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Gabriel Willem, un paysan maraîcher et musicien

Ancien comédien formé à Paris, Gabriel Willem a radicalement changé de vie après un voyage initiatique au Burkina Faso. De retour en Alsace, sa région natale, il est devenu paysan-maraîcher et a fondé Les Jardins En-chantant, une micro-ferme où il cultive des légumes anciens et la musique. Dans cet épisode, il raconte son parcours singulier, sa quête de sens et sa vision d'une agriculture à la fois productive, respectueuse du vivant et profondément humaine. Une réflexion inspirante sur le métier de paysan, la juste rémunération du travail de la terre et la joie de se sentir utile.

Gabriel Willem, paysan-musicien et le sens du retour à la terre

Du théâtre à la terre

Gabriel Willem a grandi en Alsace avant de monter à Paris à 17 ans pour devenir comédien. Formé aux prestigieux cours Simon, il enchaîne pièces de théâtre, cinéma et télévision. Mais un séjour de trois mois au Burkina Faso pour un festival de théâtre panafricain va bouleverser sa trajectoire. Il y découvre une énergie et une connexion humaine qu’il n’avait jamais ressenties sur les scènes parisiennes. Cette « énorme claque humaine et artistique » lui fait prendre conscience du décalage entre son métier et ses aspirations profondes.

De retour à Paris, il décide de mettre sa carrière entre parenthèses, incapable de continuer sans retrouver ce « feu intérieur ». C’est le début d’un cheminement qui le ramènera progressivement vers la terre.

La naissance d’un paysan

Installé de nouveau en Alsace, Gabriel Willem commence par cultiver un petit jardin pour nourrir sa famille, avec une simple visée d’autosuffisance. Confronté aux discours souvent défaitistes des cercles écologistes locaux, il ressent le besoin d’agir concrètement. Une annonce de la mairie pour la location de terres agricoles communales agit comme un déclencheur. Sans aucune formation agricole, il postule, animé par l’envie que cette parcelle échappe à la culture intensive du maïs. C’est à cette période qu’il découvre le livre de Jean-Martin Fortier, un maraîcher québécois théoricien des micro-fermes.

Cette lecture est une révélation : il comprend qu’il est possible de créer une ferme viable sur une petite surface, de participer à une « révolution écologique » tout en étant correctement rémunéré. Il se lance alors dans le projet des Jardins En-chantant, une ferme d’un hectare qu’il gère avec sa femme, Léa Palagès, et son père.

Une agriculture en-chantée

Pour Gabriel Willem, son manque de formation agricole est une force. Libéré des normes et des habitudes du métier, il expérimente et innove. Il appelle sa démarche un « retour en avant » : s’inspirer des savoirs anciens tout en y injectant de la créativité. Il raconte par exemple comment, au lieu de les arracher, il s’est mis à cuisiner les fleurs de ses légumes, découvrant des saveurs insoupçonnées et nourrissant au passage les insectes pollinisateurs. Cette approche lui permet de valoriser l’intégralité de la plante, comme les fanes de navets, souvent jetées.

Sa ferme devient un lieu hybride où l’agriculture rencontre la culture. Chaque année, il y organise un festival, des concerts et un restaurant éphémère. Les visiteurs peuvent ainsi manger ce qui a poussé autour d’eux tout en profitant d’un spectacle. C’est pour lui l’une des plus belles places pour la culture : au cœur du vivant.

Le sens du métier

Gabriel Willem revendique fièrement le terme de « paysan », qu’il définit par son étymologie : celui qui œuvre dans son pays, qui le façonne. Pour lui, être paysan, ce n’est pas seulement exploiter la terre, c’est nourrir les autres, créer du lien, et amener des réflexions. Cette mission donne un sens profond à son quotidien. Il aborde également la question cruciale du prix juste. À travers l’exemple de la carotte, il explique que le vrai prix, qui rémunérerait correctement le travail manuel, devrait être bien plus élevé, et que la société dans son ensemble bénéficierait d’une agriculture saine via des externalités positives (santé, biodiversité).

Enfin, il adresse un message aux nombreux « rêveurs » qui idéalisent le retour à la terre. S’il les encourage à se lancer, il les met en garde : c’est un « métier de chien », exigeant et physique. La clé, selon lui, est de trouver le juste équilibre entre le rêve et la réalité, d’être à la fois « humble et ambitieux ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Les Jardins En-chantant : la micro-ferme de Gabriel Willem en Alsace.
  • Jean-Martin Fortier : maraîcher québécois et auteur, promoteur des micro-fermes.
  • Léa Palagès : costumière de spectacle et compagne de Gabriel Willem.
  • Cours Simon : école de théâtre parisienne.
  • Les Recréâtrales : festival de théâtre à Ouagadougou, au Burkina Faso.
  • Paysans et Fiers de l’être : titre du premier album solo de Gabriel Willem.
  • PAC : Politique Agricole Commune, le système de subventions agricoles européen.
  • FNSEA : Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles.

Au fil de l’épisode

  • Le parcours de Gabriel Willem : d’un bac scientifique à l’école de théâtre des Cours Simon à Paris.
  • Le voyage au Burkina Faso : une « claque humaine et artistique » qui remet en question sa carrière de comédien.
  • Le retour en Alsace et les débuts du jardinage, d’abord dans une optique d’autosuffisance familiale.
  • Le déclic pour se lancer dans l’agriculture professionnelle en répondant à un appel pour des terres communales.
  • L’influence du maraîcher québécois Jean-Martin Fortier et du concept de micro-ferme.
  • La création des Jardins En-chantant, une ferme d’un hectare avec sa femme Léa.
  • Sa vision d’un « retour en avant » : allier savoirs anciens et créativité pour réinventer les pratiques.
  • L’art de ne rien jeter : l’exemple des fleurs de roquette et des fanes de navets.
  • La fusion entre agriculture et culture : l’organisation de festivals et de spectacles au milieu des champs.
  • Sa définition du mot « paysan » : celui qui façonne son pays et nourrit sa communauté.
  • La réflexion sur le « prix juste » des aliments et la critique du système de subventions de la PAC.
  • Son message aux « rêveurs » qui souhaitent revenir à la terre : un appel à l’humilité et à l’équilibre.

FAQ

Qui est Gabriel Willem ?

Gabriel Willem est un paysan-maraîcher et musicien installé en Alsace. Ancien comédien formé à Paris, il a changé de vie pour revenir à la terre et a fondé Les Jardins En-chantant, une micro-ferme biologique. Il se définit comme un paysan fier de son métier, qui allie la culture de la terre à la culture artistique en organisant des événements sur sa ferme.

Qu’est-ce que les Jardins En-chantant ?

Les Jardins En-chantant est la micro-ferme créée par Gabriel Willem en Alsace. Sur une surface d’un hectare, il pratique une agriculture biologique inspirée de la permaculture, en cultivant des variétés non hybrides. Le lieu est aussi un espace culturel qui accueille chaque année un festival, des concerts et un restaurant éphémère, mêlant ainsi agriculture et arts vivants.

Pourquoi Gabriel Willem a-t-il arrêté le théâtre ?

Gabriel Willem a décidé de mettre sa carrière de comédien en pause après un voyage au Burkina Faso. Il y a ressenti une intensité et une connexion humaine qu’il ne trouvait plus dans son travail à Paris. Cette expérience lui a fait prendre conscience d’un manque de sens et l’a poussé à chercher une voie plus authentique et plus ancrée dans le réel, ce qui l’a finalement conduit au métier de paysan.

Quelle est sa vision du métier de paysan ?

Pour Gabriel Willem, un paysan n’est pas un simple « exploitant agricole ». En se basant sur l’étymologie, il le définit comme « celui qui œuvre dans son pays ». C’est une personne qui façonne son environnement, nourrit la communauté non seulement avec des aliments mais aussi avec des idées et des rencontres. Il voit ce métier comme un rôle social essentiel, source d’une grande fierté.

Qu’est-ce que le « prix juste » selon Gabriel Willem ?

Le « prix juste » est un prix qui rémunérerait correctement le travail du paysan, au minimum au SMIC horaire. Il explique que pour une carotte cultivée manuellement en micro-ferme, ce prix devrait atteindre 10 € le kilo. Ce tarif reflète non seulement le travail fourni, mais aussi les bénéfices pour la société : maintien de la biodiversité, santé des consommateurs, vitalité des sols.

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