitter leurs terres natales, fuyant la violence et l’appropriation des terres par les descendants des colons, les « terratenientes ». Ils se sont rencontrés à Lima, comme beaucoup de Péruviens déracinés en quête d’un avenir meilleur. Runa José dénonce l’exploitation des ressources naturelles par les multinationales, qui polluent les lacs et les rivières avec des métaux lourds, provoquant des drames sanitaires dans les communautés locales. Selon lui, cette situation découle d’une politique gouvernementale qui considère les peuples autochtones comme un frein au développement, calqué sur le modèle occidental.

Face à ce mépris, des porte-paroles sont envoyés à l’étranger pour chercher un soutien juridique et faire pression sur les entreprises.

Le langage du vivant

Pour Runa José, la nature n’est pas un décor, mais un interlocuteur. Il évoque une « biotechnologie » du vivant, une capacité à écouter, sentir et interagir avec l’environnement. Dans son enfance, chaque acte du quotidien était un rituel : accueillir la naissance d’un animal, planter une graine, récolter le maïs ou aller chercher l’eau à la source. Il explique que la certitude, dans la tradition inca, repose sur trois piliers : toucher, sentir et voir. C’est en combinant ces trois expériences qu’on peut appréhender la réalité des esprits de la nature. Il raconte sa première découverte de la ville, un choc culturel qui lui a fait l’effet de débarquer sur une autre planète.

« On sait que la Terre, c’est une alchimiste. Parce que nos habits et tout ce que nous avons, le portable maintenant, contient des minéraux. Et tout ça vient de la Terre. »

L’initiation du guérisseur

Comment communiquer avec l’esprit d’un arbre ? Runa José décrit un processus long et exigeant appelé la « diète ». Il s’agit de passer plusieurs cycles de sept jours en méditation au pied d’un arbre, en consommant des infusions de ses différentes parties : racines, écorce, feuilles, fleurs, puis fruits. C’est un travail de plusieurs années qui permet de recevoir les informations de la plante, et parfois un chant, un « icaro ». Ce savoir est souvent hérité, transmis de génération en génération. Sa mère lui a enseigné la connaissance des plantes, tandis que son père lui a transmis les rituels liés aux éléments. Cette initiation permet de comprendre quelle partie de la plante utiliser pour soigner un mal et quel chant l’accompagnera pour libérer les blocages énergétiques du patient.

Ce cheminement n’est pas un simple apprentissage, mais une véritable incorporation des savoirs de la nature.

La prophétie de l’aigle et du condor

Le voyage de Runa José en Europe est directement lié à son engagement. Il est venu pour servir de lien avec des organisations qui défendent juridiquement les peuples autochtones, notamment à Genève. Il inscrit sa démarche dans une vision plus large, celle de la prophétie de l’aigle et du condor. Cette ancienne prophétie annonce la réconciliation entre les peuples du Nord, symbolisés par l’aigle et le mental, et les peuples du Sud, représentés par le condor et le cœur. Selon lui, une prise de conscience est en cours en Occident, menant à un soutien croissant, bien que minoritaire, pour la cause autochtone. C’est ce rapprochement qui permettra, à terme, de respecter la Terre et de vivre en harmonie.

« À un moment donné, on va se réconcilier vraiment pour qu’on puisse respecter la terre, respecter les êtres, se respecter tous et œuvrer ensemble. »

Transmettre pour préserver

C’est l’amour qui a ancré Runa José en France, où il a rencontré la mère de ses enfants. Aujourd’hui, il partage son temps entre l’Europe et le Pérou. Il a co-créé un projet pédagogique, l’« École de la Forêt », au sein d’une communauté ashaninka, pour préserver et transmettre les savoirs ancestraux. En France, il anime des ateliers et des cérémonies pour partager cette connexion à la nature. Il met cependant en garde contre le « tourisme spirituel » et l’usage banalisé des plantes maîtresses comme l’ayahuasca, qu’il qualifie de « prostitution des plantes médicinales ». Il insiste sur l’importance d’un cadre respectueux des traditions pour approcher ces savoirs, rappelant que c’est la plante qui doit servir l’homme, et non l’inverse.

Son message final est un appel à écouter son cœur et à se reconnecter avec respect à la Terre, dont nous sommes tous responsables.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Masaru Emoto, Alexandre Sattler.
  • Peuples et cultures : Quechua, Ashaninka (Campas), Incas, Pré-Incas.
  • Lieux : Pérou, Ayacucho, Lima, Cordillère des Andes, Forêt Amazonienne, Genève, Guatemala.
  • Projets et concepts : École de la Forêt, Pachamama, Apu (esprit des montagnes), Icaros (chants sacrés), Prophétie de l’aigle et du condor.
  • Plantes mentionnées : Ayahuasca, Peyote, Eucalyptus.

Au fil de l’épisode

  • La rencontre avec Runa José au festival « Au cœur du sacré ».
  • Ses origines péruviennes, entre la culture quechua des Andes et la culture ashaninka d’Amazonie.
  • L’histoire de ses parents, déracinés par des conflits politiques et terriens.
  • La problématique de l’exploitation des ressources naturelles par les multinationales au Pérou.
  • Le rôle des porte-paroles autochtones pour défendre leurs droits en Europe.
  • Son enfance immergée dans la nature et les rituels quotidiens.
  • Sa découverte de la ville, un choc culturel perçu comme une autre planète.
  • La philosophie inca de la certitude, basée sur le sentir, le toucher et le voir.
  • L’explication du processus de la « diète » pour communiquer avec l’esprit d’un arbre.
  • La transmission des savoirs par sa mère (les plantes) et son père (les rituels).
  • Le récit d’une expérience mystique à 15 ans, perdu dans la montagne.
  • Sa rencontre avec un « apu », l’esprit gardien de la montagne, dans une grotte sacrée.
  • Son arrivée en Europe pour des raisons militantes et sa rencontre avec la mère de ses enfants.
  • La signification de la prophétie de l’aigle et du condor : la réconciliation du Nord et du Sud.
  • Son projet pédagogique au Pérou, l’« École de la Forêt ».
  • Son travail de transmission en France à travers des cérémonies et des chants.
  • La définition des « icaros », les chants de guérison reçus des plantes.
  • Sa mise en garde contre le tourisme spirituel et la consommation non encadrée des plantes maîtresses.
  • Son message final : un appel au respect de la Terre pour les générations futures.

FAQ

Qui est Runa José ?

Runa José est un porte-parole des savoirs ancestraux du Pérou. Il a grandi entre la cordillère des Andes, d’où est originaire sa mère quechua, et la forêt amazonienne, terre de son père ashaninka. Initié aux plantes médicinales et aux rituels traditionnels, il œuvre aujourd’hui à la préservation de ces cultures et à la défense des droits des peuples autochtones, partageant son temps entre le Pérou et la France.

Qu’est-ce que la prophétie de l’aigle et du condor ?

C’est une prophétie amérindienne qui symbolise la nécessaire réconciliation de l’humanité. L’aigle représente le Nord, le mental, la technologie et la science, tandis que le condor représente le Sud, le cœur, l’intuition et la connexion à la Terre. La prophétie annonce une ère nouvelle où ces deux visions du monde, longtemps séparées, voleront de nouveau ensemble, unissant le cœur et la raison pour vivre en harmonie.

Comment les peuples andins et amazoniens communiquent-ils avec la nature ?

Selon Runa José, la communication passe par une immersion totale et un profond respect. Elle s’appuie sur des rituels quotidiens et des pratiques spécifiques comme la « diète ». Cette dernière consiste à s’isoler pendant de longues périodes au contact d’une plante ou d’un arbre, en méditant et en consommant des infusions de ses différentes parties, pour en recevoir le message, l’énergie et parfois un chant de guérison.

Pourquoi Runa José est-il venu en Europe ?

Sa venue en Europe a une double origine. D’une part, il est venu en tant que porte-parole pour établir des liens avec des organisations, notamment à Genève, afin d’obtenir un soutien juridique pour les peuples autochtones face à l’exploitation de leurs terres. D’autre part, son parcours est devenu personnel lorsqu’il a rencontré en France la mère de ses enfants, ce qui l’a conduit à s’y installer.

Qu’est-ce que le projet « École de la Forêt » ?

L’« École de la Forêt » est un projet pédagogique que Runa José développe au Pérou, au sein d’une communauté ashaninka. L’objectif est de préserver et de transmettre les savoirs ancestraux liés à la nature, à la forêt amazonienne et aux traditions locales. Ce projet vise à protéger ce patrimoine immatériel tout en défendant la forêt et les droits des peuples qui y vivent.

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