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Avelina, une femme médecine d’Amérique du Sud

Initiée dès l'enfance par sa grand-mère, Avelina Rogel porte en elle la sagesse de la cosmovision andine. Originaire d'Équateur et diplômée en ethnomédecine, elle a grandi entre les savoirs de ses ancêtres et une éducation occidentale, cherchant à créer des ponts entre ces deux mondes. Dans cet entretien, elle raconte son parcours, de son initiation à 9 ans à la redécouverte de son chemin de guérisseuse après une maladie. Avelina partage sa vision d'une spiritualité incarnée, où la nature, les plantes et les esprits sont des interlocuteurs. Elle nous invite à remplacer la peur par le partage et à écouter le savoir du cœur.

femme médecine, la cosmovision andine et le dialogue avec les esprits

Une enfance entre deux mondes

Avelina Rogel se présente comme un « mélange », issue de deux cultures pré-incas de l’Équateur, les Pansaleure et les Palt. Ayant grandi près de Quito, dans une communauté formée par des familles déplacées de leurs terres ancestrales, elle a très tôt fait l’expérience de la vie collective. Pour elle, la communauté n’est pas une simple association, mais un territoire où tout se partage et où le travail se fait ensemble. Elle évoque la dépossession des terres subie par les peuples autochtones, chassés par les intérêts économiques pour les ressources naturelles. Ce contexte a forgé sa compréhension du monde, qu’elle oppose à la pensée occidentale. « Chez nous c’est la cosmovision et la cosmovivencia », explique-t-elle, une vision où l’humain n’est pas séparé de la nature, où la montagne ou la rivière sont des extensions de soi-même. À l’inverse, la pensée cartésienne occidentale crée une coupure entre le sujet et l’objet, favorisant un rapport de possession et de pouvoir sur l’environnement.

Cette déconnexion explique, selon elle, pourquoi les siens préféraient mourir plutôt que de construire des églises pour les colons espagnols : « pour nous, le sacré, il nous habite dedans, pas dehors ».

L’appel des esprits

La connexion d’Avelina à la spiritualité de ses ancêtres est une évidence depuis toujours. Son initiation formelle a lieu à l’âge de 9 ans, lorsque sa grand-mère, gardienne du feu et de l’eau sacrés, lui fait boire une boisson fermentée à base de plantes. Cette expérience lui ouvre les portes d’une perception plus subtile du monde. Elle raconte comment, enfant, elle observait les pieds des gens pour distinguer les humains des esprits, car sa grand-mère lui avait appris que « les esprits jamais touchent la terre ». Après des études qui la mènent jusqu’en Bolivie, où elle devient professeure d’université, une maladie grave, une dengue hémorragique, la ramène sur son chemin de vie. Alors qu’elle frôle la mort, sa grand-mère décédée lui apparaît et l’accompagne dans sa guérison, lui confirmant sa voie. Elle laisse alors tout derrière elle pour reprendre le travail de ses aïeux.

Elle illustre sa pratique par l’histoire de Pascal, un ami qu’elle a soigné durant la pandémie de Covid. Guidée par une vision de l’esprit de la montagne, elle trouve la plante exacte pour le guérir, une découverte dont elle vérifiera plus tard les propriétés scientifiques dans une étude universitaire.

Partager la médecine, créer des ponts

Venue en France pour un festival, Avelina Rogel partage un message simple mais puissant : remplacer la quête de protection par la pratique du partage. « Si on se protège, ça veut dire qu’il est en danger », dit-elle, expliquant que cette posture nous éloigne les uns des autres. Le véritable remède est d’apprendre à partager. Elle cherche à créer des ponts entre les savoirs, comme elle l’a appris en rêve. L’esprit de la Mama Coca, plante sacrée andine, lui a révélé que sa « sœur » en France était le laurier. De même, le Palo Santo a pour équivalent la lavande. En associant les esprits des plantes des deux continents, elle crée un lien et réveille les mémoires. Pour elle, tout est vivant et tout parle : les plantes, les pierres, l’eau. C’est cette connexion directe qui guérit.

Elle porte un regard critique sur le tourisme spirituel et l’engouement occidental pour les plantes maîtresses comme l’ayahuasca, qu’elle compare à une « prostitution ». Elle déplore que ces plantes soient réduites à des « substances psychodéliques » pour une expérience personnelle, déconnectée de l’esprit qui les habite et du service à la communauté, qui est au cœur de la démarche d’un véritable guérisseur.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Avelina Rogel : femme médecine, originaire d’Équateur.
  • Alexandre Sattler : animateur du podcast, photographe voyageur.
  • Pachamama : la Terre-Mère dans la cosmovision andine.
  • Cultures Pansaleure et Palt : cultures pré-incas d’Équateur.
  • Territoire Kitukara : territoire millénaire près de Quito.
  • Jean-Marie Delacroix : psychothérapeute mentionné par Avelina.
  • Plantes et esprits mentionnés : Mama Coca, Laurier, Palo Santo, Lavande, San Pedro, Ayahuasca, Peyote, Guaba.
  • Lieux cités : Équateur, Quito, Pérou, Bolivie, Argentine.

Au fil de l’épisode

  • Présentation d’Avelina Rogel, femme médecine d’Équateur.
  • Ses origines métissées, issues des cultures pré-incas Pansaleure et Palt.
  • Son enfance dans une communauté de déplacés près de Quito.
  • La définition de la communauté, basée sur le partage et le travail collectif.
  • L’expropriation des terres des peuples autochtones par des entreprises.
  • La différence entre la cosmovision andine (connexion) et la pensée occidentale (séparation).
  • Le sacré est à l’intérieur de soi, pas dans un bâtiment extérieur.
  • L’intérêt croissant de l’Occident pour les sagesses des peuples racines.
  • La distinction entre un atelier et une véritable cérémonie spirituelle.
  • Son initiation à 9 ans par sa grand-mère avec une boisson sacrée.
  • Comment sa grand-mère lui a appris à reconnaître les esprits.
  • Son parcours universitaire et son travail en Bolivie et au Pérou.
  • Sa maladie (dengue hémorragique) et la vision de sa grand-mère décédée qui la guide.
  • Sa décision de quitter sa carrière pour suivre sa voie de guérisseuse.
  • Sa conception de la communication avec les esprits.
  • L’histoire de la guérison de son ami Pascal, atteint du Covid, grâce à une vision.
  • La découverte de la plante médicinale indiquée par l’esprit de la montagne.
  • Sa mission en France : transmettre l’importance du partage plutôt que de la protection.
  • La bataille pour la diversité et le respect, plutôt que pour l’égalité.
  • La nécessité d’aligner les pensées, les ressentis et les actions.
  • Le pont entre les plantes sacrées : la Mama Coca et sa sœur le Laurier, le Palo Santo et la Lavande.
  • La vision du monde où tout est vivant et doté d’un esprit.
  • Sa critique du tourisme spirituel et de la consommation d’ayahuasca en Occident.
  • L’humilité et le service à la communauté comme fondements du guérisseur.
  • Avelina partage un chant sacré pour conclure l’entretien.

FAQ

Qui est Avelina Rogel ?

Avelina Rogel est une femme médecine originaire d’Équateur, issue des cultures pré-incas Pansaleure et Palt. Initiée par sa grand-mère, elle s’inscrit dans la tradition de la cosmovision andine, qui perçoit une connexion profonde entre l’humanité et la nature. Également diplômée en ethnomédecine, elle s’efforce de créer des ponts entre les savoirs ancestraux et les approches occidentales pour partager une vision de la guérison basée sur le partage et la connexion aux esprits de la nature.

Qu’est-ce que la cosmovision andine selon Avelina Rogel ?

Selon Avelina Rogel, la cosmovision andine est une manière de vivre et de percevoir le monde où il n’y a pas de séparation entre l’être humain et son environnement. La montagne, la rivière ou les plantes ne sont pas des objets extérieurs mais des parties de soi. Contrairement à la pensée occidentale qui dissocie le sujet de l’objet, cette vision considère que tout est vivant, interconnecté et que le sacré réside à l’intérieur de chaque être, et non dans des lieux de culte externes.

Comment Avelina Rogel a-t-elle été initiée ?

Avelina Rogel a vécu son initiation à l’âge de neuf ans par sa grand-mère, qui était gardienne du feu et de l’eau sacrés de son territoire. Au cours d’une nuit, sa grand-mère lui a donné à boire une boisson sacrée, une macération de plantes fermentées. Cette expérience a marqué le début de son chemin spirituel, lui permettant de développer sa perception des esprits et de recevoir les enseignements de ses ancêtres, qu’elle a pleinement embrassés plus tard dans sa vie.

Quelle est la critique d’Avelina Rogel sur le tourisme spirituel ?

Avelina Rogel dénonce l’engouement occidental pour les plantes sacrées d’Amazonie, comme l’ayahuasca, qu’elle qualifie de « prostitution ». Elle critique le fait que ces plantes soient consommées comme de simples « substances psychodéliques » pour vivre une expérience personnelle, sans comprendre qu’elles abritent un esprit avec lequel on entre en dialogue. Pour elle, cette approche consumériste dénature la médecine, qui doit s’inscrire dans une démarche d’humilité et de service à la communauté.

Pourquoi Avelina Rogel insiste-t-elle sur le partage plutôt que la protection ?

Pour Avelina Rogel, chercher constamment à se protéger implique qu’il existe un danger extérieur, ce qui crée un sentiment de séparation et de peur. Cette posture nous éloigne des autres et de l’énergie de vie. Elle propose de la remplacer par le partage, qui est pour elle la véritable médecine. En partageant, on crée du lien, de la confiance et de la communauté, ce qui est la seule protection authentique et nécessaire pour vivre en harmonie.

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