Un retour à la terre
Guillaume et sa compagne Mélina se sont installés il y a six ans en Ariège pour y créer leur ferme, le Jardin d’Hilas. Le projet est né de leur rencontre lors de leurs études pour devenir animateurs nature. Animés par le désir de « sauver le monde », ils ont rapidement ressenti une dissonance entre leur discours écologique et leur manque d’expérience concrète. Ils décident alors de mettre l’animation de côté pour d’abord apprendre et maîtriser un savoir-faire. « On voulait vraiment une ferme réaliste, créer une vraie alternative écologique », explique Guillaume. Leur quête d’un lieu les mène dans les Pyrénées, et c’est en Ariège qu’ils trouvent un terrain correspondant à leurs critères : du plat en montagne, de l’eau et un accès pour l’accueil.
Leur installation a été rendue possible grâce à Terre de Liens, une foncière qui collecte de l’épargne solidaire pour acheter des terres agricoles et les louer à des porteurs de projet. La ferme leur appartient en location via un bail environnemental, qui garantit des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
La simplicité comme philosophie
Issu d’une famille de fonctionnaires et pas du tout du milieu agricole, Guillaume a opéré ce qu’il décrit comme « un virage à 90 degrés ». Sa prise de conscience écologique, nourrie par des rencontres et une colère face aux inégalités, l’a poussé à agir. Une simple question, « mais toi tu fais quoi ? », a été le déclencheur pour commencer à « faire sa part ». Il revendique aujourd’hui le terme de « paysan », qu’il définit comme celui qui travaille avec la nature pour nourrir les autres, à une petite échelle. Il observe que si ce métier a longtemps été dévalorisé, il regagne en reconnaissance, notamment auprès de personnes très diplômées qui se réorientent vers l’agriculture.
Ce choix de vie est aussi un choix de « pauvreté » économique volontaire. Guillaume se sent riche, non pas financièrement, mais d’une vie remplie et de liens sociaux. Cette « simplicité volontaire » se traduit par des choix concrets : cuisiner au feu de bois, n’avoir qu’une voiture pour deux, pas de téléphone portable. C’est une quête d’équilibre, sans refuser un confort minimal, mais en questionnant sans cesse le besoin et en cherchant des alternatives au matériel.
La traction animale, une évidence
Le choix de travailler avec des chevaux de trait plutôt qu’un tracteur s’est imposé comme une évidence pour Guillaume et Mélina. Il répond à leur questionnement fondamental : « comment produire sans nuire ? ». La traction animale permet de respecter la terre en évitant le tassement des sols, mais c’est aussi un acte politique. C’est une manière de se passer du pétrole, une ressource limitée et polluante, et de proposer une alternative crédible. Guillaume rappelle que si le tracteur a pu sembler un progrès en libérant du temps, il a aussi isolé les paysans.
Pour lui, l’enjeu est celui de l’équité et du partage des ressources. « Si on a envie d’un peu d’équité dans ce monde, il faut apprendre à partager », affirme-t-il, en parlant notamment du pétrole. En choisissant la traction animale, il cherche à produire sans émettre de CO2 et sans accentuer le réchauffement climatique, inspiré par la maxime de Gandhi : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde. »
Les références de l’épisode
- Le Jardin d’Hilas
- Terre de Liens
- Pascal Thomas
- Gandhi
- Roundup
- Crédit Agricole
Au fil de l’épisode
- Présentation du Jardin d’Hilas, la ferme de Guillaume et Mélina en Ariège.
- Leurs débuts en tant qu’animateurs nature et la volonté de « sauver le monde ».
- La prise de conscience : le besoin de passer de la parole aux actes concrets.
- La recherche d’un terrain dans les Pyrénées pour un projet de maraîchage en montagne.
- Le rôle crucial de la foncière Terre de Liens pour leur permettre de s’installer.
- Le parcours personnel de Guillaume, fils de fonctionnaires, loin du monde agricole.
- Les rencontres qui ont éveillé sa conscience écologique et l’ont poussé à agir.
- La définition du métier de « paysan » et sa perception sociale qui évolue.
- Réflexions sur la richesse : le choix d’une pauvreté financière pour une plus grande richesse de vie.
- La simplicité volontaire incarnée au quotidien : un ordinateur et une voiture pour deux, pas de téléphone portable.
- Le choix de la traction animale comme une évidence écologique et philosophique.
- Comparaison entre le travail au rythme du cheval et l’arrivée du tracteur dans les campagnes.
- Critique de la surconsommation de pétrole et appel à un partage plus équitable des ressources.
- L’influence de la pensée de Gandhi sur leur parcours.
FAQ
Qui sont Guillaume et Mélina ?
Guillaume et Mélina sont un couple d’anciens animateurs nature qui ont choisi de changer de vie pour devenir maraîchers en Ariège. Frustrés par le décalage entre le discours écologique et le manque d’actions concrètes, ils ont décidé de se former et de créer leur propre ferme, le Jardin d’Hilas, où ils pratiquent une agriculture respectueuse de l’environnement, notamment grâce à la traction animale.
Qu’est-ce que le Jardin d’Hilas ?
Le Jardin d’Hilas est la ferme créée par Guillaume et Mélina il y a six ans en Ariège, près de Saint-Giron. Sur cette exploitation, ils produisent principalement des légumes, mais aussi des fruits rouges et des semences potagères. Leur particularité est de travailler en traction animale, avec des chevaux de trait, dans une démarche visant à développer des alternatives concrètes à l’agriculture dépendante du pétrole.
Pourquoi ont-ils choisi la traction animale ?
Leur choix de la traction animale est une réponse à leur volonté de « produire sans nuire ». C’est une méthode de travail qui respecte la terre en évitant de la tasser, contrairement aux tracteurs. C’est aussi un choix écologique et politique fort, visant à se passer du pétrole, une ressource limitée et polluante, et à réduire leur empreinte carbone pour ne pas contribuer au réchauffement climatique.
Comment l’association Terre de Liens les a-t-elle aidés ?
Terre de Liens est une foncière solidaire qui a permis à Guillaume et Mélina de s’installer. L’organisation collecte l’épargne de citoyens pour acheter des terres et des bâtiments agricoles. Elle les met ensuite en location à des agriculteurs via un bail rural environnemental. C’est grâce à ce système que le couple a eu accès à la terre pour créer leur ferme, sans avoir à supporter le lourd investissement de l’achat foncier.
Quelle est leur vision de la richesse ?
Pour Guillaume, la vraie richesse n’est pas financière. Il assume faire le choix d’être considéré comme « pauvre » selon les standards de la société, mais se sent immensément riche d’autres choses : une vie remplie, des liens sociaux, et le fait de ne manquer de rien d’essentiel. Sa recherche du bonheur est déconnectée de l’accumulation matérielle, privilégiant la simplicité volontaire et des valeurs humaines.
