D’une idée à une association
Installée sur les îles Togian en Indonésie, Marion Bazin raconte la genèse de son projet associatif, Everto, né d’une discussion avec un habitant local, Saifoul, sur la gestion des déchets. Pour soutenir l’initiative sur place, elle crée en France une association loi 1901 homonyme, « Everybody for Togian », afin de récolter des fonds. Les premières actions concrètes sont l’installation de poubelles dans le village pilote de Katupat. L’idée est d’introduire directement le tri sélectif, mais le manque de budget complique la mise en place. Face à l’absence de système de collecte public, l’association recrute quatre éboueurs locaux qui, à l’aide de brouettes, ramassent les déchets deux fois par semaine.
Au départ, la seule solution reste de brûler les détritus, une pratique polluante mais inévitable en l’absence d’alternative sur une île isolée.
Le recyclage, une économie locale
Le projet de recyclage met deux ans à se concrétiser. Marion Bazin se heurte à une certaine méfiance face à la nouveauté et à l’idée de transformer un déchet en objet de valeur. Le déclic vient de sa rencontre avec Ima, une femme du village particulièrement créative et douée de ses mains. En un seul visionnage des vidéos de techniques de recyclage artisanal que Marion lui montre, Ima assimile les procédés de pliage et de couture. Dès le lendemain, elle présente ses premières créations, comme des portefeuilles. « Je suis tombée sur la perle », confie Marion.
Cette réussite individuelle a un effet d’entraînement. Ima forme d’autres personnes et fédère une communauté autour du projet. Aujourd’hui, 39 habitants, dont 38 femmes, génèrent des revenus grâce à cette activité. Pour assurer des revenus stables, Everto a mis en place un système où l’association achète directement la production aux artisans et la revend en prenant une commission de 20 %, notamment dans les hôtels partenaires et dans sa propre boutique, la Katupat Greenhouse.
Éduquer pour l’avenir
Si l’impact sur la propreté du village de Katupat est visible, le combat contre la pollution reste quotidien, les marées ramenant sans cesse des déchets du large. Marion Bazin a compris que la sensibilisation des adultes était difficile, les habitudes étant très ancrées. Faire la morale est souvent mal perçu et contre-productif. L’association a donc décidé de concentrer ses efforts sur la jeune génération. « Changer le monde, ce sera par les enfants », affirme-t-elle. L’éducation est devenue la priorité.
Everto a ainsi créé un livre illustré distribué à l’école primaire de Katupat pour expliquer les bases de l’écologie. En partenariat avec une association californienne, Power to Sustain, un manuel pédagogique complet est en cours de développement. L’espoir repose aussi sur l’arrivée d’une enseignante australienne à la retraite, installée au village, qui a accepté d’assurer bénévolement les futurs cours d’écologie.
Pour aller plus loin
- Le blog de Marion Bazin
- Le site du photographe et réalisateur du podcast, Alexandre Sattler
- L’association Regard’Ailleurs, qui soutient la création du podcast
Les références de l’épisode
- L’association Everto (Everybody for Togian)
- Les îles Togian, en Indonésie
- Le village de Katupat
- Saifoul, partenaire local de Marion Bazin
- Ima, première artisane à se lancer dans le recyclage
- La Katupat Greenhouse, boutique et atelier de l’association
- L’association Power to Sustain
- Le ministère de la Pêche et de la Vie Marine d’Indonésie
Au fil de l’épisode
- La création de l’association Everto en France pour soutenir le projet local sur les îles Togian.
- L’installation des premières poubelles de tri et les difficultés budgétaires initiales.
- Le recrutement de quatre éboueurs locaux pour organiser la collecte des déchets.
- La nécessité de continuer à brûler les déchets au début du projet, faute de solution.
- Les deux années de sensibilisation nécessaires avant que le recyclage ne soit adopté par la communauté.
- La rencontre décisive avec Ima, une artisane qui s’approprie les techniques de recyclage.
- Le développement d’une filière économique locale qui fait vivre 39 personnes.
- Le modèle économique : Everto achète les produits recyclés et les revend avec une commission.
- L’impact visible sur la propreté du village de Katupat, reconnu par les visiteurs.
- La lutte continue contre les déchets ramenés par les marées.
- La stratégie de communication pour sensibiliser les locaux, axée sur la chaîne alimentaire.
- Le choix de concentrer les efforts d’éducation sur les enfants.
- La création d’un livre illustré et d’un manuel pédagogique pour les écoles.
- L’arrivée d’une bénévole australienne pour animer les cours d’écologie.
- Le financement de l’association, entre dons privés et revenus de la vente.
- Le prix remporté en 2013 auprès du ministère indonésien de la Pêche et de la Vie Marine.
- Les besoins actuels de l’association : des fonds et des ressources humaines.
FAQ
Qui est Marion Bazin ?
Marion Bazin est une expatriée française vivant en Indonésie, sur les îles Togian. Confrontée à la pollution plastique, elle a co-fondé avec des habitants l’association Everto (Everybody for Togian) pour mettre en place un système de gestion et de valorisation des déchets. Elle est la cheville ouvrière de ce projet qui allie protection de l’environnement, développement économique local et éducation.
Qu’est-ce que l’association Everto ?
Everto est une association qui vise à limiter et valoriser les déchets sur les îles Togian, en Indonésie. Son nom signifie « Everybody for Togian » (Tout le monde pour les Togian). Elle a une double structure : une entité locale en Indonésie pour les actions de terrain, et une association loi 1901 en France pour la collecte de dons. Ses actions incluent la collecte des déchets, le recyclage artisanal et la sensibilisation écologique, notamment auprès des enfants.
Comment Everto a-t-elle développé le recyclage aux îles Togian ?
Après deux ans de sensibilisation, le projet a démarré grâce à une habitante, Ima, qui a su s’approprier des techniques de recyclage artisanal (couture, pliage). Son succès a inspiré d’autres membres de la communauté. Aujourd’hui, 39 personnes, majoritairement des femmes, transforment les déchets en objets (portefeuilles, etc.). Everto soutient cette filière en achetant leur production et en la revendant dans les hôtels et sa propre boutique, assurant ainsi des revenus stables aux artisans.
Quelle est la stratégie d’Everto pour l’avenir ?
Consciente qu’il est difficile de changer les habitudes des adultes, l’association concentre désormais ses efforts sur l’éducation des enfants. L’objectif est d’intégrer l’écologie dans les programmes scolaires de l’archipel. Pour cela, Everto a déjà créé un livre illustré et développe, avec un partenaire californien, un manuel pédagogique complet. L’association compte sur des bénévoles pour animer ces futurs cours et ainsi former une nouvelle génération plus respectueuse de son environnement.
Comment l’association Everto est-elle financée ?
Everto fonctionne principalement grâce aux dons privés récoltés via sa structure en France, qui représentent environ 1000 euros par an. Elle a aussi reçu une aide ponctuelle de l’État indonésien en gagnant un prix en 2013. Enfin, l’association génère une partie de ses fonds en prélevant une commission de 20 % sur la vente des objets recyclés fabriqués par les artisans locaux, ce qui lui permet de financer d’autres activités.
