De l’ingénieur au navigateur
Corentin De Chatelperron raconte comment, ingénieur de formation, il est parti rejoindre un ami au Bangladesh pour l’aider sur son chantier naval. Sur place, entre le chantier qui utilise de la fibre de verre et un champ de jute, naît l’idée de créer un matériau composite à base de cette fibre locale. Il explique que l’industrie du jute était en déclin, et que c’était le moment parfait pour proposer une alternative durable.
Pour prouver la résistance de son innovation, il construit un premier bateau, le Taratari, composé à 40 % de jute, et décide de rentrer en France avec, seul à la voile. Un périple de six mois qui, malgré son peu d’expérience et son aversion initiale pour le bateau, lui révèle les joies d’une arrivée par la mer et d’une déconnexion totale.
L’expédition Nomade des Mers
Fort de ce premier succès, Corentin et son équipe développent pendant deux ans un nouveau bateau, cette fois 100 % en fibre de jute. C’est le début de l’expédition « Nomade des Mers », un projet à double mission : tester ce nouveau matériau en conditions extrêmes et explorer le potentiel des « low-techs ». Il définit ces technologies simples et accessibles comme des solutions aux besoins de base (eau, énergie, nourriture), souvent délaissées par la recherche qui se concentre sur la high-tech.
Il décrit son voilier comme un véritable laboratoire flottant, équipé pour viser l’autonomie totale : un poulailler pour ses deux poules, une serre pour faire pousser des patates, un réchaud à bois économe et des outils pour tout réparer. « J’ai passé des mois au final assis au même endroit dans le bateau et j’avais tout à portée de main. »
L’échec comme moteur d’innovation
L’expérience de l’autonomie totale se révèle cependant être un échec. Les poules ne pondent pas, les patates ne poussent pas, et une invasion de termites dévore son mât en bambou. Corentin De Chatelperron raconte avec humour comment il a compris, grâce à sa grand-mère, qu’il fallait tailler les plants de courge pour avoir des légumes. Cet échec lui fait prendre conscience d’une chose essentielle : on ne peut pas tout inventer seul.
« T’avais beau être ingénieur, ingénieux, etc., il te fallait les bonnes connexions avec les bonnes personnes, les bons spécialistes si tu voulais avancer. » C’est de cette prise de conscience qu’est née la plateforme Low-tech Lab, un projet collaboratif visant à mutualiser les savoirs et à rendre accessibles des tutoriels pour que chacun puisse s’approprier ces technologies, où qu’il soit dans le monde.
La solitude et les projets futurs
Interrogé sur la solitude lors de ses longues traversées, il explique l’avoir adorée. Loin des sollicitations permanentes de la vie moderne, son esprit a pu fonctionner différemment, dans un état quasi méditatif qui permet des réflexions plus profondes et continues. Il compare ce processus à une « défragmentation » du cerveau.
L’aventure ne s’arrête pas là. Corentin De Chatelperron annonce son prochain projet, encore plus ambitieux : un tour du monde de trois ans à bord d’un catamaran de 14 mètres transformé en laboratoire. L’objectif est de rencontrer des inventeurs dans plus de 30 pays, de tester leurs innovations low-tech à bord et de continuer à enrichir la base de connaissances open source du Low-tech Lab, avec l’ambition de devenir « la NASA du low-tech ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Yves Mar, les Bajao.
- Projets et bateaux : Nomade des Mers, Taratari, Gold of Bengal.
- Organisations : Low-tech Lab, jutelab.org.
- Lieux : Bangladesh, Golfe du Bengale, Indonésie, Mer Rouge, Canal de Suez, Morbihan (Belle-Île), Sri Lanka, Sultanat d’Oman, Birmanie (archipel des Mergui), îles Andaman-et-Nicobar.
- Concepts : low-tech, hydroponie.
Au fil de l’épisode
- La rencontre avec un ami au Bangladesh qui le mène à travailler sur un chantier naval.
- L’idée d’utiliser la fibre de jute locale pour remplacer la fibre de verre dans la construction de bateaux.
- La construction du premier bateau, Taratari, et le défi de rentrer en France avec pour prouver sa solidité.
- Le récit de son premier voyage de six mois en solitaire, via la mer Rouge et le canal de Suez.
- La création d’un laboratoire de recherche au Bangladesh pour développer industriellement la fibre de jute.
- Le lancement du projet « Nomade des Mers » avec un nouveau bateau 100 % en fibre de jute.
- La définition de la « low-tech » : des technologies simples, accessibles et durables pour répondre aux besoins essentiels.
- Des exemples d’innovations low-tech : éolienne maison, four solaire, transformation de plastique en carburant, culture hors-sol (hydroponie).
- La description détaillée du bateau de l’expédition : 6,50 mètres, avec un poulailler, une serre et un espace de vie optimisé.
- La tentative d’établir un écosystème autonome à bord.
- Les nombreux échecs de l’expérience : les poules ne pondent pas, les patates ne poussent pas, le mât est mangé par des termites.
- La prise de conscience que l’innovation nécessite la collaboration et le partage de connaissances.
- La création de la plateforme en ligne Low-tech Lab pour mutualiser les savoirs.
- La survie à base de noix de coco et de coquillages après s’être fait voler son fusil harpon.
- La transformation d’une île déserte en laboratoire éphémère avec des amis pour tester différentes low-techs.
- Les rencontres avec les pêcheurs indonésiens.
- Sa vision de la solitude en mer comme une forme de « défragmentation » mentale.
- L’annonce de son prochain projet : un tour du monde de trois ans sur un catamaran-laboratoire pour rencontrer des inventeurs locaux.
FAQ
Qui est Corentin De Chatelperron ?
Corentin De Chatelperron est un ingénieur, navigateur et aventurier français. Passionné par l’innovation solidaire, il est le fondateur du projet « Nomade des Mers ». Il est connu pour avoir construit des bateaux en fibre de jute, une alternative naturelle à la fibre de verre, et pour avoir réalisé plusieurs expéditions en solitaire afin de tester et promouvoir les « low-techs », des technologies simples et durables.
Qu’est-ce que le projet Nomade des Mers ?
Le projet « Nomade des Mers » est une expédition initiée par Corentin De Chatelperron. Son objectif principal est d’explorer et de documenter les « low-techs » à travers le monde. L’aventure a commencé sur un voilier construit à 100 % en fibre de jute, conçu comme un laboratoire flottant pour tester des solutions d’autonomie en eau, nourriture et énergie. Le projet vise à créer et diffuser un savoir accessible à tous via la plateforme Low-tech Lab.
Qu’est-ce que la « low-tech » ?
La « low-tech », ou basse technologie, désigne un ensemble de technologies et de savoir-faire qui sont simples, accessibles, durables et faciles à réparer. Contrairement à la high-tech, elle vise à répondre aux besoins essentiels (accès à l’eau, à l’énergie, à la nourriture) avec des ressources locales et un impact environnemental minimal. L’objectif est de favoriser l’autonomie et la résilience des communautés.
Pourquoi Corentin De Chatelperron a-t-il construit un bateau en fibre de jute ?
Lors d’un séjour au Bangladesh, Corentin De Chatelperron a constaté que les chantiers navals importaient de la fibre de verre alors que le pays est un grand producteur de jute. Il a eu l’idée d’utiliser cette fibre végétale locale pour créer un matériau composite plus écologique et économique. Pour prouver la viabilité et la solidité de son innovation, il a construit un premier bateau en partie en jute et a navigué seul jusqu’en France.
Comment s’est déroulée son expérience d’autonomie en mer ?
L’expérience d’autonomie totale à bord du bateau « Nomade des Mers » a été un échec instructif. Malgré ses efforts pour créer un écosystème (poules pour les œufs, serre pour les légumes), la plupart de ses systèmes n’ont pas fonctionné comme prévu. Cette expérience lui a surtout appris qu’il est impossible de tout maîtriser seul et a renforcé sa conviction que le partage des connaissances et la collaboration sont essentiels pour développer des solutions efficaces.
