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Rencontre avec Gilles Vernet

Ancien trader dans les plus grandes banques internationales, Gilles Vernet a radicalement changé de vie après avoir appris la maladie incurable de sa mère. Il est devenu professeur des écoles, mais aussi réalisateur et écrivain, cherchant à mettre du sens dans ses nouvelles activités. Dans cet épisode de La voix du Kaizen, il partage son parcours inspirant et sa vision de l'enseignement. Il y aborde sa méthode pour désacraliser les notes, l'importance de la coopération entre élèves, le rôle essentiel de la nature dans l'apprentissage et la nécessité d'impliquer les parents pour aider les enfants en difficulté.

de la finance à l'éducation, pour une pédagogie de la coopération et du sens

Une pédagogie de la coopération

Interrogé sur le système de notation, Gilles Vernet expose une approche qui peut sembler paradoxale : il note presque tout, mais dans le but de désacraliser l’évaluation. Pour lui, l’important est de ne pas utiliser la note comme une sanction et d’éviter la comparaison entre élèves. Il a surtout fait évoluer sa pratique pour intégrer l’entraide au cœur même des évaluations. Les élèves qui ont terminé peuvent aider leurs camarades, non pas en leur donnant les réponses, mais en leur expliquant les notions. « Un élève qui allait avoir 12, s’il n’avait pas été aidé, il a 16, mais tant mieux », explique-t-il.

Cette vision s’inspire des pédagogies alternatives qui infusent peu à peu l’Éducation nationale. Il cite l’exemple d’une technique de dictée coopérative, présentée par son inspectrice, où les élèves en groupe doivent négocier pour produire un texte sans erreur. Cette méthode, dix fois plus puissante selon lui, permet aux plus avancés de maîtriser les règles en les expliquant, et aux autres de mieux les comprendre grâce aux mots de leurs camarades.

La nature et les parents, piliers de l’éducation

Au-delà des techniques de classe, Gilles Vernet insiste sur deux piliers fondamentaux. Le premier est la nature, qu’il considère comme un professeur à part entière, notamment pour les enfants des zones d’éducation prioritaire qui n’y ont parfois jamais accès. Le contact avec la nature est un « moment initiatique phénoménal » qui reconnecte aux rythmes naturels, aux cycles des saisons, de la vie et de la mort, et enseigne une forme d’humilité face à l’immensité. « Le bonheur, en fait, d’un enfant dans la nature, c’est tout », affirme-t-il.

Le second pilier est l’implication des parents, une donnée essentielle souvent négligée. Il témoigne que de nombreuses situations critiques avec des élèves en difficulté se résolvent en rencontrant les parents et en les associant à l’éducation de leur enfant. Il constate que les parents des élèves qui posent le plus de problèmes sont souvent absents aux réunions. Aller vers eux, leur parler du bien de leur enfant et leur donner des clés s’avère, selon son expérience, plus efficace que tout le travail fait en classe seule.

Le choc du réel

Gilles Vernet analyse son propre changement de vie à travers le prisme de l’« électrochoc » provoqué par la maladie de sa mère. Il estime que ces chocs sont souvent nécessaires pour provoquer des changements profonds, tant au niveau individuel que collectif. Notre société, qui refuse l’idée de déclin et poursuit une croissance infinie, épuise la planète comme les humains. Il faudra, selon lui, un burn-out personnel ou une crise majeure pour initier une véritable mutation.

Face à cette accélération et à la pression constante, il propose plusieurs pistes : déculpabiliser, partager ses difficultés, et pratiquer des techniques de recentrage comme la respiration. Il alerte sur l’addiction aux technologies, citant le chiffre de 220 consultations de son portable par jour en moyenne pour un salarié. Il invite à une « vigilance comportementale » pour se préserver des moments de vide, essentiels pour que « le superflu descend et l’important remonte ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Le film « Tout s’accélère », réalisé par Gilles Vernet
  • Les pédagogies Montessori
  • Les lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez
  • L’ONG WWF
  • Le mouvement des Colibris
  • La catastrophe nucléaire de Fukushima
  • Kaizen Magazine

Au fil de l’épisode

  • La position de Gilles Vernet sur les notes : les utiliser pour les désacraliser.
  • Développer l’entraide entre élèves, même pendant les évaluations.
  • L’exemple de la dictée coopérative en îlots pour apprendre ensemble.
  • L’influence positive des pédagogies alternatives sur l’enseignement traditionnel.
  • La compétition omniprésente dans la société et l’importance d’ancrer la coopération dès l’école.
  • La nature comme professeur : un contact initiatique pour les enfants des villes.
  • Ce que la nature nous apprend sur les cycles, le temps et l’humilité.
  • Le rôle fondamental et souvent sous-estimé des parents dans la réussite de l’enfant.
  • La nécessité de rencontrer les parents, même démissionnaires, pour débloquer des situations.
  • L’électrochoc personnel qui a poussé Gilles Vernet à quitter la finance.
  • La thèse selon laquelle les chocs (burn-out, crises) sont souvent nécessaires au changement.
  • Critique d’un système économique qui refuse le déclin et épuise les hommes et la planète.
  • Conseils pour faire face à l’accélération : déculpabiliser et partager ses difficultés.
  • L’importance de la respiration comme outil de gestion du stress.
  • L’addiction aux outils technologiques et la disparition des moments de pause psychique.
  • Se préserver des temps pour des activités qui ont du sens en elles-mêmes (chant, poterie, etc.).

FAQ

Qui est Gilles Vernet ?

Gilles Vernet est un ancien trader qui a travaillé dans de grandes banques internationales. Suite à la maladie incurable de sa mère, il a décidé de quitter le monde de la finance pour devenir professeur des écoles à mi-temps. Il est également réalisateur, notamment du film « Tout s’accélère » tourné avec ses élèves, et écrivain. Son parcours est marqué par une quête de sens et une réflexion profonde sur l’éducation et la société.

Quelle est sa vision de l’évaluation à l’école ?

Gilles Vernet a une approche nuancée. Il continue de noter ses élèves, mais dans le but de désacraliser l’évaluation et non d’en faire une sanction. Il refuse la compétition et la comparaison des notes entre élèves. Surtout, il promeut l’entraide, y compris pendant les contrôles, en autorisant les élèves ayant terminé à expliquer les notions à leurs camarades en difficulté, considérant que l’apprentissage se poursuit à ce moment-là.

Pourquoi la nature est-elle importante dans son enseignement ?

Pour Gilles Vernet, la nature est un professeur essentiel. Il estime que mettre les enfants à son contact, surtout ceux qui vivent en ville et la connaissent peu, est un moment initiatique. La nature permet de se reconnecter aux rythmes fondamentaux (jour-nuit, saisons), aux cycles de la vie et de la mort, et d’éprouver un sentiment d’humilité. C’est une source de bonheur et une leçon de vie puissante pour les enfants.

Selon Gilles Vernet, pourquoi les « chocs » sont-ils nécessaires pour changer ?

Partant de son expérience personnelle, un « électrochoc » qui l’a fait quitter la finance, Gilles Vernet pense que les changements profonds, individuels ou collectifs, nécessitent souvent un choc. Il observe que notre société, malgré les signaux alarmants sur l’écologie ou l’épuisement professionnel, n’agit pas. Il faudra, selon lui, une crise majeure, un burn-out ou une confrontation à la mort pour provoquer une véritable prise de conscience et une mutation.

Quels conseils donne-t-il pour faire face à l’accélération du monde ?

Gilles Vernet conseille d’abord de déculpabiliser et de partager ses difficultés face à la pression temporelle. Il recommande des techniques de recentrage comme la respiration ventrale, une « bouée de sauvetage » toujours disponible. Il alerte aussi sur l’addiction aux technologies, qui suppriment les temps de pause psychique, et invite à une vigilance pour se ménager des moments de vide, ainsi que des activités choisies pour le plaisir qu’elles procurent.

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