Une éducation en mouvement
Isabelle Peloux dresse un état des lieux des changements à l’œuvre dans l’éducation nationale. Elle revient sur la réforme de 2008, menée par « Darkos », qui a selon elle retiré la dimension éducative et relationnelle de l’école, une erreur fondamentale. Elle rappelle que l’apprentissage est avant tout social, une théorie validée par les neurosciences sous le nom de socioconstructivisme : on apprend en construisant son savoir dans le lien à l’autre, et non face à un écran. À l’inverse, elle salue la réforme de 2015-2016 qui réintroduit en primaire et en maternelle des compétences de savoir-être, inspirées des grandes pédagogies comme Montessori ou Freinet.
Le principal point noir reste cependant la formation des enseignants. « Les profs ne sont pas formés », déplore-t-elle, insistant sur le besoin crucial d’une formation continue axée sur la relation à l’enfant. Sans ces clés de compréhension, un professeur peut interpréter à tort le comportement d’un élève comme de l’insolence, alors qu’il exprime une insécurité. C’est ce décodage de l’interaction qui est, pour elle, un des fondamentaux de l’école.
L’alliance pour l’enfant
Les enfants d’aujourd’hui ont changé. Isabelle Peloux observe chez eux une quête de sens accrue et une exigence de cohérence de la part des adultes. Ils ont besoin d’un cadre clair et sécurisant, où un « oui » est un « oui » et un « non » est un « non ». C’est dans ce contexte que l’alliance entre les parents et les éducateurs devient essentielle. Elle prend l’exemple de son école aux Amanins, où les enfants sont entourés d’une communauté d’adultes partageant les mêmes valeurs, ce qui crée un environnement reposant et cohérent. Pour elle, le temps des oppositions est révolu : « on est au temps des alliances ».
Élever un enfant est une mission difficile, qui demande de l’humilité et du soutien. Isabelle Peloux encourage les parents à ne pas rester seuls, à se faire confiance et à collaborer avec les enseignants. Chacun détient une partie de la vérité sur l’enfant, l’un dans la sphère intime, l’autre dans le collectif. Elle plaide enfin pour que chaque enseignant adopte une posture de « chercheur », s’inspirant de multiples pédagogies pour s’adapter à chaque enfant, loin d’un système hiérarchique qui décourage trop souvent les initiatives.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Isabelle Peloux
- L’école des Amanins
- La réforme de Darkos (2008)
- La réforme de l’Éducation nationale (2015-2016)
- Les pédagogies Montessori, Freinet et De Croli
- Les ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation)
- Les IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres)
Au fil de l’épisode
- Les changements récents dans le système éducatif national.
- Retour sur la réforme de 2008 qui a, selon Isabelle Peloux, retiré la dimension relationnelle de l’école.
- L’importance du socioconstructivisme : on apprend dans le lien social, pas face à un écran.
- Les avancées de la réforme de 2015-2016, qui valorise les compétences de savoir-être.
- Le manque criant de formation continue pour les enseignants, notamment sur la gestion de la relation.
- La nécessité pour les adultes de se former pour mieux décoder les comportements des enfants.
- L’évolution des enfants, aujourd’hui en grande demande de sens et de cohérence.
- Le besoin d’un cadre clair et d’engagements tenus de la part des adultes.
- L’exemple de l’école des Amanins, où une communauté éducative cohérente entoure les élèves.
- La coéducation : l’importance de l’alliance entre les parents et les enseignants.
- Les difficultés de la parentalité et l’importance de ne pas rester seul.
- La responsabilité pour chaque parent de travailler sur sa propre histoire pour ne pas la faire peser sur son enfant.
- La posture de l’enseignant comme « chercheur en pédagogie », qui s’inspire de différentes approches.
- La critique d’un système hiérarchique qui brime la créativité et l’enthousiasme des professeurs.
- La proposition d’une semaine de formation continue obligatoire pour les enseignants pendant les vacances.
FAQ
Qui est Isabelle Peloux ?
Isabelle Peloux est une professeure des écoles et pédagogue. En 2006, elle a fondé une école au sein du centre agroécologique des Amanins, dans la Drôme. Elle y développe une pédagogie qu’elle a mise au point, fondée sur l’apprentissage actif, la coopération entre les élèves et une éducation à la paix avec soi-même et avec les autres. Elle défend une vision de l’enseignant comme un chercheur et de l’éducation comme une alliance entre parents et école.
Qu’est-ce que l’école des Amanins ?
L’école des Amanins est une école fondée par Isabelle Peloux en 2006, située au cœur d’un centre agroécologique dans la Drôme. Elle se caractérise par une pédagogie alternative qui met l’accent sur la coopération plutôt que la compétition, l’apprentissage actif et le développement du savoir-être. Le projet de l’école repose sur une forte cohérence entre tous les adultes (enseignants, parents, personnel) qui entourent les enfants.
Pourquoi la formation des enseignants est-elle si importante selon Isabelle Peloux ?
Pour Isabelle Peloux, c’est le principal manque du système actuel. Les enseignants ne sont pas assez formés sur les aspects relationnels de leur métier : communication, gestion des émotions, compréhension de la psychologie de l’enfant. Cette formation est cruciale pour établir une relation saine avec les élèves, bien interpréter leurs comportements et créer un environnement propice à l’apprentissage. Elle plaide pour une formation continue et obligatoire.
Qu’entend-elle par « coéducation » entre parents et enseignants ?
La coéducation est l’idée d’une alliance solide et d’une collaboration entre la famille et l’école. Plutôt que de s’opposer, parents et enseignants doivent se « serrer les coudes » pour le bien de l’enfant. Ils ont des regards complémentaires : les parents connaissent l’enfant dans sa sphère intime, les enseignants le voient au sein d’un collectif. En partageant ces perspectives, ils peuvent mieux l’accompagner dans son développement.
Quelle est la posture de l’enseignant idéale pour Isabelle Peloux ?
L’enseignant idéal adopte une posture de « chercheur en pédagogie ». Cela signifie qu’il ne s’enferme pas dans une seule méthode, mais qu’il s’inspire de différentes approches (Montessori, Freinet, etc.) pour créer ses propres outils. Il est curieux, observe les enfants et cherche en permanence ce qui peut les aider à progresser, en adaptant sa pratique aux besoins spécifiques de chaque élève et de chaque groupe.
