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Eliott Schonfeld, l’explorateur nouvelle génération

Originaire de la banlieue parisienne, Eliott Schonfeld a brutalement quitté ses études en classe préparatoire pour un voyage qui allait changer sa vie. En Australie, il découvre la nature sauvage, la solitude et un sentiment de liberté inédit. Devenu explorateur, il parcourt désormais les régions les plus reculées du globe, de l'Himalaya à l'Alaska, en quête d'une autonomie totale. Dans cet entretien avec Alexandre Sattler, il partage sa vision de l'aventure, sa critique de la civilisation moderne et sa volonté de se reconnecter au vivant en se dépossédant du superflu matériel. Un témoignage puissant sur la quête de sens et le retour à l'essentiel.

Eliott Schonfeld, l'explorateur en quête d'autonomie et de nature sauvage

Le déclic australien

Eliott Schonfeld raconte un parcours initié par une rupture. Après dix-sept années d’une vie qu’il qualifie de banale en région parisienne, il abandonne sa classe préparatoire scientifique, moins par choix que par nécessité face à de mauvais résultats. Cette première sortie de route le mène, après quelques petits boulots, à suivre sa sœur pour une année de césure en Australie. C’est là, sur Fraser Island, qu’a lieu la rencontre fondatrice avec la nature sauvage. Parti pour une randonnée de plusieurs jours sans nourriture suffisante, il fait l’expérience de la faim, de l’effort, mais surtout de la vie au contact des animaux, comme les dingos qui le réveillent chaque matin. « Ça a bouleversé le reste de ma vie », confie-t-il.

Cette immersion, bien que modeste, lui révèle une joie et un sentiment d’être vivant qu’il n’avait jamais connus, loin de l’urbanité et du malaise qu’il ressentait. Ce n’était plus une fuite, mais la découverte d’un lieu où il se sentait à sa place.

De la forêt québécoise à la Sorbonne

Après l’Australie, le malaise parisien le rattrape vite. Il repart, cette fois pour le Canada, où il passe une année entière dans un camp de chiens de traîneau reculé au nord du Québec. Il y vit sans électricité ni eau courante, par des températures atteignant les -40°C. Loin d’être une épreuve, cette vie rude au plus près des éléments et des animaux est, selon lui, l’une des plus heureuses de son existence. Il y découvre une forme d’authenticité et un « réel désirable ». Pourtant, il se force à rentrer en France pour reprendre un chemin plus conventionnel : une licence de philosophie à la Sorbonne.

L’illusion est de courte durée. Dès les premiers jours sur les bancs de l’université, la conviction s’impose : sa place n’est pas là. C’est à ce moment qu’il décide de devenir explorateur, passant ses nuits sur Google Earth à rêver d’expéditions en Mongolie ou en Himalaya.

Redevenir sédentaire sur Terre

Pour Eliott Schonfeld, le terme « explorateur » peut sembler désuet à une époque où le monde est cartographié. Il préfère se voir comme un « réexplorateur », quelqu’un qui cherche à redécouvrir ce que l’homme moderne a oublié : son lien à la nature et au vivant. Il rejette l’idée que l’homme soit intrinsèquement destructeur, ayant rencontré des peuples nomades ou des chasseurs-cueilleurs vivant en harmonie avec leur environnement. Pour lui, c’est la civilisation, basée sur la croissance des villes et la concentration du pouvoir, qui est incompatible avec la vie sur Terre. Il critique une pensée philosophique et une technologie qui ont creusé un fossé entre l’homme et le reste du vivant.

Il distingue les « techniques autoritaires », comme un smartphone, qui nous aliènent et nous rendent dépendants de systèmes immenses et destructeurs, des « techniques démocratiques », comme un arc ou une hache en pierre, qui augmentent notre liberté sans nous asservir.

La quête de l’autonomie

Cette philosophie le pousse vers une quête radicale d’autonomie. Inspiré par les nomades de Mongolie, il cherche à se défaire de sa dépendance aux objets industriels. Lors d’une expédition en Himalaya, il entreprend de remplacer progressivement son équipement. Son sac à dos est échangé contre un sac en peau, son duvet contre un manteau en peau de chèvre, et sa tente par des abris naturels ou des grottes. L’apprentissage le plus marquant est celui du feu par friction. Cette démarche vise à ne pas importer la ville et sa logique de destruction dans les derniers sanctuaires sauvages. Il documente ses voyages par des films et des livres, non seulement pour vivre de sa passion, mais aussi pour transmettre la beauté de ces mondes et l’urgence de préserver les savoirs des peuples premiers.

Cette vie d’aventures n’est pas sans risques, comme il le raconte avec l’histoire de sa rencontre tendue avec un ours noir en Alaska, qui a tenté de s’introduire dans sa tente. Une leçon apprise dans la douleur, mais sans rancune envers l’animal.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Descartes, Mumford, Ivan Illich
  • Lieux : Australie, Fraser Island, Brisbane, Normandie, Paris, Canada, Québec, Lac Côté, Vercors, La Sorbonne, Mongolie, Alaska, Himalaya, Ladakh, Népal
  • Peuples : Nomades tibétains, les Rotes (chasseurs-cueilleurs du Népal)
  • Animaux : Dingos, grizzlies, ours noirs
  • Événements : Festival du Grand Bivouac
  • Outils : Google Earth

Au fil de l’épisode

  • Le parcours d’Eliott Schonfeld, de la banlieue parisienne aux grands espaces.
  • L’abandon de sa classe préparatoire, premier acte de rupture avec un chemin tracé.
  • Le voyage initiatique en Australie et la découverte de la nature sauvage sur Fraser Island.
  • La première expérience de la faim, de la solitude et du contact avec les animaux.
  • Le choix de la randonnée à pied sur l’île, faute de moyens pour un 4×4.
  • La découverte de la joie et du sentiment d’être vivant au cœur de la nature.
  • L’année passée au Canada comme musher avec des chiens de traîneau.
  • Une vie simple et rude au Québec, sans électricité ni eau courante, vécue comme une des plus heureuses.
  • Le retour en France et la tentative avortée de reprendre des études de philosophie à la Sorbonne.
  • La décision de devenir explorateur et la planification de ses premières expéditions.
  • Sa définition de l’explorateur moderne comme un « réexplorateur » qui redécouvre le lien au vivant.
  • Sa critique de la civilisation, jugée incompatible avec la vie sur Terre.
  • La rencontre avec des peuples vivant en harmonie avec la nature (nomades, chasseurs-cueilleurs).
  • La distinction entre les techniques « autoritaires » (aliénantes) et « démocratiques » (libératrices).
  • La quête d’autonomie inspirée par les nomades de Mongolie.
  • L’expédition en Himalaya avec l’objectif de se déposséder des objets industriels.
  • Remplacer son équipement moderne par des alternatives naturelles : sac en peau, manteau en peau de chèvre, abris naturels.
  • L’apprentissage du feu par friction, une étape clé vers l’autonomie.
  • Le choix de filmer et d’écrire pour transmettre ses expériences et la beauté du monde sauvage.
  • L’anecdote de la rencontre avec un ours noir en Alaska qui a détruit sa tente.
  • Les règles de sécurité à respecter en territoire d’ours, et celle qu’il a transgressée.

FAQ

Qui est Eliott Schonfeld ?

Eliott Schonfeld est un explorateur et réalisateur français. Originaire de la banlieue parisienne, il a quitté ses études à 20 ans pour voyager. Une expérience en Australie a déclenché sa passion pour la nature sauvage et l’autonomie. Il mène depuis des expéditions en solitaire dans des régions reculées comme l’Himalaya, l’Alaska ou la Mongolie, cherchant à vivre avec un minimum de matériel industriel et à se reconnecter aux savoirs ancestraux.

Quel événement a poussé Eliott Schonfeld à devenir explorateur ?

Le tournant dans la vie d’Eliott Schonfeld a eu lieu lors d’une randonnée en solitaire sur Fraser Island, en Australie. Parti avec peu de provisions, il a fait l’expérience de la faim et de la débrouillardise, mais a surtout découvert une joie intense au contact de la nature sauvage et des animaux. Cette immersion a été une révélation qui a bouleversé sa vision de la vie et l’a convaincu de consacrer son existence à l’exploration.

Pourquoi Eliott Schonfeld critique-t-il la civilisation moderne ?

Selon lui, la civilisation, par sa concentration dans les villes et sa dépendance à l’exploitation des ressources mondiales, est devenue incompatible avec la vie sur Terre. Il estime qu’elle a créé une illusion de supériorité et de contrôle, déconnectant l’homme du monde vivant. Il s’oppose à l’idée que l’homme est naturellement destructeur, s’appuyant sur l’exemple de peuples premiers vivant en harmonie avec la nature.

En quoi consiste sa quête d’autonomie ?

La quête d’autonomie d’Eliott Schonfeld est une démarche visant à se libérer de la dépendance aux objets et systèmes industriels. Lors de ses expéditions, il cherche à remplacer son équipement moderne par des alternatives fabriquées à partir d’éléments naturels, comme un sac en peau ou un abri en bois. Cela inclut l’apprentissage de techniques de survie ancestrales, comme la pêche, la cueillette ou l’art de faire du feu par friction, pour pouvoir vivre en immersion prolongée dans la nature.

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