L’art comme chemin vers soi
Philippe Pérennes décrit l’éducation artistique comme un exercice d’équilibriste, une « corde raide » où la créativité est reine. Contrairement à la récitation d’une leçon apprise, l’art exige de créer dans l’instant quelque chose qui n’existe pas encore. Que ce soit à travers les arts plastiques, où l’enfant se retrouve face à lui-même, ou la musique et le chant, où la rencontre avec soi passe par le collectif, l’objectif est de développer des facultés plutôt que d’accumuler des connaissances. En travaillant de ses mains, au tricot, à la couture ou à la sculpture, l’enfant acquiert des savoir-faire qui, par la répétition et la persévérance, ancrent en lui des compétences profondes. Ce travail patient porte ses fruits de manière spectaculaire vers l’âge de 12 ans, avec le réveil des facultés cognitives.
Selon lui, un enfant qui a pétri la matière de ses mains pendant des années peut soudainement développer un plaisir et une aisance pour des matières aussi abstraites que l’algèbre.
Nourrir la curiosité
Un des piliers de la pédagogie Steiner est de maintenir vivante la curiosité naturelle de l’enfant. Philippe Pérennes insiste sur le danger de « tuer le curieux » par des réponses formelles et définitives. Il illustre son propos par une question simple : au lieu de demander « deux et deux, ça fait combien ? », qui n’appelle qu’une seule réponse, il préfère demander « quatre, c’est combien ? ». Cette question ouverte libère l’imagination et la créativité de l’enfant, qui peut explorer une infinité de solutions (3+1, 5-1, 2×2, etc.). L’enjeu n’est pas de trouver le bon résultat, mais de découvrir toutes les questions qui mènent à la réponse. Cette approche valorise la recherche et la découverte personnelles, transformant l’apprentissage en une aventure.
Il se garde cependant de toute opposition frontale avec l’Éducation nationale, rappelant qu’il y existe d’excellents professeurs et que la qualité de la pédagogie dépend avant tout de la personne qui se trouve face aux enfants.
Le rythme de l’école
Une journée type dans une école Waldorf s’organise autour de rythmes spécifiques. Le matin commence par un cours principal de deux heures, où un même professeur suit sa classe pendant huit ans, de 7 à 14 ans. Cette continuité crée un lien fort et permet de respecter le rythme de chaque enfant. Ce professeur principal enseigne une large palette de matières, même celles qu’il ne maîtrise pas initialement, ce qui l’oblige à un travail de découverte constant. Ensuite, la journée se poursuit avec des matières enseignées par des professeurs spécialistes : langues, sculpture sur bois, ou encore l’eurythmie. Cette dernière, un art du mouvement créé par Rudolf Steiner, est spécifique aux écoles Waldorf.
L’eurythmie vise à mettre en relation l’intériorité de l’enfant avec le monde extérieur et le groupe, ajoutant une dimension sociale et collective au travail sur soi.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Livre : « Rencontre avec les douze sens » de Philippe Pérennes
- Pédagogie Steiner-Waldorf
- École Steiner-Waldorf de Colmar
- Rudolf Steiner
- L’eurythmie
- Éducation nationale
Au fil de l’épisode
- L’éducation artistique, une « corde raide » où l’enfant doit créer dans l’instant.
- La distinction entre les arts plastiques, qui favorisent la rencontre avec soi-même, et les arts musicaux, qui la favorisent à travers le collectif.
- Comment le développement de savoir-faire manuels (tricot, couture) permet d’éveiller les facultés cognitives vers l’âge de 12 ans.
- L’importance de préserver la curiosité naturelle de l’enfant en évitant les réponses définitives.
- L’exemple de la question « Quatre, c’est combien ? » pour stimuler la créativité plutôt que la mémorisation.
- La nuance apportée à la comparaison avec l’Éducation nationale, où de nombreux professeurs sont également excellents.
- Le rôle central du professeur de classe, qui suit les mêmes élèves pendant huit ans pour créer un lien durable.
- La structure d’une journée : cours principal le matin, suivi de matières spécialisées comme la sculpture sur bois.
- La définition de l’eurythmie, un art du mouvement spécifique à la pédagogie Steiner.
FAQ
Qui est Philippe Pérennes ?
Philippe Pérennes est professeur à l’école Steiner-Waldorf de Colmar. Il intervient également dans des formations pour socio-thérapeutes, biodynamistes et animateurs nature. Fort de vingt ans d’expérience, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Rencontre avec les douze sens », qui synthétise sa réflexion sur la pédagogie et le développement de l’enfant.
Qu’est-ce que la pédagogie Steiner-Waldorf selon Philippe Pérennes ?
C’est une approche éducative qui met le développement artistique de l’enfant au cœur de son épanouissement. Elle vise à développer des facultés et des savoir-faire plutôt qu’à simplement transmettre des connaissances. En favorisant la créativité et en préservant la curiosité, elle accompagne l’enfant pour qu’il construise lui-même son rapport au monde et au savoir.
Pourquoi la créativité est-elle si importante dans cette pédagogie ?
La créativité est centrale car elle est vue comme le moteur de l’apprentissage. Plutôt que de mémoriser des réponses, l’enfant est encouragé à explorer, à se tromper, à recommencer et à trouver ses propres solutions. Cette démarche active, qualifiée de « corde raide », le rend acteur de son développement et lui permet d’intégrer les apprentissages de manière plus profonde et personnelle.
Qu’est-ce que l’eurythmie ?
L’eurythmie est un art du mouvement fondé par Rudolf Steiner, spécifique aux écoles Waldorf. Il ne s’agit pas simplement de gymnastique ou de danse, mais d’une pratique qui cherche à mettre en relation l’intériorité de l’enfant avec le monde extérieur. C’est une discipline qui possède une forte dimension sociale, car les mouvements se font en lien avec les autres membres du groupe.
Comment cette pédagogie entretient-elle la curiosité des enfants ?
Elle entretient la curiosité en posant des questions ouvertes plutôt qu’en donnant des réponses fermées. L’exemple donné est de demander « Quatre, c’est combien ? » au lieu de « Deux et deux font combien ? ». Cette méthode pousse l’enfant à explorer de multiples possibilités et à faire preuve d’imagination, transformant l’apprentissage en un jeu de découverte permanent plutôt qu’en une simple restitution de savoir.
