Une école de la liberté
Ramin Farhangi raconte la genèse de l’École Dynamique de Paris, directement inspirée du modèle de la Sudbury Valley School qui existe depuis 50 ans aux États-Unis. Le concept central est de considérer l’enfant comme une personne souveraine et de lui offrir un cadre où il peut faire l’expérience de la liberté. Loin d’être une absence de règles, cette liberté s’organise au sein d’une véritable démocratie directe. Un « conseil d’école », où chaque membre a une voix égale quel que soit son âge, décide des règles de vie. Celles-ci, consignées dans un règlement intérieur évolutif, s’appliquent à tous.
Pour garantir le respect de ce cadre, un « conseil de justice » est chargé de traiter les transgressions. N’importe qui peut déposer une plainte, qui sera examinée collectivement. Le but n’est pas de punir, mais d’appliquer une sanction, comprise comme une restriction temporaire de liberté, en lien direct avec la règle enfreinte. « La liberté, finalement, elle est synonyme d’obéissance à la loi », explique Ramin Farhangi.
Apprendre sans enseigner
Dans cette école, il n’y a pas de cours ni de programme imposé. L’apprentissage est un processus organique qui se déploie à travers les interactions, le jeu et les conversations. Ramin Farhangi est convaincu que les enfants acquièrent naturellement les compétences dont ils ont besoin, y compris la lecture ou l’écriture, en suivant leur propre rythme et leur propre curiosité. L’objectif n’est pas l’accumulation de savoirs, mais le développement de facultés fondamentales : intellectuelles, émotionnelles, relationnelles et corporelles. C’est une approche qui se distingue radicalement des pédagogies comme Montessori ou Steiner, car elle ne cherche pas à transmettre des connaissances, mais à faire confiance au cheminement de chaque individu.
Ancien « premier de la classe », Ramin Farhangi explique que sa démarche est née d’une forme d’empathie pour ceux que le système scolaire classique laisse de côté. Il remet en cause l’idée de méritocratie et aspire à une société plus juste. Pour lui, l’enjeu est de permettre aux jeunes de se sentir compétents et libres de choisir leur vie, un sentiment qui, selon une statistique qu’il cite, manque cruellement à la jeunesse française.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- L’École Dynamique de Paris
- La Sudbury Valley School
- Les pédagogies Montessori et Steiner
- La console de jeu PlayStation 3
- Le département de l’Ariège
Au fil de l’épisode
- L’inspiration du modèle de la Sudbury Valley School, qui opère depuis 50 ans.
- La philosophie de l’école : la liberté individuelle et l’égalité comme déclinaison des principes républicains.
- Le fonctionnement du conseil d’école, où chaque membre, enfant ou adulte, dispose d’une voix.
- L’élaboration collective et démocratique du règlement intérieur.
- La liberté définie comme le respect d’une loi commune et consentie.
- Le système judiciaire interne : le conseil de justice pour appliquer les règles.
- Le processus de plainte et de délibération en cas de transgression.
- La différence entre une sanction (restriction de liberté) et une punition arbitraire.
- L’apprentissage sans enseignement formel, à travers les interactions et les activités choisies.
- Le développement des facultés (intellectuelles, émotionnelles, etc.) comme objectif principal.
- La critique du fait d’interrompre le jeu d’un enfant pour un enseignement non sollicité.
- Le projet personnel de Ramin Farhangi : élever son fils Zéia dans un village en Ariège, en dehors du système scolaire.
- Sa motivation à changer le système, malgré sa propre réussite scolaire, par empathie et souci d’équité.
- Sa remise en question profonde de la méritocratie.
- La distinction avec les pédagogies Montessori et Steiner, qui visent à transmettre des savoirs.
- La confiance totale dans la capacité de l’enfant à apprendre par lui-même, au bon moment.
- La difficulté mais aussi la nécessité de devenir « propriétaire de sa propre vie ».
- Une statistique sur le sentiment des jeunes Français de ne pas pouvoir choisir leur vie.
- L’avenir de l’École Dynamique après le départ de ses cofondateurs pour l’Ariège.
FAQ
Qui est Ramin Farhangi ?
Ramin Farhangi est le cofondateur de l’École Dynamique de Paris, une école alternative basée sur les principes de liberté et de démocratie. Ancien élève brillant du système classique, il a choisi de créer un modèle éducatif radicalement différent. Au moment de l’interview, il est jeune père et s’apprête à déménager en Ariège avec d’autres cofondateurs pour y poursuivre un projet de vie collective.
Qu’est-ce que l’École Dynamique ?
L’École Dynamique est une école située à Paris, inspirée du modèle américain de la Sudbury Valley School. Elle fonctionne sans cours obligatoires, sans programme imposé et sans hiérarchie d’âge. Les décisions concernant la vie de l’école sont prises démocratiquement par un conseil où chaque membre, enfant comme adulte, a une voix. L’objectif est d’offrir un cadre sécurisant où les enfants peuvent apprendre en toute liberté.
Comment les règles sont-elles établies à l’École Dynamique ?
Les règles sont créées et modifiées par le « conseil d’école », une assemblée démocratique où tous les membres ont un droit de vote égal. Une proposition de règle est débattue lors d’une première lecture, puis votée la semaine suivante à la majorité. Ce processus constant permet d’aboutir à un règlement intérieur qui reflète le consensus du groupe et qui peut évoluer en fonction des besoins.
Comment les enfants apprennent-ils sans cours obligatoires ?
L’apprentissage est considéré comme un processus naturel qui se produit à travers toutes les activités de la vie : le jeu, les conversations, les interactions avec l’environnement et les autres. L’école fait confiance à la curiosité innée des enfants pour les guider vers les savoirs et les compétences dont ils ont besoin. Plutôt que de transmettre un savoir défini, le modèle vise à développer leurs facultés globales.
Quelle est la différence avec les pédagogies Montessori ou Steiner ?
La différence principale est que les approches Montessori et Steiner sont des pédagogies structurées, conçues pour transmettre des savoirs et des compétences spécifiques, même si c’est de manière alternative. Le modèle Sudbury de l’École Dynamique, lui, n’a aucun a priori sur ce que les enfants doivent apprendre. Il considère l’apprentissage comme une affaire privée et se concentre uniquement sur la création d’un environnement libre et démocratique.
