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Dora le Morvan

D’origine amérindienne, née en Colombie, Dora le Morvan vit en France depuis plus de trente ans. Dans cet entretien, elle partage son parcours de vie, de son enfance dans la région de l'Orénoque à son arrivée à Paris à l'âge de vingt ans. Elle témoigne de la discrimination subie par les peuples autochtones, une réalité qui a marqué sa conscience dès son plus jeune âge. Connectée aux communautés de la Sierra Nevada de Santa Marta, elle transmet une vision du monde où le lien à la nature et l'ouverture du cœur sont essentiels pour retrouver l'équilibre, un message puissant adressé à une société occidentale en quête de sens.

gardienne de la sagesse amérindienne, entre la Colombie et la France

Une enfance en terre amérindienne

Dora le Morvan est née en Colombie, dans la région frontalière avec le Venezuela, près de l’Orénoque. D’origine amérindienne, elle grandit en étant le témoin direct de la discrimination et des difficultés que subissent les peuples autochtones, considérés comme des citoyens de troisième catégorie. Elle raconte comment le saccage de leurs terres, entamé avec la colonisation, ne s’est jamais arrêté, laissant les communautés dans la précarité. Un souvenir d’enfance particulièrement marquant, à l’âge de sept ans, a forgé son engagement : la vision d’une femme amérindienne, ivre et impuissante, laissant tomber son bébé. Cet événement a fait naître en elle le désir d’agir et de contribuer à la reconnaissance de ces peuples.

« Aujourd’hui je suis là et je suis avec cet amour et ce respect envers cette reconnaissance envers les communautés amérindiennes de la terre. »

La sagesse de la nature

L’enfance de Dora le Morvan est aussi marquée par une connexion profonde avec la nature. Elle a grandi dans la forêt, sans électricité, apprenant à reconnaître les dangers comme les serpents venimeux et à vivre en harmonie avec son environnement. Sa mère, une courandera (guérisseuse), lui a transmis la connaissance des plantes médicinales. Pour elle, ce lien au vivant est la base de la spiritualité amérindienne, une conscience de l’interrelation entre tous les êtres. Elle explique que, selon les traditions, les peuples racines ont reçu la mission d’être les gardiens de la sagesse spirituelle, tandis que l’homme blanc, chargé de protéger la matière, s’est perdu dans le matérialisme.

« Ici tout le monde parle de chamanisme mais pour nous le chamanisme c’est notre quotidienneté, c’est de vraiment être à l’écoute des plantes. »

De Bogota à Paris

À 13 ans, Dora le Morvan quitte sa région pour Bogota. Elle travaille le jour et étudie le soir pour obtenir son bac. C’est là qu’elle choisit d’apprendre le français, la langue du pays des droits de l’homme, d’abord avec un professeur très strict, puis en chantant avec des Françaises rencontrées dans le quartier de la Candelaria. Un jour, en accompagnant une amie à un casting, sa vie bascule : elle est choisie pour accompagner l’équipe cycliste Café de Colombie sur le Tour de France. Elle arrive ainsi en France à l’âge de 20 ans, émerveillée par la beauté de Paris mais confrontée à un choc culturel. Elle découvre le racisme, le vouvoiement, et une difficulté à établir des liens de cœur, une solitude qu’elle ressent encore parfois aujourd’hui.

« Les jours que j’ai appris à rire de vos blagues, ce jour-là j’ai su que j’étais intégrée. »

Un appel à la conscience

Forte de son parcours, Dora le Morvan porte un regard lucide sur l’intérêt des Occidentaux pour les spiritualités autochtones, notamment via le tourisme des « plantes médecine » comme l’ayahuasca. Elle met en garde contre une approche superficielle, vécue comme un simple « trip », qui peut s’avérer dangereuse sans une préparation et un respect profonds. Elle invite chacun à se reconnecter d’abord à ses propres racines avant de chercher des réponses ailleurs. Son message final est un appel à l’ouverture du cœur, qu’elle définit comme la capacité à accueillir la vie, à transmuter son ego et à rester dans l’amour, peu importe les circonstances. C’est, selon elle, la clé pour guérir et construire un monde plus juste.

« Il est temps que nous puissions guérir toutes ces mémoires qui nous empêchent de voir notre grandeur, d’ouvrir notre cœur et d’être ces êtres de lumière que nous sommes. »

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Peuples et communautés : Kogi, Ouïwa, Aruacos, Canquamos
  • Lieux : Colombie, Sierra Nevada de Santa Marta, Bogota (quartier de la Candelaria), France (Paris, Place de la Concorde, Pont Alexandre II)
  • Événements et organisations : Tour de France, équipe Café de Colombie
  • Plantes et pratiques : Ayahuasca, Campo

Au fil de l’épisode

  • Les origines colombiennes et amérindiennes de Dora le Morvan, installée en France depuis 30 ans.
  • Sa connexion avec les communautés de la Sierra Nevada de Santa Marta, dont les Kogis.
  • Le constat de la discrimination persistante envers les peuples autochtones en Colombie.
  • Un souvenir d’enfance traumatisant qui a forgé son engagement.
  • Grandir dans la forêt, au contact de la nature, de ses beautés et de ses dangers.
  • L’héritage de sa mère, une courandera qui connaissait le pouvoir des plantes.
  • La vision du monde amérindienne : le rôle des peuples racines comme gardiens de la sagesse spirituelle.
  • La critique d’une société occidentale perdue dans le matérialisme et la relation au pouvoir.
  • Son départ pour Bogota à 13 ans, entre travail et études du soir.
  • L’apprentissage du français, entre un professeur sévère et des rencontres bienveillantes.
  • Comment un casting pour le Tour de France l’a amenée en Europe.
  • Son arrivée en France à 20 ans et son émerveillement pour Paris.
  • Le choc culturel, les codes sociaux français et la difficulté à créer des liens profonds.
  • Son expérience du racisme en France, entre rejet et exotisation.
  • Sa définition de l’identité amérindienne : avoir un cœur pur, proche de la Terre.
  • Mise en garde contre le tourisme spirituel et l’usage non préparé des plantes médecine comme l’ayahuasca.
  • L’invitation à se reconnecter à ses propres racines avant de chercher des réponses à l’extérieur.
  • Son appel final à « ouvrir son cœur » pour guérir et agir en conscience.

FAQ

Qui est Dora le Morvan ?

Dora le Morvan est une femme d’origine amérindienne, née en Colombie. Elle vit en France depuis plus de trente ans. Elle collabore avec des communautés de la Sierra Nevada de Santa Marta, comme les Kogis, et se consacre à la transmission de leur sagesse. Son parcours de vie, de la Colombie à la France, l’a amenée à développer une réflexion profonde sur l’identité, la spiritualité et le dialogue entre les cultures.

Quelle est la situation des peuples amérindiens en Colombie selon Dora le Morvan ?

Selon elle, les peuples amérindiens de Colombie subissent encore aujourd’hui une forte discrimination et sont considérés comme des citoyens de troisième catégorie. Elle dénonce un saccage continu de leurs terres et de leurs ressources depuis l’époque de la colonisation, ce qui a engendré précarité, alcoolisme et perte de repères. Malgré cette souffrance, elle souligne leur résilience et leur rôle crucial de gardiens d’une sagesse spirituelle.

Comment Dora le Morvan est-elle arrivée en France ?

Dora le Morvan est arrivée en France à l’âge de 20 ans de manière inattendue. Alors qu’elle étudiait à Bogota, elle a accompagné une amie à un casting visant à recruter des hôtesses pour l’équipe cycliste Café de Colombie sur le Tour de France. Sans s’y attendre, elle a été sélectionnée avec son amie. Ce qui devait être un séjour d’un mois s’est transformé en une nouvelle vie en France.

Que pense Dora le Morvan du tourisme spirituel en Amérique du Sud ?

Elle porte un regard critique sur ce phénomène. Elle met en garde les Occidentaux qui cherchent des expériences avec des plantes médecine, comme l’ayahuasca, sans une préparation adéquate. Elle dénonce une approche parfois superficielle, vécue comme un simple « trip », qui peut être dangereuse psychologiquement. Elle appelle au respect des traditions, à une introspection préalable et à la responsabilité de ceux qui proposent et de ceux qui consomment ces plantes.

Qu’est-ce que « ouvrir son cœur » selon Dora le Morvan ?

Pour Dora le Morvan, « ouvrir son cœur » est un processus essentiel qui consiste à accueillir la vie avec tout ce qu’elle apporte, le bon comme le moins bon. Cela implique d’accepter ses propres parts d’ombre et de lumière, de faire preuve de tolérance et de choisir de rester dans une posture d’amour, même face à l’adversité. C’est un travail de conscience quotidien pour dépasser l’ego et agir pour le bien commun.

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